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Bisphénol A : L'insoutenable légèreté de l'Agence Européenne pour la Sécurité des Aliments

 

Troubles de la reproduction et du développement

Pour le Professeur Charles Sultan, Professeur de Médecine du Développement et de la reproduction au CHU de Montpellier, " les études expérimentales ont permis de démontrer que l'exposition prénatale à des polluants chimiques, pesticides notamment, bisphénol A, et phtalates entraînent des malformations génitales chez le mâle (chryptorchidie, hypospadis), des retards de la croissance staturale et des troubles du développement psycho-moteurs et du comportement. L'exposition néonatale quant à elle induit chez la femelle des signes de précocité pubertaire".

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Depuis 5 ans le Pr Sultan est confronté dans son service à une forte augmentation de la prévalence des malformations génitales chez le nouveau-né masculin. Et dans 29% des cas, il s'agit d'enfants d'agriculteurs. Or il a été confirmé en 2006 que les pesticides organochlorés étaient impliqués dans ce type de pathologies.

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Cancers hormono-dépendants

Pour le Pr Patrick Fenichel, Chef du service d'endocrinologie et de médecine de la reproduction du CHU de Nice, les études épidémiologiques humaines montrent une explosion du nombre de cas de cancers du sein dans le monde (40 000 nouveaux cas par an en France) et du cancer du testicule (augmentation constante depuis 30 ans). Et les modèles expérimentaux animaux appuient l'hypothèse du rôle des PE dans les cancers hormono- dépendants : sein, prostate, testicule.
En outre, Le Pr Fenichel a constaté que le bisphénol A pouvait interférer sur la croissance des lignées de cellules malignes humaines, soit en neutralisant in vitro la chimiothérapie dans le cancer du sein, soit en stimulant la prolifération des cellules malignes dans le cancer de la prostate et du testicule.

Maladies métaboliques et obésité

Pour le Pr Robert Barouki, Professeur à la Faculté de Médecine Paris Descartes, et Directeur de recherche à l'Inserm, des travaux récents indiquent que " l'exposition foetale à certains perturbateurs endocriniens comme le bisphénol A , les phtalates, et les polluants organiques persistants comme les PCB et les dioxines, favorisent l'apparition de maladies métaboliques et de l'obésité ".

Perturbation de la barrière intestinale

Alors que jamais on n'avait pensé que les intestins pouvaient être perturbés par les estrogènes, le Pr Eric Houdeau, Chargé de recherche à l'Institut National de recherche Agronomique de Toulouse, spécialiste de la physiopathologie de l'appareil digestif, et coordonateur d'un programme scientifique sur les risques d'une exposition périnatale au bisphénol A dans le développement de maladies digestives, a constaté que " le BPA, aux doses inférieures aux seuils aujourd'hui considérés comme acceptables pour l'homme, est capable de provoquer une diminution de la perméabilité de l'intestin, peut se substituer aux estrogènes naturels dès le stade foetal, et perturber ainsi considérablement le développement normal de l'intestin et l'équilibre hormonal nécessaire au maintien d'une fonction de barrière intestinale efficace pour le reste de la vie ". " Le système immunitaire est également perturbé, ajoute le Pr Houdeau, entrainant des réactions inflammatoires intestinales qui vont faire le lit des tumeurs cancéreuses ".

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Troubles du comportement

Pour le Dr Oussama Kébir, psychiatre à l'hopital Sainte Anne (Paris) et chercheur en génétique psychiatrique, les perturbateurs endocriniens tels les estrogènes de synthèse comme le diethylstilbestrol (DES) les pesticides et le bisphénol A , agissent sur presque tous les neuro-transmetteurs et sont impliqués dans les troubles du comportement et les troubles de l'apprentissage, les troubles de l'humeur , les troubles psychotiques, les troubles anxieux et des troubles dans la conduite alimentaire. " Et les effets sont indépendants de la dose ", souligne le Dr Oussama.

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Régression de la biodiversité

Helène Roche, ingénieur de recherche de 1ère classe au CNRS, constate de son côté des dérèglements hormonaux , des mutations sexuelles et des comportements inhabituels chez les espèces sauvages d'animaux. Elle estime que " la perturbation endocrinienne met en péril l'ensemble des systèmes biologiques naturels et participe à l'érosion de la biodiversité avec les autres facteurs dus à l'industrialisation, en diminuant les effectifs des populations ".

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