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Fukushima : le gouverneur de Tokyo ne veut pas lâcher le nucléaire

Publié Le 13 Juillet 2011 à 10h27
 
Alors que la situation autour de Fukushima reste des plus inquiétantes, le gouverneur de Tokyo, Shintaro Ishihara, estime que le Japon ne doit pas renoncer au nucléaire. Il s'appuie sur la politique énergétique de la France pour justifier sa position, négligeant les dégâts considérables provoqués par la catastrophe et la radioactivité persistante autour de la centrale.
Shintaro Ishihara, le gouverneur de Tokyo
DOSSIER SPECIAL

"Tant qu'elle est gérée correctement, l'énergie nucléaire peut produire de l'électricité à très bas coût. Je ne pense pas que le Japon doive y renoncer", a-t-il expliqué lors d'un récent entretien accordé à l'AFP. "Je m'attends à des réactions hystériques contre le nucléaire au moment des élections" prévues en 2013, a également souligné le gouverneur. Membre du parti conservateur, il a été élu en 1999 à la tête de la préfecture de 13 millions d'habitants et reconduit en avril pour un quatrième mandat.

Pour justifier une opinion qui risque d'être mal accueillie par les Japonais, le gouverneur a pris la France comme exemple, la présentant comme un modèle à suivre : "La France gère très bien ses centrales nucléaires", a-t-il ainsi relevé en rappelant que 85% de l'électricité française était d'origine nucléaire. "Le Japon devrait s'en inspirer." En dépit des apparences, M. Ishihara se définit comme un défenseur de la cause environnementale. Il a notamment été réélu sur un programme en faveur d'un Tokyo plus vert...

Des produits alimentaires radioactifs

Le gouverneur de Tokyo ne s'est pas arrêté là dans la provocation. Il a également tenu des propos surprenants concernant les produits alimentaires. "Nous sommes très sensibilisés à ce problème, car si un seul produit contaminé par des niveaux élevés de radioactivité était découvert, Tokyo ou le Japon perdrait toute crédibilité", a-t-il souligné.

Pourtant, autour de ce qu'il reste de la centrale de Fukushima, la radioactivité persiste et les éléments radioactifs apportés à l'océan par les fuites et les rejets d'eau de refroidissement continuent à contaminer les organismes marins. D'ailleurs, du césium radioactif a été trouvé sur deux baleines abattues au large d'Hokkaido, dans le cadre du " programme de recherche " japonais sur les cétacés.

Plus récemment encore, la préfecture de Fukushima a révélé que des traces de césium 137 trois à six fois supérieures à la normale ont été retrouvées dans de la viande de boeuf en provenance d'un élevage situé à Minamisoma, une localité proche de la centrale nucléaire. Des tests vont être effectués sur l'ensemble du cheptel bovin qui aurait été nourri avec de la paille restée à l'air libre, alors que d'importantes fumées radioactives s'échappaient de la centrale de Fukushima. Les différents prélèvements n'en étant qu'à leurs balbutiements, le pire reste à craindre pour la situation alimentaire du pays.

A lire aussi : Fukushima : des taux de radioactivité jusqu'à quatre fois supérieurs à la norme

La position pro-nucléaire du gouverneur de Tokyo tranche avec les propositions hésitantes du gouvernement de centre-gauche du Premier ministre Naoto Kan, qui semble pour sa part tenté par un abandon du nucléaire. Toutefois, les récentes manifestations des Japonais demandant sa démission mettent en sursis ses chances d'être reconduit en 2013. Et les chances de voir les énergies renouvelables s'imposer dans le mix énergétique japonais... Sans compter les opposants politiques, comme M. Ishihara, qui martèlent que le prix des énergies vertes est pour le moment trop élevé pour que s'opère un changement radical de politique énergétique.

Alicia Muñoz