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Comment et pourquoi l'humanité peut et doit faire plus avec moins

 

Le rapport propose trois scénarios de consommation équitable des ressources par les pays développés et en voie de développement : " convergence d'ici 2050 "

Scénario 1 : maintien du statu quo dans les pays développés, convergence des autres pays

La consommation de ressources par habitant demeure stable dans les pays industrialisés, comme ce fut le cas au cours des trois dernières décennies, et le reste du monde poursuit la tendance actuelle de rattrapage. Ce scénario conduit à une consommation annuelle totale de 140 milliards de tonnes de minéraux, de minerais, de combustibles fossiles et de biomasse, soit 16 tonnes par habitant pour une population mondiale de 9 milliards de personnes d'ici 2050. D'après le rapport, il s'agit d'un " scénario insoutenable du point de vue de l'utilisation des ressources et des niveaux d'émissions, qui dépasse probablement toutes les mesures envisageables en matière de ressources disponibles et d'évaluation des limites en matière de capacité à absorber les impacts. "

Scénario 2 : légère contraction de la consommation dans les pays développés, convergence des autres pays

Les pays industrialisés diminuent de moitié leur consommation par habitant (8 tonnes), tandis que les autres pays rejoignent ce niveau. La consommation totale à l'échelle mondiale s'élèverait par conséquent à 70 milliards de tonnes d'ici 2050. " Ce scénario suppose d'importants changements structurels, qui conduiraient à de nouveaux modes de production industrielle et de consommation, différant sensiblement du modèle industriel occidental traditionnel, gros consommateur de ressources. "

Ce scénario aboutit à une consommation mondiale de 70 milliards de tonnes d'ici 2050, soit 40 % de plus que le volume annuel des ressources extraites enregistré en 2000. La moyenne des émissions de CO2 par habitant augmenterait de presque 50 % pour atteindre 1,6 tonne par personne et les émissions mondiales devraient plus que doubler.

Rares sont les pays où l'on a observé des réductions drastiques de la consommation, à des niveaux bien inférieurs à ceux envisagés dans le scénario 2 et, dans certains cas, la baisse de la consommation par habitant n'a été obtenue que par l'importation de ressources de l'étranger.

Scénario 3 : forte contraction de la consommation dans les pays développés, qui convergent avec les autres pays

Les pays industrialisés réduisent de deux tiers leur consommation par habitant et les autres nations demeurent à leurs niveaux actuels, avec pour résultats un taux de consommation mondial annuel par habitant de six tonnes et une consommation totale mondiale de près de 50 milliards de tonnes, qui équivaut à celle de l'année 2000.

Ce scénario comporterait tant de restrictions et rebuterait tellement les décideurs politiques qu'il " peut difficilement être envisagé comme un objectif stratégique potentiel, " reconnaissent les auteurs.

Et pourtant, des mesures aussi strictes que celles-ci maintiendraient la consommation mondiale à des niveaux que les scientifiques estiment encore insoutenables. Les émissions moyennes de CO2 par habitant seraient réduites d'environ 40 % pour atteindre 0,75 tonnes/habitant et les émissions mondiales se stabiliseraient à leur niveau de 2000.

" Ces scénarios remettent en cause notre vision et nos postulats actuels en matière de développement, " poursuivent les auteurs du rapport. " Si les investissements qui sont faits aujourd'hui dans les pays en développement et développés enferment l'humanité dans le maintien du statu quo et un modèle de croissance basé sur une utilisation un peu moins intensive des ressources, le risque de nous retrouver confrontés à des contraintes écologiques et à des difficultés d'approvisionnement ne fera qu'empirer. "

" Ces conclusions ont conduit le Panel international des ressources à mettre l'accent, dans ses prochains rapports, sur les mesures à prendre pour améliorer la productivité des ressources et proposer des alternatives valables aux décideurs. "

Il reste des difficultés à surmonter...

- Les décideurs et le grand public ne sont pas encore convaincus qu'il existe des limites matérielles absolues à la quantité de ressources exploitables par l'homme.

- Les écarts importants en matière de consommation par habitant impliquent de mettre en place différents niveaux d'action. Les pays les plus pauvres, qui seront sans doute les premiers à subir les effets des pénuries de ressources, doivent avoir la possibilité d'améliorer leur niveau de vie. S'ils souhaitent cependant s'engager à leur tour dans un schéma de croissance excessif, ils courent le risque d'exposer leurs économies à des difficultés d'approvisionnement et d'exercer une pression encore plus insoutenable sur le stock de ressources de la planète.

- Les meilleurs gisements de minéraux, de minerais et de combustibles fossiles et les plus facilement accessibles sont en train de s'épuiser. Les nouveaux gisements sont généralement plus difficiles d'accès et de qualité moindre. La prospection et l'extraction consomment de plus en en plus d'énergie, aggravant l'impact sur l'environnement. Il faut dégager à présent trois fois plus de matières pour extraire un minerai donné qu'il y a un siècle, avec la dégradation des sols, de la qualité de l'eau et la consommation d'énergie que cela entraîne.

- L'extraction de ressources s'effectue de plus en plus dans des pays qui disposent de normes juridiques et environnementales moins strictes, de sorte que " l'impact environnemental par unité de matière extraite est de plus en plus lourd. "

- À mesure que les échanges se développent, il devient plus difficile de déterminer les responsabilités en matière de consommation des ressources. Il s'agit pourtant d'un facteur capital si l'on veut imposer à chaque pays des restrictions en matière de consommation par habitant. La réduction de l'exploitation minière et de ses conséquences relève-t-elle de la responsabilité du pays où s'effectue l'extraction, de celui qui transforme ce minerai en produit fini ou de celui qui consomme ce produit ?

- Une consommation plus rationnelle de l'énergie et des produits manufacturés comporte souvent un effet boomerang dans la mesure où les économies réalisées permettent aux consommateurs d'acheter d'autres biens ou de les utiliser plus souvent, comme c'est par exemple le cas pour les voitures économes en carburant, qui incitent à faire plus de kilomètres.

Mais il y a des raisons de garder espoir

- D'après le rapport, la certitude que des pénuries de ressources écarteront en fin de compte la possibilité de maintenir le statu quo signifie que les pays qui ont pris de l'avance en investissant dans les innovations " récolteront forcément les fruits de leurs efforts lorsque d'autres seront confrontés à la nécessité d'évoluer rapidement. "

- Les pays en développement, qui ne sont pas freinés par les technologies existantes, pourront sauter les étapes qui mènent à des modes de croissance et de production moins consommateurs de ressources, à l'instar d'une grande partie du continent africain, qui a adopté directement la téléphonie sans fil sans passer par un réseau téléphonique fixe.

- La hausse des prix de nombreuses ressources engendre la nécessité économique de diminuer notre consommation même si des prix plus élevés risquent également de financer l'exploitation de gisements plus dispendieux et dangereux pour l'environnement comme c'est le cas pour le pétrole en Arctique.

- L'urbanisation peut réduire le taux de consommation d'une population donnée en améliorant la qualité de la fourniture des services et en " concentrant le savoir-faire ainsi que les ressources financières, sociales et institutionnelles nécessaires à la mise en place d'innovations durables. " Néanmoins, les chiffres de la consommation des villes sont parfois réduits artificiellement si la zone urbaine dépend de l'énergie et des ressources de la campagne environnante. En outre, le niveau de consommation des citadins augmente parallèlement à la croissance économique. " C'est tout le dilemme auquel sont confrontées les villes en matière de durabilité, " soulignent les auteurs du rapport. " Elles jouent un rôle moteur dans l'utilisation non durable des ressources au niveau mondial mais ce sont elles qui présentent le plus grand potentiel en matière d'innovations durables.

- Des écarts importants de taux de consommation de ressources existent encore aujourd'hui d'un pays à l'autre et ce, y compris entre des pays qui affichent des PIB par habitant équivalents. C'est la preuve que l'amélioration de la productivité des ressources et la croissance économique au niveau national ne sont pas incompatibles.

Ainsi, l'humanité doit aujourd'hui évoluer vers un schéma plus durable de consommation et de production. Nos économies doivent continuer à croître et à se développer, mais ce développement ne peut plus se faire aux dépens des systèmes dont dépend la vie sur terre, dans les océans ou dans l'atmosphère... et qui permettent finalement à nos économies d'exister et donc à chacun d'entre nous. L'économie verte ne consiste pas à étouffer la croissance et la prospérité, mais à se reconnecter à la véritable richesse, à réinvestir dans le capital naturel au lieu de l'exploiter. Il s'agit de mettre en place une économie mondiale consciente de la responsabilité des nations à transmettre une planète productive, en bonne santé et en bon état de fonctionnement à la jeunesse d'aujourd'hui et aux générations future.

Stella Giani

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