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Enquête spéciale santé-environnement: Eau du robinet ou en bouteille, que faut-il boire ?

Sommaire de cet article :

  1. Quels sont les risques sanitaires liés à la consommation d'eau potable?
  2. Quelles sont les normes de qualité de l'eau potable?
  3. Des normes plus ou moins respectées
  4. Des résidus médicamenteux contamineraient l'eau du robinet
  5. Existe-t-il un lien entre le cancer et l'eau potable ?
  6. Des bouteilles plastiques contaminées par des hormones?!
  7. L'eau en bouteille : le problème des milliers de tonnes de plastique PET polluant
  8. L'eau potable au robinet est 100 à 1000 fois plus écologique que l'eau minérale en bouteille
  9. Où se renseigner sur la qualité de l'eau du robinet ?
  10. Les Français et l'eau : ce qu'ils pensent et ce qu'ils consomment
Selon l'article R. 1322-36 du Code de la Santé Publique , les matériaux utilisés pour le conditionnement de l'eau doivent être traités ou fabriqués et utilisés de manière à éviter que les caractéristiques chimiques, microbiologiques ou organoleptiques de l'eau ne s'en trouvent altérées.

Des toxicologues de l'Université Goethe de Francfort ont mis cette année en évidence la présence d'hormones dans les bouteilles en plastique en analysant une vingtaine d'eaux minérales. Les résultats ont été publiés dans la revue Environmental Science and Pollution Research.
(Wagner, M. & Oehlmann, J. (2009): Endocrine disruptors in bottled mineral water: total estrogenic burden and migration from plastic bottles, Environmental Science and Pollution Research )

Le Prof. Jörg Oehlmann, responsable du projet par l'Office fédéral pour l'environnement (UBA), explique : " Nous savions que les aliments peuvent être contaminés par certaines hormones ". Le bisphenol A , composé chimique similaire aux oestrogènes est un des exemples les plus connus. C'est un des composants chimiques des bouteilles en polycarbonate (PC), il se propage dans les aliments contenus dans ces bouteilles.

Dans 12 des 20 eaux minérales analysées, les scientifiques ont mesuré une activité hormonale élevée, à laquelle ils ne s'attendaient pas dans un produit alimentaire soumis à des contrôles sévères. D'un point de vue hormonal, l'eau minérale présenterait une qualité équivalente à celle des eaux usées en station d'épuration.

L'emballage plastique en serait la cause : l'activité ostrogénique d'eaux minérales en bouteille plastique (PET - Polyéthylène Téréphtalate) serait environ deux fois plus élevée que celle d'eaux minérales vendues dans des bouteilles de verre. Les toxicologues n'ont pas encore pu évaluer si cette contamination hormonale présentait un risque pour la santé.

Or, ces contaminants ont un effet biologique sur les poissons d'eaux douces au niveau hormonal. Des chercheurs, dont l'étude a été publiée en janvier dernier sur le site de la revue Environmental Health Perspectives montrent que l'exposition à des oestrogènes, d'origine humaine, animale et chimiques (tels les anti-androgènes) présentes dans les eaux épurées expliqueraient la féminisation des poissons des rivières . Les chercheurs britanniques nomment également les médicaments comme causes possibles.

L'Institut fédéral d'évaluation des risques (BfR) est monté au créneau le 18 mars 2009 en remettant en cause les résultats de cette étude . Le Bfr affirme qu'ils ne prouvent en aucun cas que les eaux minérales en bouteille plastique (PET) présentent un risque pour le consommateur. Ils ne justifient donc pas une limitation de la consommation d'eaux minérales en bouteille plastique.
Le Professeur Narbonne, Directeur de l'unité de toxicologie environnementale à l'Université de Bordeaux 1, et expert AFSSA, a également remis une critique scientifique de l'étude :

" Le test utilisé est totalement inadéquat pour mesurer les contaminations en perturbateurs endocriniens dans les eaux potables [...]. Cette publication n'aurait jamais du être accepté pour publication par la revue Environmental Science and Pollution Research ".

De plus, une enquête menée en 2008 a révélé que certaines marques d'eau embouteillée aux États-Unis renfermaient les mêmes contaminants que l'eau du robinet.
(source : Environmental Working Group . Drinking Water - Bottled Water Quality Investigation : 10 Major Brands, 38 Pollutants)