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Comment et pourquoi l'humanité peut et doit faire plus avec moins


Sommaire
1 - Repenser d'urgence les liens entre l'utilisation des ressources et la prospérité économique
2 - Vers une utilisation plus efficace des ressources
3 - Comment faire plus avec moins : 3 scénarii
Publié Le 17 Mai 2011 à 11h48
 

Si le rapport ne propose pas d'options stratégiques et technologiques détaillées (qui feront l'objet de prochains rapports), il souligne que les technologies qui ont permis à l'homme d'extraire des quantités toujours plus importantes de ressources naturelles doivent être désormais mises au service d'une utilisation plus efficace des ressources.

La consommation de ressources moyenne par habitant et par an, à l'échelle mondiale, s'élevait, en 2000, entre 8 et 10 tonnes, soit environ le double de l'année 1900. Dans les pays industrialisés (qui représentent un cinquième de la population mondiale), ce taux moyen était pour la même année près de deux fois supérieur à la moyenne mondiale et de quatre à cinq fois supérieur à celui des pays en développement les plus pauvres.

La consommation par habitant à l'échelle mondiale (ou nationale) est calculée en divisant le total des extractions mondiales (ou nationales) de minéraux, de minerais, de combustibles fossiles et de biomasse par les chiffres de la population mondiale (ou nationale).

La croissance rapide du commerce international brouille néanmoins les responsabilités en matière de consommation des ressources et de leur incidence sur l'environnement, indiquent les auteurs.

Au cours du siècle dernier, les mesures de lutte contre la pollution et d'autres dispositifs ont permis de réduire l'impact environnemental de la croissance économique. Sous l'effet conjugué des innovations en matière de technologies, de conception de produits, d'utilisation de l'énergie et de l'essor des populations urbaines adoptant un style de vie plus durable, l'économie mondiale a ainsi connu une croissance plus rapide que la consommation des ressources.

Il convient cependant de relativiser ces progrès. La croissance démographique, le maintien de la consommation à des niveaux élevés dans les pays industrialisés et la demande croissante de biens matériels, notamment en Chine, en Inde, au Brésil et dans d'autres économies émergentes ont multiplié par huit la consommation de ressources qui, en valeur absolue, est passée de 6 milliards de tonnes en 1900 à 49 milliards en 2000. Selon les estimations, elle s'élèverait aujourd'hui à 59 milliards de tonnes.

Le découplage est bel et bien à l'oeuvre mais " à un rythme qui ne suffit pas pour satisfaire les besoins d'un société équitable et durable, " préviennent les auteurs du rapport. Entre 1980 et 2002, les ressources nécessaires pour produire une valeur économique de 1 000 dollars US ont chuté de 2,1 à 1,6 tonne.

L'Allemagne, le Japon, l'Afrique du Sud, la Chine : leur engagement pour le développement durable

Le rapport fait état des progrès accomplis dans quatre pays dont les gouvernements ont adopté des politiques appuyant ce découplage. C'est le cas de l'Allemagne et du Japon, qui ont démontré le potentiel de cette approche.

- L'Allemagne a fixé des objectifs en matière de productivité des énergies et des ressources et entend multiplier celle-ci par deux d'ici 2020. Le pays affiche également des objectifs ambitieux pour 2020, comme de satisfaire certains besoins énergétiques, notamment en chauffage et en électricité, avec des sources d'énergies renouvelables ou de réduire de 30 % les émissions de CO2.

- Le Japon s'est engagé à devenir une " société durable ", faible productrice d'émissions de carbone, axée sur la réduction, la réutilisation et le recyclage de matériaux et l'harmonie avec la nature. Les flux de matières font l'objet d'un suivi rigoureux. Les mesures mises en place par le Japon " sont probablement les exemples les plus aboutis d'amélioration de la productivité des ressources et de limitation des impacts environnementaux dans la pratique, " indique le rapport.

- La Constitution de l'Afrique du Sud prévoit " un développement et une utilisation des ressources écologiquement durables ". Les politiques mises en oeuvre par le pays exigent explicitement un " découplage des ressources et de l'impact " et des réductions des émissions de 30 à 40 % d'ici 2050. Les progrès se heurtent cependant à une dépendance de plus en plus forte vis-à-vis des exportations de charbon et de minéraux. Son intensité carbone est la plus élevée au monde et ses émissions par habitant représentent le double de la moyenne mondiale.

- La Chine s'est fixé pour objectif de bâtir une " civilisation écologique " où les préoccupations liées aux ressources et à l'environnement arriveraient en tête des priorités. Le pays a élaboré des indicateurs de découplage, fixé des objectifs obligatoires, comme de réduire de 20 % l'intensité énergétique et lancé des programmes d'économie de l'énergie et de réduction de la pollution à l'échelle nationale. Son plan d'action national sur les changements climatiques vise une baisse de 40 à 45 % de l'intensité des émissions de CO2 d'ici 2020.

Selon les auteurs du rapport, la Chine constitue un test de référence à l'échelle mondiale, " parce qu'elle souhaite poursuivre sa croissance économique rapide tout en faisant un usage plus rationnel des ressources. "

" Les mesures que la Chine instaure pour concilier ces objectifs auront une importance capitale pour les autres pays en développement qui partagent les mêmes intentions politiques. "

Le rapport souligne que la réduction du taux de consommation de ressources, et ses conséquences, sont théoriquement possibles si le développement économique du pays n'est pas simplement conçu en termes de croissance matérielle.

" L'heure est venue de reconnaître que les ressources naturelles nécessaires au développement et à la croissance économique sont limitées, " avertissent les auteurs.

Le découplage " impliquera de modifier considérablement les politiques des gouvernements, le comportement des entreprises et les modes de consommation du grand public... ce changement passera par des innovations, voire des transformations radicales. "