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Débat présidentiel : quand l'écologie se résume au nucléaire

Publié Le 5 Mai 2012 à 12h14
 
Acharné, parfois agaçant, le débat de l'entre-deux-tours a parlé de presque tout... sauf d'écologie. Toutefois, le nucléaire a fait l'objet d'une véritable passe-d'arme entre le candidat PS et le président sortant. Alors que l'énergie nucléaire a beaucoup fait parler d'elle ces derniers jours, les divergences entre les deux candidats vont-elles influencer les derniers indécis ?

Certes le duel qui opposait François Hollande et Nicolas Sarkozymercredi 2 mai a tenu toutes ses promesses en termes de phrases assassines, d'ambitieuses promesses et de jolis slogans appris par coeur. Les journalistes David Pujadas et Laurence Ferrari ont  d'ailleurs éprouvé bien des difficultés à tenir leur rôle d'arbitre dans ce match serré.

Mais une fois n'est pas coutume dans cette campagne présidentielle, les échanges passionnés n'ont pas - ou très peu - pris la direction de l'écologie. Quelques considérations sur le réchauffement climatique, les énergies fossiles et sur le nucléaire ont toutefois permis de distinguer des divergences entre les deux candidats, et une légère meilleure volonté de François Hollande sur la question des énergies renouvelables.

Fessenheim : "pourquoi cette centrale ? {seulement}" s'interroge Sarkozy

Ainsi, Nicolas Sarkozy a réitéré son soutien sans faille à l'énergie de l'atome, en affirmant que la France n'a d'autres options, n'ayant ni pétrole, ni gaz sur son territoire, et ignorant au passage le potentiel des énergies renouvelables. Pour le président sortant le nucléaire a toujours fait l'objet d'un consensus à droite comme à gauche, se faisant un plaisir de rappeler que le développement de cette énergie s'est principalement fait sous François Mitterrand, président de gauche. Evidemment, Nicolas Sarkozy a tiré sur la cordelette de l'emploi, rappelant que le nucléaire soutient 240 000 emplois.

Au sujet de la centrale de Fessenheim, la doyenne du parc atomique français, le candidat UMP a rappelé qu'il s'oppose à sa fermeture, choisissant de faire confiance au rapport de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) qui l'a jugé " apte ". "Pourquoi la fermer ? " a-t-il questionné son rival, " Si le nucléaire est dangereux, ce n'est pas que la centrale nucléaire de Fessenheim qu'il faut fermer " s'est-il amusé.

Hollande prône une "sortie de la double dépendance au pétrole et au nucléaire"

Alors que François Hollande a justifié son choix de fermer cette centrale d'ici à 2017 par son ancienneté et sa position sur une zone sismique en précisant que " tous les emplois seront gardés ", Nicolas Sarkozy s'est tout de suite empressé de réitérer sa raillerie répétée à maintes reprises lors de ses meetings ; " il n'y a pas de problème de tsunami à Fessenheim ". Attaqué par Nicolas Sarkozy sur le " misérable accord " passé avec EELV, le président du Conseil général de Corrèze s'est distancié du parti écologiste en précisant que " c'est Martine Aubry qui l'a signé " et qu'il n'était " pas lié aux Verts sur la question du nucléaire".  Ainsi, le candidat socialiste pour le moins ambigu, a réaffirmé sa confiance dans cette technologie, tout en prônant une sortie sur le long terme de la double dépendance de la France au pétrole et au nucléaire. Son objectif ? Passer de 75% à 50% d'énergie nucléaire en 2025 et compenser ce déficit de nucléaire par le développement des énergies renouvelables sur le modèle de l'Allemagne, pariant sur la création de nouveaux emplois.

Mais les écologistes, ne sont pas dupes. Ils ont déjà entendu la chanson sur les énergies renouvelables, à l'occasion du Grenelle de l'Environnement, notamment... Ce débat n'a donc fait que confirmer l'indifférence des candidats face aux problèmes environnementaux. Et bien que le nucléaire ait été abordé dans la deuxième partie du débat de l'entre-deux-tours, l'interlude n'a fait que réaffirmer les positions traditionnelles de l'UMP et du PS sur les questions énergétiques. La campagne laisse un goût amer aux anti-nucléaires, qui craignent qu'un schéma à la Fukushima ne se reproduise en France ou ailleurs dans le monde, et aux écologistes, qui auraient aimé que l'on parle de biodiversité, pollution, agriculture bio, éco-consommation, énergies vertes, etc.

Olivia Montero