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Biodiversité : le sort du grand tétras entre les mains de la Commission Européenne

Publié Le 1 Août 2011 à 12h06
 
L'Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) a indiqué le jeudi 28 juillet avoir saisi la Commission européenne au sujet de la stratégie française pour la protection du grand tétras. D'après elle, le ministère de l'Ecologie aurait "falsifié le document".
Le Grand Tétras

Le grand tétras (Tetrao urogallus), ou grand coq de bruyère, est un gros gallinacé habitant les forêts de conifères de montagnes. Il avait disparu des Alpes françaises depuis 2000.

Classé dans la catégorie " vulnérable " de la liste rouge nationale de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), on le retrouve en Europe, en Asie et Scandinavie. Mais ses effectifs régressent de manière continue depuis une trentaine d'années.

En France, où sa chasse est encore autorisée, les 4500 individus restants sont principalement menacés par les modifications de leur habitat, la chasse illégale, les travaux forestiers au moment de la nidification ainsi que les dérangements liés au tourisme. Les premiers effets des changements climatiques se font eux aussi sentir.

En 2009, le ministère de l'Écologie, de l'Énergie, du Développement Durable et de l'Aménagement du Territoire avait lancé une Stratégie nationale de conservation du grand tétras. La table ronde était alors constituée de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), de l'Office national des forêts (ONF), du Groupe tétras France et du réseau des réserves naturelles de France. Les chasseurs avaient également été associés au projet et le tout avait finalement été validé par le Muséum National d'Histoire Naturelle et par le GEOC (Groupe d'Étude des Oiseaux et de leur Chasse).

Or, lors du Conseil National de Protection de la Nature et pendant la consultation publique qui a eu lieu entre le 8 juin et le 8 juillet 2011, le ministère semble avoir présenté une version bien différente du document initial.

Pour Pierre Athanaze, président de l'Aspas et coordinateur de la stratégie grand tétras, le ministère n'a pas respecté le consensus du groupe de travail au sujet de l'encadrement de la chasse de cette espèce. " On a découvert au moment de la présentation publique que le document avait deux pages de changées sur la protection de l'oiseau ", a-t-il affirmé.

Avec cette nouvelle version, les chasseurs vont faire ce qu'ils veulent, fustige ainsi l'association, qui a saisi la Commission européenne jeudi.

Le ministère de l'Ecologie a démenti une falsification mais reconnu une erreur d'attention en précisant que le nouveau document aurait dû faire apparaître clairement le fait que ses services avaient fait un arbitrage sur la question de la chasse par rapport au document initial. "Les choix ont été discutés dans de multiples groupes de travail, il y a un moment où il est de notre responsabilité d'arbitrer", justifie le ministère.

Les associations estiment que la population pyrénéenne de grands tétras a perdu plus de 70% de ses effectifs depuis 1960, et que les chasseurs des Hautes Pyrénées ont tué " légalement " ces dix dernières années 70 fois plus de grand tétras que les chasseurs des Pyrénées Orientales. Les chiffres du ministère évoquent quant à eux une trentaine d'individus chassés l'an dernier.

La France a été condamnée, il y a quelques mois, par la Cour de Justice de l'Union Européenne pour ne pas avoir agit en faveur de ses derniers grands hamsters. Elle risque une nouvelle condamnation.

Astrid Kergrohen