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Australie : les dromadaires accusés d'émettre des gaz à effet de serre

Publié Le 8 Août 2011 à 17h30
 
Le gouvernement australien ne manque pas d'air ! Il accuse les dromadaires, introduits sur l'île-continent, de contribuer au réchauffement climatique. Comment ? Via leurs flatulences, qui contiendraient des taux importants de méthane.

Les dromadaires ont envahi le désert australien

Il est vrai que l'animal a toujours été considéré comme une peste par les autorités australiennes. Introduits en Australie dans les années 1840 par les explorateurs et les pionniers qui prospectaient l'intérieur aride du pays, les dromadaires se sont rapidement mutipliés à l'état sauvage pour atteindre aujourd'hui le million d'individus.

"Espèce invasive" dépourvue de prédateur naturel, le dromadaire est déjà chassé pour sa viande pour la consommation humaine ou pour celle des chiens et chats. Il est accusé de participer à l'assèchement des sols ou de faire concurrence à certaines communautés aborigènes en se nourissant de plantes endémiques. Lors de la cannicule de 2009, 6000 dromadaires qui cherchaient à s'abreuver au sud-ouest d'Alice Springs (Centre de l'Australie), avaient ainsi été abattus.

Mais le mois dernier, le Parlement australien a franchi un cap, en proposant l'éradication totale des camélidés, en échange de crédits carbone négociables sur les marchés internationaux. C'est le Département de l'efficacité énergétique et du changement climatique australien qui a lancé l'idée, soufflée par NorthWest Carbon, une entreprise privée spécialisée dans la gestion des populations animales.

Selon ses experts, les camélidés produisent environ une tonne de dioxyde de carbone par an. Cette étrange initiative permettrait donc de réduire les émissions de gaz à effet de serre de l'Australie (5% d'ici 2020).

Une aberration scientifique ?

Selon l'association de défense de la condition animale "One voice", les estimations du "taux de pollution" des dromadaires réalisées par NorthWest Carbon, sont  basées sur des extrapolations de données prises sur des bovins. "Or les dromadaires ne possèdent pas la même physiologie (système digestif différent) ni le même métabolisme que les vaches" peut-on lire dans son communiqué.

De plus, le gouvernement a accepté la proposition faite par l'entreprise d'éliminer les dromadaires par 4X4 ou hélicoptères. Additionnée à l'évacuation des carcasses et à leur transport jusqu'aux usines, l'association souligne un bilan financier coûteux et un bilan carbone douteux.

"Le rôle attribué aux dromadaires australiens dans l'émission de gaz à effet de serre est une diversion. L'élevage intensif joue un rôle bien plus important puisqu'il est responsable à lui seul de 18 % des émissions mondiales" ajoute One Voice. Une version intéressante si l'on tient compte du fait que l'Australie est un gros producteur de viande bovine et de moutons, qu'elle exporte en masse vers l'Asie et le Moyen Orient.

Le gouvernement australien prendra sa décision à la fin de l'année quant au sort de ses dromadaires. Conscient du fait que le peuple australien est l'un des plus gros émetteur de CO2 dans le monde (ratio par habitant), il devrait prendre le temps de revoir ses priorités.

Alicia Muñoz

Accéder au communiqué One Voice