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Glyphosate : la Commission européenne interdit de l'interdire

Publié Le 14 Novembre 2018 à 10h36
 
La région Bruxelles-Capitale en Belgique a interdit l'usage du glyphosate sur son territoire depuis 2016 en vertu du principe de précaution. Elle n'a notifié que récemment sa décision à la Commission européenne qui a réagi en la contestant. Pour la commission, l'herbicide ne pose pas de problème et il n'est pas justifié de l'interdire.
La Région Bruxelles-Capitale a décidé d'interdire le glyphosate sur son territoire. Une décision qui n'a pas plus à la commission européenne qui a répondu qu'il est interdit d'interdire le glyphosate en vertu du principe de précaution.

 

Le journal L'écho de Belgique* a sorti l'information fin octobre : selon la commission européenne, il est interdit d'interdire le glyphosate en vertu du principe de précaution. Telle était en substance sa réponse à une notification récente de la région Bruxelles-Capitale. Celle-ci a en effet interdit le glyphosate en 2016 en vertu du principe de précaution estimant que le produit est contesté et qu'il n'existe pas de consensus scientifique sur les effets sur la santé humaine. Elle n'a notifié que récemment cette décision à la commission européenne. La commission, qui vient de ré-autoriser le glyphosate, ne se déjuge pas dans sa réponse. Elle estime que les Etats membres " ne peuvent invoquer les considérations de sécurité générales et abstraites liée à une substance active en se référant au principe de précaution ". Faut-il en conclure que les études démontrant la dangerosité du produit sont considérées comme des abstractions ?

Le glyphosate classé " cancérogène probable " par le CIRC

La commission a encore dressé la liste des principales institutions pour lesquelles le glyphosate ne pose pas de problème : l'Agence européenne des produits chimiques et l'Autorité européenne de sécurité des aliments. Elle ne fait pas mention des avis contradictoires et notamment de celui du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) qui a classé en 2015 le glyphosate comme " cancérogène probable " à l'issue d'un important travail d'analyses des études existantes, y compris les études indépendantes.

Elle ignore de la même façon les révélations des " Monsanto papers " aux Etats-Unis qui remettent en cause la validité des études fournies par la firme américaine (écrites en interne puis signées par des scientifiques reconnus, moyennant rémunération) alors que les agences citées s'appuient précisément sur les études de Monsanto.

Enfin, la commission estime que l'interdiction du glyphosate aurait pu être envisagée si un argumentaire étayé démontrait " que chaque produit à base de glyphosate représente un risque inacceptable ". Pourtant seule la molécule glyphosate fait l'objet de tests de la part des industriels pour l'autorisation de mise sur le marché, les produits commerciaux contenant la molécule y échappent. La commission demande donc plus d'éléments pour interdire un pesticide que pour l'autoriser ! Elle ne peut ignorer qu'elle rend quasi-impossible l'interdiction du glyphosate en exigeant une démonstration produit par produit. Comme elle rendrait quasi-impossible son autorisation en demandant des tests produit par produit. La région Bruxelles-Capitale mène une analyse juridique avant de faire une réponse à la commission. En attendant, elle n'a rien changé à son interdiction et démontre ainsi qu'il est possible de se passer du glyphosate.

Zoé Fauré

* lire l'article "L'Europe recale l'interdiction du glyphosate par la Région Bruxelles-Capitale" sur le site www.lecho.be