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Consommation durable en France : sur quelles bases politiques s'appuyer ?

Publié Le 18 Février 2011 à 15h20
 
Pour entrainer un changement profond et indispensable de notre modèle de consommation dont nous savons maintenant qu'il n'est plus durable, le " Centre d'analyse stratégique ", dont le rôle est de conseiller le Gouvernement, vient de remettre un rapport recommandant un ensemble de mesures à mettre en place sans tarder et qui devraient façonner notre mode de consommation dans les 20 prochaines années.

Notre modèle actuel de consommation est aberrant et doit être sans l'ombre d'un doute, et le plus rapidement possible, abandonné. Parce qu'il est excessif dans ses prélèvements de matières premières. Parce qu'il est excessif dans ses rejets. Parce qu'il perturbe profondément et de façon irréversible le climat. Parce qu'il détruit la biodiversité. Parce que les diverses mesures favorisant une production plus respectueuse de l'environnement ne suffisent pas et ne suffiront pas. Parce que les déséquilibres sociaux sont de plus en plus criants à l'échelle du monde. Parce que les progrès techniques ne pourront pas suivre face à l'augmentation de la population mondiale et à la demande croissante et organisée des biens de consommation...
C'est donc sur la base d'un changement radical de notre comportement que la consommation durable va devoir se développer. Sur un changement profond de nos habitudes. Sur la prise de conscience que les biens matériels ne sont plus synonymes de qualité de vie. Sur la sortie au bout du compte du modèle actuel de notre société de consommation.

Les actions à mener en France

Bien que la consommation durable ne puisse être envisagée à l'échelle d'un pays, la France doit s'engager sans délai dans cette voie.
Mais comment dépasser le seuil de la minorité actuelle consciente de cette nécessité ? Comment parvenir à transformer les bonnes intentions de beaucoup en gestes concrets et durables dans la vie quotidienne ? Comment convaincre les consommateurs de consommer mieux sans pour autant consommer beaucoup moins ? Comment aussi éviter le piège des effets repoussoirs de mesures pouvant être vécues comme frustrantes ?

Le " Centre d'analyse stratégique " dont la mission est d'apporter un regard pluridisciplinaire à long terme sur les grands enjeux nationaux vient d'adresser au Gouvernement un ensemble de recommandations qui visent à mettre en place les bases d'une politique nationale de consommation durable et dont nous vous présentons la liste exhaustive tant elle nous paraît importante à connaître par tous les acteurs concernés et par les consommateurs, car elle va jeter les nouvelles bases de notre société de consommation pour les 20 prochaines années.

Ces recommandations sont les suivantes :

1) Institution de mesures d'éducation à la consommation durable dès le plus jeune âge et sensibilisation du consommateur à travers des groupes cibles et à des moments clés de la vie :

- Intégration des bases de la consommation durable dans l'enseignement dès le plus jeune âge et dans la formation professionnelle ;
- conception de campagnes de sensibilisation qui privilégient des publics cibles et qui prennent en compte le comportement des consommateurs ;
- sensibilisation des individus à des moments clés de leur vie pendant lesquels ils sont réceptifs aux enjeux de la consommation durable ;
- utilisation de l'effet d'entrainement inhérent aux approches collectives ;
- ciblage prioritaire des groupes les plus convaincus afin de diffuser la culture de la consommation durable ;
- clarification des pratiques de la responsabilité sociale des entreprises et en y intégrant les stratégies commerciales ;
- amélioration de la transparence des impacts sociaux et environnementaux des produits d'épargne et encouragement de l'investissement socialement responsable ;
- intégration des médias et des relais de la communication marchande à la politique de consommation durable pour limiter les stratégies promotionnelles favorisant le gaspillage et la surconsommation, et encadrer les stratégies médias des entreprises pour éviter la prolifération des messages incitant à l'hyperconsommation ;
- régulation de la profusion de labels associés au développement durable ;
- et développement de l'économie de la fonctionnalité et de l'éco-conception en mettant en avant le coût global des biens et des services.

2) La deuxième proposition du Centre d'analyse stratégique vise à encourager les initiatives pionnières locales dans une logique ascendante : circuits courts, éco-quartiers... afin d'identifier et de tester les solutions viables à déployer au niveau national :

-soutien des expérimentations locales de consommation durable,
-renforcement des processus d'apprentissage, d'échange et de généralisation des bonnes pratiques.

3) La troisième proposition va dans le sens du soutien de l'innovation aussi bien technologique qu'organisationnelle, au service de la consommation durable, notamment en associant des exigences de développement durable au label " Made in France ", et en encourageant l'éco-conception :

-investissement dans l'innovation technologique mais aussi sociale " low tech " au service de la consommation durable ;
-association des exigences environnementales, notamment des éco-labels officiels, à la garantie de fabrication locale en cas d'introduction d'un label Made in France ;
-encouragement du développement des associations et des entreprises innovantes à vocation sociale ou écologique notamment par la clarification de leur statut juridique.

4) La quatrième proposition vise à mettre en place les outils économiques et les signaux-prix nécessaires à cette transition :

- donner un prix au carbone émis et afficher la valeur envisagée sur le long terme afin d'envoyer un signal fort à tous les acteurs concernés,
- donner un signal-prix fort aux biens et services durables par des actions financières directes ( taxations, bonus-malus, normalisations, subventions...),
-étudier une révision des tarifs de l'eau et de l'électricité afin d'inciter les consommateurs à utiliser ces ressources de manière plus efficace,
-faire financer les éco-labels par les entreprises non labellisées suivant le principe du pollueur-payeur.

5) La cinquième proposition vise à renforcer l'adoption par l'Etat et les collectivités territoriales de politiques de consommation et de commande publique durables afin d'enclencher un effet d'entrainement auprès des entreprises et des consommateurs. Cela passera par :

-la mise en place d'une politique publique cohérente en matière de consommation durable,
-la systématisation des approches coûts-bénéfices au sein des politiques publiques ;
-l'accélération de la stratégie de commande publique durable ;
-l'impulsion d'une coordination européenne des politiques de consommation durable.

6) Enfin le Centre d'analyse stratégique propose au Gouvernement d'assurer un suivi pérenne de la politique nationale de consommation durable :

-en chargeant une entité administrative de la déclinaison de la politique de consommation durable,
-et en définissant des indicateurs explicites pour communiquer à tous les acteurs les progrès réalisés.
Toutes ces mesures son censées entrainer une modification progressive indispensable de nos comportements et des circuits économiques. Reste à savoir comment elles vont pouvoir s'articuler avec la nécessité d'une croissance durable et la compétitivité des entreprises.

Hervé de Malières

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