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Biodiversité : la Revue " Science " lance un cri d'alarme

Publié Le 27 Octobre 2010 à 15h19
 
Un groupe international d'experts vient de publier dans la revue scientifique de référence " Science " un article alarmiste sur l'érosion de la biodiversité et réclame la mise en place d'urgence d'une plateforme internationale pour tenter de la freiner.

Les experts réunis en ce moment à Nagoya (Japon) seraient bien inspirés s'ils prenaient le temps de lire la synthèse de plusieurs grandes études mondiales sur la biodiversité, analysées par un groupe d'experts internationaux, conduite par Paul Leadley de l'Université Paris Sud, et Henriques Miguel Pereira de l'Iniversité de Lisbonne (Portugal), et intitulée " Scenarios for global biodiversity in the 21st century ".

Que disent les auteurs de cette méta-étude ? " Qu'après avoir étudié différents scénarios d'évolution de la biodiversité terrestre, il n'y a aucun doute que le mode de développement actuel mènera à une perte catastrophique de la biodiversité au cours du 21ème siècle. Même les scénarios les plus optimistes prédisent des extinctions et le déclin démographique de nombreuses espèces " précise le Pr Leadley.

Et les auteurs estiment que stopper la perte de la biodiversité n'est pas un objectif réaliste d'ici 2020.

Alors est-il trop tard pour tenter d'inverser le cours de la catastrophe? Et sinon que faut-il faire?

Non, il n'est peut être pas encore trop tard, considère le Pr Leadley, car " des scénarios récents montrent que la lutte coordonnée contre le changement climatique et la déforestation peut ralentir la perte de la biodiversité ". Mais à condition que des mesures soient prises au plus vite, car l'étude montre que les marges de manoeuvre se réduisent rapidement. Et bien entendu les mesures ne peuvent pas être prises à l'échelle d'un pays, ni même d'un continent.

Les experts proposent donc que soit créée sans délai la nouvelle plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), l'équivalent du GIEC (Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat) pour le changement climatique. Cette plateforme devrait être opérationnelle en février 2011. Mais sera-t-elle approuvée par la communauté internationale ?

Une seule voix pour la planète

L'IPBES serait en charge de faire un audit permanent et suivi de la biodiversité dans le monde. Face aux " biodiversito-sceptiques " il aurait pour mission de réduire les incertitudes concernant certains scénarios comme, par exemple, les taux d'extinction des espèces qui varient de 1 à 50% par siècle, et c'est évidemment beaucoup trop, ou encore le laps de temps qui mène à l'extinction, lequel varie également de quelques dizaines d'années à quelques siècles.

Aujourd'hui les experts de la biodiversité commencent à être en mesure de faire des prévisions " réalistes ".
L'IPBES servirait donc de base internationale pour " définir les priorités, établir des indicateurs de biodiversité, anticiper des scénarios issus de consensus scientifiques, et informer les décideurs politiques d'une seule voix unifiée et qui ferait autorité " insiste le Pr Pereira.

Et les priorités ne sont pas forcément celles auxquelles on pense.

Ainsi plutôt que de vouloir s'engager sur tous les fronts pour tout sauver, peut être faudrait-il se concentrer sur les problèmes plus urgents à régler. Ainsi les experts considèrent que " la répartition des espèces ou des tailles de populations seront certainement plus critiques pour le bien être humain que les extinctions ".

C'est le cas des espèces aquatiques par exemple. La diminution des populations due à la surpêche, à la pollution et au changement climatique pourrait s'avérer désastreuse pour l'homme.

Lire : Plus un seul poisson dans les océans en 2050 ?

C'est le cas aussi des espèces terrestres qui pourraient se réduire de 10 à 20% en moyenne d'ici 2050 à cause de la destruction des forêts ou de leur conversion en terre agricoles et de l'urbanisation.

L'appel des experts de la biodiversité est donc lancé. Les négociations sont en cours à Nagoya.

Mais les hommes politiques sauront-ils dépasser leurs calculs politiciens pour être à la hauteur des enjeux ?

José Vieira

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