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Agriculture bio : les acteurs de la filière en colère face « au mépris du gouvernement »

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Par Bioaddict

Ces derniers jours, et alors que se tient le salon de l'Agriculture à Paris, la filière bio enchaîne les communiqués et déclarations dans les médias pour faire entendre sa colère face à "l'abandon" et au "mépris" du gouvernement alors que le secteur est en crise. Car si l'agriculture conventionnelle est très aidée, c'est beaucoup moins le cas pour l'agriculture biologique malgré l'objectif annoncé de presque doubler les surfaces bio en 5 ans.

Le plan de soutien d’urgence annoncé fin janvier par le gouvernement est loin de répondre aux attentes des agricultrices et agriculteurs bio : 10 millions d’euros, soit 166 € seulement par ferme (pour environ 60.000 fermes bio en France). Une aide jugée comme « ridicule » alors que « vu l’ampleur de la crise en bio, pour les seules filières porcs, lait et fruits et légumes, nous avons besoin de 150 millions d’euros » explique Mathieu Lancry, Président de Forébio (Fédération des organisations économiques 100% bio). « C’est la première fois que les filières bio demandent un accompagnement exceptionnel via des aides directes conjoncturelles. Nous avons un sentiment d’abandon de la part des pouvoirs publics qui laissent les structures économiques gérer seules les baisses de volumes, dans un contexte où nos collègues en conventionnel bénéficient régulièrement de plans d’aides (betteraves, porc, vin) ».

« Il y a deux poids deux mesures : les filières conventionnelles obtiennent des enveloppes significatives pour faire face à leurs difficultés conjoncturelles et une fois encore la Bio est le parent pauvre du soutien public«  commente Philippe Camburet, président de la FNAB (Fédération Nationale d’Agriculture Biologique).

« Le Gouvernement reconnaît l’urgence et le besoin d’un plan de sauvegarde mais les réponses ne sont pas à la hauteur des enjeux. On ne peut se satisfaire de mesures anecdotiques qui ne répondent pas aux besoins des agriculteurs et agricultrices biologiques », se désole également Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne.

Alors que le ministre Marc Fesneau était très attendu par les acteurs de la filière réunis sur le stand de l’Agence Bio au Salon de l’agriculture… celui-ci n’a pas daigné venir les rencontrer. Didier Perreol, Président du Synabio (syndicat national des entreprises agroalimentaire bio), s’est adressé directement au ministre sur les réseaux sociaux :  « Je suis affligé par votre indifférence. Vous n’avez pas daigné venir sur le stand de l’Agence Bio alors que toute la filière y était présente. Nous mépriser, c’est aussi mépriser les millions de Français qui consomment bio. Nous attendons autre chose d’un gouvernement qui doit mettre en place une véritable politique de transition écologique. »

Petite anecdote : le ministre n’avait également pas daigné être présent lors de la réunion organisée fin janvier par son cabinet avec tous les acteurs des filières biologiques, cette réunion étant pourtant le point d’orgue d’un an de discussions sur le soutien que l’Etat devrait apporter aux filières biologiques pour qu’elles surmontent la période de contraction du marché débutée en 2021.

Pour les acteurs de la filières bio, la conclusion est limpide et malheureuse : la France est en passe d’abandonner sa filière bio.

« Les acteurs de la bio n’ont eu de cesse depuis un an de devoir démontrer la réalité des difficultés, de les chiffrer, de proposer des mesures de soutien adaptées à chaque production. Pour obtenir toujours la même réponse : l’Etat français ne peut rien ! Nous sommes en colère de nous être faits balader de bureau en bureau pour nous entendre dire que nous ne répondons jamais assez bien aux critères » explique Philippe Camburet.

« Les agriculteurs, les transformateurs et les distributeurs se sont engagés depuis des années pour développer des filières bio en France. Ne pas les soutenir dans cette phase de tension serait un terrible gâchis, et une occasion ratée pour la transition écologique », alerte aujourd’hui Didier Perreol.

Les acteurs de la Bio demandent ainsi que le gouvernement agisse enfin en :

  • Adoptant une aide d’urgence 2023 conséquente pour les fermes et pour les acteurs des filières
  • Rendant contraignant l’objectif de 20% de bio en restauration collective avant la fin de quinquennat
  • Engageant tous les acteurs agricoles et gouvernementaux dans la campagne de communication de l’Agence Bio #BioRéflexe

En attendant que de nouvelles mesures soient prises, au salon de l’Agriculture, la Fnab, la Confédération paysanne, Forébio et le Synabio ont enterré symboliquement le stand de l’Agence bio derrière une grande bâche noire.

Stella Giani

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