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Et pendant ce temps-là, à Durban...

Publié Le 7 Décembre 2011 à 11h00
 
Alors que les chefs d'Etat et ministres sont arrivés en début de semaine à Durban (Afrique du Sud) pour participer à la conférence de l'ONU sur le climat, on s'attendait à voir les choses bouger un peu. Mais à écouter les ONG, déçues de ces 10 premiers jours de négociations, on se dit qu'il n'en est rien...
DOSSIER SPECIAL

L'avenir du protocole de Kyoto et la proposition par l'Union européenne d'une feuille de route détaillant le processus et le calendrier pour un futur traité sont les sujets centraux de cette conférence. Depuis le début du Sommet, les pays en développement exigent que les pays développés prennent de nouveaux engagements afin de maintenir en vie le protocole de Kyoto dont la période initiale se termine fin 2012. Et certains pays développés déjà engagés dans le protocole de Kyoto, refusent de se réengager si les pays en développement en sont exempts...

Protocole de Kyoto : un serpent qui se mord la queue

Malgré l'urgence, ce début de semaine a donc été marqué par des difficultés à progresser à la fois sur la définition d'une deuxième période d'engagement du protocole de Kyoto et sur la complexité de trouver un accord permettant de négocier un nouveau traité, opérationnel d'ici 2020.

Alors que l'Union Européenne tente de bousculer les négociations en proposant un engagement dans une deuxième période du Protocole de Kyoto, elle se heurte au refus catégorique des Etats-Unis, qui restent sur la défensive depuis le début du Sommet. Le Canada a quant à lui officialisé son refus de s'engager dans une deuxième période du Protocole, ne souhaitant pas s'astreindre au respect de quotas d'émissions de gaz à effet de serre (GES) alors que les pays en voie de développement en seraient exempts. "Nous croyons qu'ultimement, un nouvel accord doit inclure tous les grands pays émetteurs de gaz à effet de serre, tant dans les États développés qu'en voie de développement", a ainsi déclaré le Premier ministre canadien, Peter Kent. Le Japon et la Russie partagent la même opinion, ou plutôt, souhaitent préserver leurs filières industrielles, telles quelles.

Mais malheureusement, les " grands " pays émergents ont eux aussi durci leurs positions, refusant de s'engager avant 2020, et rappelant que l'ensemble des pays industrialisés doivent réévaluer leurs engagements en matière d'émissions de GES.

Des bonnets d'ânes pour les pays qui bloquent le processus

Afin de critiquer ce manque de volonté et de pragmatisme à Durban, chaque jour, une coalition d'ONG désigne le "mauvais élève" en lui décernant le trophée symbolique du pays qui a fait "de son mieux" pour entraver les négociations. Le Climate Action Network (CAN) ne manque ainsi pas de cynisme avec son "Fossile du jour", en référence à l'impact néfaste de la consommation d'énergies fossiles sur le climat.

En France, la Fondation pour Nature et L'homme (FNH) se dit quant à elle " très pessimiste sur la capacité de Durban à faire progresser la lutte contre le changement climatique " dans un communiqué. Pour la fondation présidée par Nicolas Hulot " ces négociations manquent en effet d'ambition politique ". Elle fustige l'Europe, qui malgré de bonnes intentions affichées durant la première semaine de négociation, ne bénéficie pas de l'aura attendu.

" C'est en grande partie lié à son manque de crédibilité sur son engagement de réduction de ses émissions, trop faible pour éviter un réchauffement important, et son incapacité à avancer rapidement sur des sources de financements qu'elle est incapable de convaincre les pays les plus pauvres de construire une alliance pour contrer les Etats-Unis, le Canada et le Japon " affirme la FNH dans son communiqué.

Si le pessimisme n'a jamais rien fait avancer en matière d'environnement, c'est le terme le plus adapté pour décrire l'atmosphère du moment à Durban.

Alicia Muñoz