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Bisphénol A : L'insoutenable légèreté de l'Agence Européenne pour la Sécurité des Aliments

 

Appliquer le principe de précaution

Alors que faire en attendant ? S'en tenir aux avis d'une Agence qui reste rivée sur les doses alors que l'effet -dose n'est pas un critère suffisant pour juger de l'innocuité des PE, ou tenir compte du faisceau de preuves actuelles, des observations cliniques, et finalement du bon sens ?

Pour Ana Sotto, Professeur de biologie cellulaire de la Faculté de Médecine de l'Université de Boston (USA) et l'une des pionnières des perturbateurs endocriniens, la question ne se pose plus : " Nous avons aujourd'hui assez de preuves par les études animales et les observations cliniques chez l'homme ", a-t-elle martelé lors du Colloque de l'Assemblée Nationale. " Il ne faut plus attendre pour prendre des mesures. Je suis scientifique mais aussi médecin et je constate ce qui se passe sur le terrain, notamment la forte augmentation des cancers et des troubles de la reproduction. Et il est clair qu'il y a un vrai problème avec les perturbateurs endocriniens environnementaux ". " Il faut agir dès maintenant. On ne va pas quand même pas attendre la fin des espèces " insiste-t-elle.

Protéger la mère et l'enfant contre les PE

Nous avons su interdire récemment le chlordécone, un pesticide utilisé dans le traitement des bananes et qui est responsable d'une forte augmentation de cancer de la prostate aux antilles.

Lire : Santé : Chlordécone, le poison des antilles

Nous également avons su interdire, à partir de janvier 2011, les biberons contenant du bisphénol A.

Lire : Le Bisphénol A interdit... mais uniquement dans les biberons

Il faut continuer.

Pour les chercheurs, la priorité est de protéger la mère pour protéger l'embryon, le foetus et le nourrisson pendant les phases critiques du développement avant la conception, pendant la gestation, et pendant la lactation, puis de protéger l'enfant et de la période périnatale jusqu'à la puberté.

Cela veut dire qu'il faut mettre en oeuvre rapidement des mesures qui visent à :

- Supprimer l'exposition aux PE connus dont le bisphénol A, les résidus d'hormones médicamenteuses, et les phtalates dans les foyers, les lieux de travail, et tous les lieux publics, les véhicules de transport, l'eau, les aliments et les produits de consommation.

- Réglementer les rejets des PE, dont les résidus d'hormones médicamenteuses, dans l'environnement, par les industriels de la chimie et du médicament, par les établissements hospitaliers, et les élevages industriels pour réduire les déversements massifs dans les eaux usées.

- Adapter les stations d'épuration pour qu'elles puissent éliminer (ce n'est pas du tout le cas aujourd'hui) ces substances que finalement nous retrouvons dans notre eau et notre alimentation.

- Interdire la commercialisation des nouveaux produits chimiques, dont les pesticides, sans une recherche préalable d'effets potentiels sur le système endocrinien.

- Changer la formation en toxicologie.

- Changer les méthodologies, et les protocoles d'études de recherche pour que puissent être pris en compte les problèmes spécifiques posés par les PEE (perturbateurs endocriniens environnementaux) : âge d'exposition, doses, cumul, seuils d'exposition, mélanges, interactions entre les différents PE, rémanence, temps écoulé entre l'exposition et ses effets, transmission intergénérationnelle, effets à long terme...

- Développer la toxicologie prédictive, trouver des marqueurs spécifiques.

- Changer les règles de la toxicologie réglementaire.

- Renforcer la surveillance environnementale

- Informer les consommateurs sur les dangers des PE, et en rendant obligatoire l'étiquetage mentionnant la présence de ces substances, car c'est finalement dans le panier de la ménagère que l'on trouve le plus de perturbateurs endocriniens.

Lire : L'Afssa recommande un "étiquetage systématique" sur les emballages contenant du Bisphénol A

Il faudrait enfin aussi qu'un seul organisme soit nommé pour centraliser, harmoniser, mutualiser les moyens, et piloter toutes les équipes, tous les budgets et les programmes de recherche sur le sujet en relation bien sûr avec les industriels. Le Gouvernement a su mettre en place il y a quelques jours une fonction " Garde côtes " regroupant, tous les services de l'Etat pour préserver notre domaine maritime. La protection de la santé humaine et animale et de la biodiversité contre les perturbateurs endocriniens mérite bien le même traitement.