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Brice Lalonde : un anti-nucléaire qui retourne sa veste

Publié Le 10 Février 2016 à 17h13
 
Brice Lalonde, ancien Ministre de l'Ecologie (de 1988 à 1992), Conseiller spécial à l'ONU, et ancien anti-nucléaire, vient de préciser dans un livre publié aux Editions Arthaud que finalement il était favorable à l'énergie nucléaire pour lutter contre le réchauffement climatique.
Brice Lalonde, lors d'une interview pour Europe 1 (à 5 min): "On ne peut pas se passer de nucléaire, je dois le dire. (...) L'avenir du nucléaire est lié à un accord international. Le gaz de schiste est bon aux Etats-Unis, pourquoi il serait mauvais en France ?"

 

Selon Brice Lalonde, c'est le charbon qui est le principal facteur du réchauffement climatique alors que le nucléaire français est "sûr" et "n'émet pas de C02".

"J'appelle les écologistes à tenir compte du nucléaire qui n'émet pas de CO2 et qui est sûr dans nos pays. J'étais un anti nucléaire farouche mais il ne faut pas fermer la porte à ses technologies quand il y a urgence à engager une transition vers une énergie propre" a-t-il ainsi expliqué au journal La Voix du Nord lors d'une interview à Lille.

Il estime donc que face à l'urgence climatique il faut préférer le nucléaire au charbon.

C'est vrai qu'entre deux maux il faut choisir le moindre. Mais le moindre est-ce bien le nucléaire ?

Brice Lalonde sait-il que nos centrales nucléaires ont atteint leur limite de durée de vie et que les incidents de fonctionnement se multiplient ? Le 20 janvier 2016, M. Pierre-Franck Chevet, Président de l'Autorité de sûreté Nucléaire (ASN), a déclaré que " le contexte en matière de sûreté nucléaire et de radioprotection est préoccupant ", et que " la poursuite du fonctionnement des centrales nucléaires au-delà de 40 ans n'est pas acquise : les conditions de cette poursuite restent encore largement en débat ". (lire le communiqué de l'ASN)

Brice Lalonde sait-il que les énergies renouvelables remplacent de plus en plus efficacement le charbon et le nucléaire ? Sait-il que la construction de nouvelles centrales nucléaires coûterait une fortune et que ces dépenses se feraient aux dépends du développement des énergies renouvelables ? Sait-il que les déchets nucléaires de haute et moyenne activité à vie longue (jusqu'à 100 000 ans) représentent un problème majeur et qu'on ne sait toujours pas comment les éliminer ? La seule solution retenue est de les enfouir sous terre sur le site de Bure, dans la Meuse, et de laisser le cadeau empoisonné aux futures générations pendant 100 000 ans.

Même s'il est vrai que le nucléaire peut apparaitre comme étant préférable au charbon pour lutter contre le réchauffement climatique, les risques qu'il fait encourir, son coût, et les problèmes qu'il pose en termes de déchets sont autant de raisons pour écarter cette source d'énergie. Ce sont bien les énergies renouvelables et les solutions pour économiser l'énergie qu'il faut se presser de soutenir et de privilégier.

Brice Lalonde, qui se veut visionnaire dans son ouvrage*, envoie finalement un très mauvais message pro-nucléaire et se présente plutôt comme un homme du passé.

José Vieira

* Brice Lalonde, "Le ciel nous tombe sur la tête?", Éditions Arthaud, 328 pages, 15 euros.

A lire en complément : l'enquête de Mediapart "Climat : le lobby nucléaire prend position au plus haut niveau" (voir le pdf) ; On y découvre que Brice Lalonde a préparé un forum des entreprises pour le climat (Global Compact) à Paris lors de la COP21... avec une ancienne salariée d'Areva, Myrto Tripathi, ancienne directrice de l'offre nouveaux réacteurs, payée par Areva à cette occasion. " " J'ai trouvé plutôt sympa de la part d'Areva de nous filer quelqu'un. C'est une personne parmi trente autres. Une personne payée par Areva, ça n'a aucune influence sur notre sommet, c'est garanti par moi." a répondu Brice Lalonde à Mediapart qui a soulevé le problème du conflit d'intérêts et qui a également eu accès à un courriel envoyé par Myrto Tripathi à ses collègues et dans lequel on peut lire : " Je pense essentiel que nous ayons un représentant de l'énergie nucléaire en tant qu'intervenant dans la table ronde "Énergie" ", car " le nucléaire est une des solutions aujourd'hui sans laquelle nous ne parviendrons pas à relever le défi du changement climatique ".