reportage

Vulnérabilité et adaptation au changement climatique dans le bassin du Mantaro, Pérou.

Nicolas Deburge Reporter
Paris
Avec un diplôme de l'ESC Bordeaux et un master en communication de l'université Pompeu Fabra de Barcelone, il réalise aujourd'hui, dans le cadre de son association Résolutions Ecologiques, un premier voyage responsable à travers l'Amérique Latine et l'Asie, sur une durée de 1 an, intitulé "Resolutions Ecologiques, un voyage sur les traces du changement climatique ." www.resolutionsecologiques.com  


Sommaire
Publié Le 15 Juin 2009 à 04h32
1 - Rencontre avec Alejandra Martinez de l'Institut Géophysique du Pérou (IGP)
2 - Les considérations de l'IGP
3 - Les grandes tendances météorologiques qui se détachent de l'étude menée par l'IGP
4 - Les projets de l'IGP
 

Les grandes tendances météorologiques qui se détachent de l'étude menée par l'IGP

Doctora Alejandra Martinez de l'IGP (Institut Géophysique du Pérou)

La première estimation du programme Proclim prévoit une diminution moyenne de 20% des précipitations à l'horizon 2050. Ce chiffre, déjà énorme en soi, est d'autant plus préoccupant si l'on considère que les cultures réalisées localement dépendent à 70% des précipitations (le reste est assuré par l'irrigation.)

L'IGP prévoit également une augmentation de 1,5 degré des températures moyennes sur la même période, ainsi qu'une augmentation de la fréquence et de l'intensité des vagues de froid. Ces estimations sont inquiétantes, non seulement en termes d'approvisionnement en eau, mais aussi pour tout ce qui concerne l'apparition de nouvelles maladies affectant les plantes, et l'arrivée d'insectes parasites encore jamais observés à cette altitude.

Voilà pour le pronostique peu engageant.Le travail de l'IGP consiste maintenant à en savoir un maximum sur toutes les conséquences concrètes qui en dérivent. Il est bien de savoir que l'on doit s'attendre à une recrudescence des insectes et à l'apparition de nouveaux insectes, reprend Alejandra, mais il ne s'agit là que d'une idée vague et il faut en connaître les détails locaux. D'où une composante importante du projet, initiée en 2007 : les thésards. Six étudiants font partie intégrante du projet et réalisent des thèses sur 3 types de culture : pomme de terre, maïs et quinoa. Chacune de leurs études consiste à en étudier la phénologie et le type de maladies dont elles souffrent.

Les premiers résultats sont intéressants et inattendus. Ils permettent effectivement d'en savoir plus sur ce qui affecte concrètement les cultures. On a par exemple découvert que certaines espèces d'oiseaux montent désormais à l'altitude où se trouvent les cultures et les attaquent (ils sont semble-t-il insensibles à la présence des épouvantails). C'est là un fait inédit : des animaux de grande taille comme les oiseaux, et non plus seulement insectes et maladies, atteignent désormais des hauteurs où on ne les voyait pas auparavant. Voilà le genre de découvertes découlant des thèses. Un seul thésard a présenté son travail à ce jour et les autres devraient terminer leur étude d'ici la fin de l'année. L'IGP prévoit de publier un résumé de leurs conclusions.

Quand je lui demande de me parler des conclusions de ce premier thésard, Alejandra s'empresse de me préciser que celles-ci ne sont pas entièrement concluantes, mais convergent vers l'idée d'un mouvement territorial des maladies affectant les cultures. Les résultats de cet étudiant, qui a analysé deux plantations de maïs situées à différents endroits de la vallée, semblent indiquer que de fortes différences peuvent exister entre des cultures éloignées ne serait-ce que de 10 kilomètres. L'étude détaillée fait ressortir des facteurs plus subtils, tels que type de sol, ou les précipitations effectives. Cela en dit long sur la difficulté à faire des prévisions sur une zone aussi vaste que les Andes. C'est donc bien ce genre de travaux dont on a besoin pour arriver à des conclusions probantes, insiste Alejandra. Les résultats des autres thèses permettront de pouvoir généraliser ces résultats de façon plus concluante.

Ce premier volet du travail de l'IGP consiste donc à déterminer avec le plus de fiabilité possible les mécanismes qui entraînent sécheresses, tempêtes, huaycos - des glissements de terrain dévastateurs -, et les conséquences concrètes de tous ces événements extrêmes. C'est ce genre d'informations qui préoccupent le plus la population, qui voit augmenter à chaque nouvelle vague de froid le nombre de maladies chez ses enfants.

Je souhaite approfondir la question des mesures d'adaptation pensées par l'IGP. Qu'en est-il par exemple de la possibilité d'inciter la population locale à modifier ses cultures en fonction de ces changements climatiques en cours et à venir ?
Il est très difficile d'inciter les populations locales ayant toujours pratiqué un type de culture traditionnelle à en changer, me répond Alejandra. De plus, il faut qu'il existe un marché pour les cultures de remplacement. On voit donc bien que les paramètres du problème vont bien au delà du climat : on doit considérer la totalité de l'environnement social et économique des mesures proposées.


Creative Commons License
Réagissez
Envoyer