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Apiculteurs et ONG contre l'usage irraisonné des pesticides

Publié Le 20 Février 2011 à 16h10
 
Alors que les abeilles sont partout dans le monde, et tout particulièrement en Europe, victimes du phénomène baptisé "Syndrome d'effondrement des colonies", Générations Futures tire à nouveau la sonnette d'alarme sur les dangers des épandages toxiques.
Campagne FNE (France Nature Environnement) contre les pesticides

On se souvient de son étude sur la contamination de nos assiettes par des produits chimiques cancérigènes et perturbateurs endocriniens. Aujourd'hui, Générations Futures relaie une étude montrant que l'utilisation de pesticides agricoles dans les zones rurales peut contaminer les résidences situées dans un rayon de plus d'un kilomètre du lieu d'épandage. Cette étude a été réalisée par des scientifiques américains du National Cancer Institute et a été publiée jeudi par la revue Environmental Health Perspectives des Instituts nationaux de santé américains.

L'étude portait sur des échantillons de poussières prélevés dans les moquettes et tapis de 89 maisons en Californie. La présence de résidus de pesticides agricoles utilisés dans un rayon allant jusqu'à 1.250 mètres autour de ces résidences a été prouvée, et ce, même après des délais de 730 jours. Jusqu'ici, les chercheurs n'avaient découvert ce genre de résidus que dans un rayon de 750 m autour des habitations.
L'étude a également montré que l'utilisation domestique des pesticides par les habitants des maisons testées n'avait qu'un impact mineur sur la variabilité de la concentration des pesticides retrouvés.

Pour l'ONG Générations Futures il ne fait donc aucun doute que la nuisance principale est d'origine agricole et qu'elle affecte autant les produits agricoles que les personnes qui avoisinent les exploitations. "Ces résultats montrent qu'il faut absolument conserver l'arrêté du 12 septembre 2006" qui n'autorise l'épandage de ces produits que si la vitesse du vent ne dépasse pas la force 3 (19 kilomètres/heure) sur l'échelle de Beaufort, souligne-t-elle.

Dans la même tranche d'actualité, des apiculteurs ont remis jeudi une pétition mondiale au ministre de l'agriculture afin d'obtenir l'interdiction des pesticides meurtriers. Plus d'un million de signatures ont été récolées ! Et pour cause : les essaims continuent d'être décimés de manière alarmante. Les causes du mystérieux syndrome restent incertaines mais le coupable est tout trouvé pour les syndicats apiculteurs, qui se basent sur de nombreuses études scientifiques. Il n'y a pas de chiffre précis sur la mort des abeilles du fait de l'utilisation des pesticides, mais Benjamin des Gachons, qui a mené la campagne pour le mouvement Avaaz, a estimé qu'entre 30 et 50% des populations avaient disparu depuis l'introduction des pesticides dans l'agriculture. "Le devenir des abeilles concerne non seulement les apiculteurs mais tout le monde (...) parce qu'un tiers de notre alimentation provient du rôle des abeilles dans la pollinisation", a souligné, devant le ministère, Henri Clément, le président de l'Union nationale de l'Apiculture française (Unaf). Aujourd'hui, la production de miel a chuté d'un tiers en France ce qui l'oblige à exporter la moitié du miel que nous consommons.

Souvent, les apiculteurs ont obtenu gain de cause auprès des tribunaux. En 2008 et 2009, une décision a ouvert la voie à d'éventuels recours en indemnisation. Mais si l'insecticide Cruiser, le plus craint par les apiculteurs, a vu son autorisation de mise sur le marché annulée par le Conseil d'Etat mercredi, le Cruiser 350, tout aussi toxique, devrait lui succéder. Ainsi, ce pesticide qui n'a pas été interdit pourrait dès le printemps prochain, être utilisé sur les cultures de tournesol. La mobilisation des apiculteurs ne devrait donc pas fléchir de si tôt!

Alicia Muñoz

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