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Ecologie et croissance économique : un mariage heureux est possible

Publié Le 11 Juin 2021 à 15h10
 
Peut-on concilier capitalisme et écologie ? C'est la question ô combien d'actualité analysée par Luc Ferry dans son nouvel ouvrage "Les sept écologies". Et sa réponse est "oui" mais seulement si l'on propose "une alternative écomoderniste à l'écologie punitive".
"Les sept écologies, Pour une alternative au catastrophisme antimoderne" de Luc Ferry - Editions de l'Observatoire - parution le 7 avril 2021 (288 pages, Prix indicatif 20€)

 

"Parler aujourd'hui d'écologie au singulier n'a guère de sens tant les mouvements qui s'en réclament sont multiples et opposés entre eux". C'est à analyser les idées, les convictions et les propositions qui les animent que le dernier livre de Luc Ferry, Les sept écologies est consacré. Mais pas seulement ! Le philosophe, ancien ministre et auteur de nombreux ouvrages, propose aussi une alternative à l'écologie punitive : l'écomodernisme. C'est une vision du monde qui naît de l'alliance heureuse de l'écologie et de la croissance économique pour au final esquisser un grand dessein enthousiasmant pour une humanité réconciliée avec elle-même comme avec sa planète.

Il n'est pas évident aujourd'hui de s'orienter dans les différentes tendances du mouvement écologique. Pas évident non plus de bien saisir et comprendre leurs spécificités, ce qui les oppose, les sépare. De fait, l'écologie se divise aujourd'hui en sept grands courants : les " effondristes ", qui tiennent la catastrophe pour inévitable ; les alarmistes révolutionnaires, héritiers de la critique marxienne du capitalisme, qui plaident pour la décroissance, comme les écoféministes, les décoloniaux et les véganes, qui considèrent la lutte pour l'environnement comme indissociable de celle pour le droit des femmes, des colonisés et des animaux ; les réformistes qui pensent au contraire que la solution se situe dans la croissance verte et le développement durable. Viennent enfin les partisans de l' " écomodernisme " et de l'économie circulaire que défend ici Luc Ferry. Chacune de ces tendances est finement analysée dans le livre en même temps qu'elles sont reliées entre elles par le fil d'Ariane que tisse l'auteur pour guider le lecteur dans leur évolution historique.

Et cela conduit à sa prise de position en faveur de l'écomodernisme, courant encore peu connu, qui s'inscrit dans la logique de l'économie de marché et défend l'idée qu'une " croissance infinie dans un monde fini " est possible. Et l'auteur d'affirmer : " On peut être écologiste sans être ni décroissant, ni antilibéral, ni hostile à la consommation et à l'innovation technologique. C'est même à mon sens le seul moyen d'être efficace en matière de protection de l'environnement ".

Mais, comment concilier la croissance économique capitaliste avec une réduction des gaz à effet de serre et une réduction du changement climatique ? C'est tout l'objet du livre. La réponse est donnée par l'écomodernisme qui opère une rupture radicale avec la conception linéaire des premières révolutions industrielles. Ce courant, dont le manifeste est ici détaillé en dix points, repose essentiellement sur deux idées " géniales " et " radicales " pour l'auteur. Tout d'abord un VRAI recyclage nécessitant de concevoir les produits industriels pour qu'il soit possible de les désassembler et de les recycler : " Ce n'est que lorsque l'industrie imite la nature qu'elle atteint le même niveau de productivité. Le monde du déchet est un monde d'opportunités, un monde où le déchet d'un processus peut devenir la matière première d'un autre processus, une cascade de matières autrefois supposées sans valeur qui redeviennent l'origine de nouveaux processus et de nouvelles richesses. " Ainsi, on peut dire : " l'économie circulaire : croissance infinie, zéro pollution ! ".  La seconde idée, quant à elle, concerne l'urbanisation qui occupe actuellement 4% de la planète, qu'il faut " aménager pour qu'elle devienne " vivable " et pour que les 90% de la surface restante devienne une " merveilleuse réserve " " de biodiversité, de biomasse d'absorption des gaz à effet de serre.

Dans ces propositions, la cause animale dont l'intérêt ne cesse aujourd'hui de progresser n'est pas oubliée. Luc Ferry rappelle qu'en 2014, a été voté à l'Assemblée nationale un amendement accordant aux animaux, dans le droit civil, le statut d'" êtres vivants doués de sensibilité " et que depuis un réel changement de mentalité est en marche.

Au final, l'ouvrage se veut une démonstration argumentée et largement illustrée, d'une thèse qui ne " croit pas à l'effondrement du monde en 2030, ni à la possibilité d'une politique de décroissance ". C'est au contraire un crédo pour les propositions écomodernistes, pour une " écologie positive " qui mise sur l'innovation, l'intelligence, beaucoup de science et les hautes technologies qui permettront la réalisation des changements nécessaires. Et tout cela dans un réel souci " d'embellir l'avenir de l'humanité ".

On ne peut que souhaiter que cette vision optimiste et réjouissante trouve rapidement son chemin et puisse se réaliser !

Jeannine Czech

"Les sept écologies, Pour une alternative au catastrophisme antimoderne" de Luc Ferry - Editions de l'Observatoire - parution le 7 avril 2021 (288 pages, Prix indicatif 20€)