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Etats-Unis : une campagne aux couleurs du climato-scepticisme

Publié Le 9 Février 2012 à 16h25
 
Alors que les Etats-Unis ont connu une des années les plus sèches depuis l'invention du thermomètre, les principaux candidats aux présidentielles tournent clairement le dos aux enjeux climatiques. Les lobbies ne sont jamais loin derrière...
Mitt Romney, candidat en tête aux primaires républicaines.

Aux Etats-Unis, l'année 2011 a eu son lot de températures et de phénomènes météorologiques extrêmes. Le pays a été victime de sécheresse sur 56% du territoire mais a aussi subi de nombreuses inondations et tornades. En tout et pour tout, le pays a été touché par 14 catastrophes naturelles, chacune causant près d'un milliard de dollars ou plus de pertes. Alors que la plupart des scientifiques de la communauté internationale restent unanimes et que l'agence onusienne d'études sur le climat (le GIEC) a prévu une aggravation des phénomènes climatiques extrêmes à l'échelle globale, le bon sens voudrait que l'on se fie aux données de scientifiques et que les pays les plus pollueurs décident de prendre enfin le taureau par les cornes.

Mais au pays de l'Oncle Sam, le bon sens environnemental est une utopie. La campagne présidentielle semble plutôt concentrer ses efforts sur la négation des problèmes environnementaux, tout particulièrement dans le camp conservateur. " Nous avons des candidats présidentiels qui ne croient pas à la science " a récemment déploré Michael Bloomberg, maire de New-York en ancien membre du parti républicain.

Et la palme du plus sceptique revient à...

Prenons par exemple le sénateur Mitt Romney, donné favoris aux primaires républicaines. Ce dernier peut se vanter du plus rapide retournement de veste climatique. En août dernier, il affirmait "on ne sait pas ce qui cause le changement climatique". Pour lui " l'idée de dépenser des milliards de dollars pour essayer de réduire les émissions de CO2 n'est pas la bonne solution". Pourtant, deux mois plus tôt, en juin dernier, un Romney plus prudent préconisait la réduction des émissions de polluants et de gaz à effet de serre "qui peuvent être des facteurs importants" (du réchauffement climatique).

Pour certains chroniqueurs américains, cet opportunisme n'est guère étonnant. Les opinions de Romney sur le changement climatique n'ont jamais trop différé du reste du camp républicain, c'est-à-dire que l'homme n'est pas responsable des fluctuations climatiques. Si ce revirement est si brutal, c'est certainement pour briller aux yeux du lobby des hydrocarbures, qui finance sans compter la campagne des candidats républicains. La loyauté de Mitt Romney semble telle que l'avenir énergétique des USA est toute tracé : gaz, pétrole mais aussi nucléaire évidemment, pour assurer à l'Amérique "lindépendance énergétique" - à ses yeux plus urgente que la lutte contre les gaz à effet de serre.

De son côté, le gouverneur du Texas, Rick Perry, conforme à la tradition pétrolière, estime que le changement climatique est une " théorie scientifique qui n'a toujours pas été prouvée ". Pour lui, les climatologues ne font que manipuler les données pour défendre les intérêts des grandes puissances et percevoir des subventions de recherche. Pour faire face à la sécheresse qui s'est abattue cet été sur son Etat - et qu'il ne semble pas considérer comme un symptôme de crise écologique - il a prôné très officiellement trois jours de " prière pour la pluie "... Et rares sont les médias qui ont relevé la provocation du candidat.

Quant à l'ultraconservatrice, Michele Bachmann, elle estime que "toutes ces questions climatiques devraient être réglées sur de véritables bases scientifiques, pas des inventions"
. Seul contre tous, le mormon Jon Huntsman reconnaît les causes anthropiques du changement climatique, mais malheureusement, il a été forcé de jeter l'éponge le 16 janvier, sa candidature suscitant peu d'enthousiasme.

Un électorat allergique à l'écologie ?

Et pour cause, bon nombre d'Américains sont hermétiques aux sciences écologistes, puisque 35% ne croient pas à la théorie de l'évolution de Darwin et 21% refusent de croire au réchauffement climatique. Excès de méfiance ou refus de voir la vérité en face ? Dans son livre "American Ecolo" Hélène Crié-Wiesner explique en partie ces réticences par un préjugé répandu dans la société américaine selon lequel écologie rime avec chômage et vélléités passéistes (par opposition au progrès). Et si rien ne sert de faire des généralités, Bill McKibben, chroniqueur Environnement du Guardian, remarque tout de même que" la couverture médiatique du réchauffement climatique a plongé de 40% au cours des deux dernières années. Lorsque, par exemple, une série exceptionnelle de tornades s'est déclenchée en janvier, les chaînes télévisées ont pudiquement évoqué " des conditions météorologiques extrêmes ", mais le changement climatique est le méchant que personne n'ose nommer". Les beaux jours du quatrième pouvoir de l'Etat américain sont-ils révolus ?

Alors que certains regrètent que la science n'ait plus aucune prise sur les médias , l'économie américaine, ou encore le programme du futur Président des Etats-Unis, d'autres continuent de prendre très au sérieux les théories de Bjorn Lomborn, Claude Allègre, Ivar Giaever et consoeurs... malgré leurs proximités indéniables avec de grands lobbies, et de flagrants conflits d'intérêts.

Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur la campagne climato-sceptique des républicains, le site ecopolitology.org tire le portrait écolo-sceptique de chaque candidat (vidéos à l'appui).

Olivia Montero