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60 scientifiques lancent un appel pour la biodiversité


Sommaire
1 - 60 scientifiques lancent un appel pour la biodiversité
2 - La liste des scientifiques signataires
Publié Le 20 Mai 2010 à 13h22
 
Une soixantaine de spécialistes de l'écologie, académiciens, dirigeants de grands laboratoires et de conseils scientifiques, ont adressé un appel d'urgence à Nicolas Sarkozy. Une sixième "grande crise d'extinction" de la biodiversité se profile selon eux.
" Monsieur le Président de la République,

Devant l'urgence de l'action face aux graves menaces qui pèsent sur notre planète et sur les générations futures, nous, biologistes et scientifiques des autres disciplines travaillant sur la biodiversité, exprimons notre vive inquiétude quant à la disproportion persistante entre ces menaces et les réponses jusqu'ici apportées.

A votre initiative, dans une démarche sans précédent, le Grenelle de l'Environnement a rassemblé toutes les composantes de la société française pour discuter des grands enjeux pour l'avenir de notre planète et des sociétés humaines que constituent le changement climatique et la préservation de la biodiversité. Animés par la perception d'une volonté de changement, les uns et les autres ont fait fi de leurs oppositions passées. Un énorme travail a été réalisé. Des décisions importantes ont été prises. Ainsi a été courageusement décidé l'arrêt du projet de mine d'or dans la montagne de Kaw en Guyane, qui menaçait une biodiversité exceptionnelle. Les incertitudes environnementales liées à la culture des OGM pesticides ont amené à l'activation de la clause de sauvegarde et aux conclusions unanimes du conseil des ministres de l'environnement sous présidence française. Une Fondation pour la recherche sur la biodiversité a été créée pour faire travailler ensemble les divers acteurs de la recherche et de la société.

Malgré ces avancées, force est de constater que l'érosion de la biodiversité se poursuit encore aujourd'hui à un rythme effréné. Une sixième grande crise d'extinction se profile. Comme l'ont montré plus de 1300 chercheurs dans le cadre d'un travail collectif international (Millennium Ecosystem Assessment, 2005), 60% des services rendus par les écosystèmes, qui nous sont vitaux, tels que la séquestration du carbone, l'épuration des eaux, ou ceux fournis par les insectes pollinisateurs de plantes cultivées, sont en régression constante alors même que notre planète sera bientôt peuplée de 9 milliards d'humains. Par ailleurs, depuis cinq siècles, toute une économie fleurissait dans les ports nord-Atlantiques grâce à la morue de Terre-Neuve. Il y a déjà 20 ans que la pêche a cessé avec l'épuisement des stocks et ils ne sont toujours pas reconstitués. Faudra t-il que l'histoire se répète pour le thon rouge ?

En dépit de la grande urgence à renforcer les connaissances pour mieux préserver et gérer la biodiversité, et en dépit de l'importance de la biodiversité en tant que source d'innovation, l'écologie et toutes les autres disciplines scientifiques qui s'intéressent à la biodiversité, y compris les Sciences de l'Homme et de la Société, restent le parent pauvre de la recherche. La systématique et les collections nationales, qui constituent les référentiels de la biodiversité passée et présente, sont encore insuffisamment prises en considération. L'Ecologie ne dispose toujours pas de Service Stratégique au Ministère de la Recherche. Le soutien qu'il est prévu à ce jour de lui attribuer dans le cadre du Grand Emprunt est, à notre connaissance, dérisoire.

La recrudescence, depuis plusieurs mois, de certaines prises de paroles en matière de développement durable, qu'elles viennent d'acteurs économiques, politiques ou autres, trouve une place démesurée et néfaste sur la scène publique. Agriculture et gestion durable de l'environnement sont à nouveau opposées, alors que les avancées scientifiques aboutissent à des techniques, des systèmes de production et des formes d'aménagement du territoire qui sont les voies d'une agriculture productive et durable.

Les scientifiques signataires réaffirment leur disponibilité et leur grande motivation pour accompagner le débat public et la recherche de solutions durables à des enjeux qui concernent la pérennité de nos sociétés humaines. Ils attendent des autorités en charge du bien commun, à tous les niveaux, qu'elles considèrent ces enjeux en priorité et non en fonction d'intérêts à court terme. Il est possible de créer de la richesse en préservant et gérant durablement la biodiversité. C'est ainsi que nous pourrons vivre harmonieusement, en paix et dans la durabilité de nos rapports avec la Nature. Il faut poursuivre sur la voie du Grenelle, Monsieur le Président.

Demain il sera trop tard ! "

Ainsi, les scientifiques tirent aujourd'hui la sonnette d'alarme. L'effort minimum à consentir immédiatement pour pousser la recherche serait de 3 à 5 milliards d'euros selon eux.

Stella Giani