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Bisphénol A : la commercialisation des biberons est suspendue mais pas interdite

Publié Le 25 Mars 2010 à 13h40
 
Le Sénat a voté hier, à l'unanimité, la suspension de la commercialisation des biberons produits à base de bisphénol A. Mais suspension ne veut pas dire interdiction...

"Plusieurs études scientifiques mettent en évidence l'impact du Bisphénol A sur les troubles du comportement, la fertilité, le développement de cancers, le diabète et l'obésité", soulignait en février dernier le RDSE ( Rassemblement démocratique et social européen), citant une étude de l'Institut national de la recherche agronomique (Inra) et une étude publiée fin 2009 dans la revue Environmental Health Perspectives.

L'auteur de la proposition de loi, le président du groupe RDSE, Yvon Collin, a souligné que "loin d'être rassurantes, les études scientifiques se suivent et n'en sont que plus alarmantes (...) démontrant le caractère urgent de passer du champ scientifique pour entrer dans la prise de décision responsable".

Le texte ainsi adopté par les sénateurs ce mardi 24 mars stipule que " la fabrication, l'importation, l'exportation et la mise sur le marché à titre gratuit ou onéreux de biberons à base de bisphénol A sont suspendues jusqu'à l'adoption, par l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA), d'un avis motivé autorisant à nouveau ces opérations ".

Pour l'instant, cette décision n'est donc que temporaire et dépendra des conclusions de l'AFSSA, "qui a déjà engagé des travaux pour élaborer une nouvelle méthodologie d'évaluation et qui devrait rendre ses conclusions dans les prochains mois", selon le communiqué du Sénat.

Cette proposition de loi doit être encore inscrite à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale pour pouvoir poursuivre son parcours parlementaire.

Le combat n'est donc pas encore totalement gagné! Mais si cette interdiction se confirmait, la France serait le premier pays européen à interdire le BPA dans la composition des biberons.

Une victoire incomplète

A l'origine, la proposition de loi voulait interdire la molécule dans tous les plastiques alimentaires. Le bisphénol A ne se trouve en effet pas que dans les biberons et le danger ne concerne donc pas que les enfants.

"Les sénateurs ont fait un grand pas en avant en accréditant les études scientifiques qui prouvent la toxicité du BPA lorsque les nourrissons y sont exposés par la contamination alimentaire, notamment via les biberons" a déclaré André Cicolella, porte-parole du RES (Réseau environnement santé).

"Les mères étant elles-mêmes exposées au BPA par voie alimentaire (au travers des plastiques alimentaires tels que canettes, boites de conserve, film alimentaire, bouilloire...), il faut désormais aller au bout de la logique en protégeant également les bébés allaités et les foetus exposés via la contamination maternelle. C'est l'ensemble des sources d'exposition alimentaire qu'il faut donc éliminer" a-t-il ajouté.

Qu'en pensent les industriels du plastique ?

Pour les industriels du plastique, le vote des sénateurs est une application hasardeuse du principe de précaution. PlasticsEurope, l'association européenne des producteurs de matières plastiques, et ELIPSO, syndicat professionnel des emballages plastiques et des emballages souples, estiment que la suspension de la commercialisation des biberons n'est qu'une fausse solution qui alimentera les angoisses des consommateurs.

Si le bisphénol A est vraiment si dangereux, pourquoi suspendre la commercialisation des biberons et ne pas l'interdire directement? et pourquoi ne l'interdire que pour les biberons?

" Les sénateurs ont limité le champ d'application de la proposition de loi aux seuls biberons et écarté l'option d'une interdiction pour retenir celle d'une suspension, ce qui souligne l'embarras du législateur face à une interdiction inadaptée en l'état des connaissances scientifiques ", précise Plastics Europe.

Les industriels tremblent en imaginant les conséquences qu'entraînerait l'interdiction du bisphénol A et cherchent de toute évidence à semer le doute en tirant profit du manque de fermeté de la décision des sénateurs.

L'emballage plastique et souple représente 370 entreprises en France qui emploient plus de 42 000 collaborateurs et ont réalisé 7,1 milliards d'euros de chiffre d'affaires en 2007.

Alors la question est : santé ou profit ?

Stella Giani

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