Bioaddict



Hyderabad : un sommet sur la biodiversité qui n'intéresse personne ?

Publié Le 12 Octobre 2012 à 18h35
 
Deux ans après la Conférence de Nagoya, qui avait bénéficié d'une couverture médiatique inédite pour ce genre de sommets, les Nations unies réunissent à nouveaux leurs représentants pour faire le point. Malheureusement, la conférence d'Hyderabad ne semble pas susciter les mêmes espoirs...

"La biodiversité n'a jamais été dans un si mauvais état et elle continue à décliner." Le directeur de la section biodiversité du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), Neville Ash, ne pouvait introduire d'une manière plus réaliste la conférence de l'ONU sur la diversité biologique.

Des objectifs encore lointains

Deux semaines durant (du 8 au 19 octobre 2012), 160 pays doivent parvenir à mettre en oeuvre les engagements ambitieux pris en octobre 2010 à Nagoya. La conférence avait notamment permis de fixer 20 objectifs pour 2020, tels que la suppression des subventions d'Etat "néfastes" à l'environnement et la création d'un équivalent du Giec dédié à la protection de la faune et de la flore. Mais avant d'arriver à leur concrétisation, la route semble semée d'embuches, en plus d'être interminable.

Pour les ONG de protection de la biodiversité, cela ne fait aucun doute : si rien ne change, les objectifs ne seront pas atteints. Le WWF Belge rappelle ainsi que les Parties s'étaient engagées à développer des objectifs nationaux, des stratégies et plans d'action nationaux pour la biodiversité. " A ce jour, seules 13 Parties (dont l'Union Européenne) sur 193 ont fait ce travail, et souvent de manière incomplète", déplore ainsi l'ONG.

La Convention des Nations unies sur la diversité biologique adoptée à Rio en 1992, avait fixé 3 objectifs : la conservation de la diversité biologique, l'utilisation durable des éléments de cette biodiversité, et le partage équitable des "avantages" des ressources naturelles présentes dans le monde.

De Nagoya à Hyderabad : la crise est passée par là

A Nagoya, les 200 pays réunis ont adopté un protocole dit APA, garantissant l'accès généralisé aux ressources génétiques et le partage équitable de leurs avantages. Il s'agissait de mettre un frein aux actes de " biopiraterie ", perpétrés généralement par les industries pharmaceutiques ou cosmétiques des pays du Nord dans des pays abritant une riche biodiversité.

Mais alors que le protocole n'a pas été ratifié de tous, les participants doivent avant toute chose résoudre la question des financements. Une question cruciale "qui constituait le point d'accord le plus précaire à Nagoya" et qui "fragilise aujourd'hui l'ensemble du deal initial dans un contexte de crise qui ne fait que renforcer les tensions sur un sujet toujours sensible " a ainsi affirmé l'Institut du développement durable et des relations internationales de Sciences Po (Iddri) dans une note de synthèse.

Malheureusement, le protocole de Nagoya n'a obtenu que six signatures sur les cinquante nécessaires à son entrée en vigueur. Il s'agit du Gabon, de la Jordanie, du Mexique, du Rwanda, des Seychelles et du Laos. L'enjeu premier de cette nouvelle conférence sera donc d'en hâter la ratification.

Seulement voilà. Depuis Nagoya, la crise a repris de plus belle, et les gouvernements ont placé la biodiversité sous la pile des dossiers importants. Malgré les encouragements visiblement sincères formulés par la Ministre de l'Environnement indienne en cette première semaine de négociations, l'urgence de la crise écologique ne semble pas émouvoir les dirigeants politiques et les Parties présentes. " La biodiversité et les services écologiques qu'elle fournit à l'Homme sont à la base de notre bien-être. Cela est encore insuffisamment reconnu par le monde politique et économique " conclut le WWF Belge dans un article plaidoyer.

Espérons que les choses s'accélèrent. Il en va de la crise économique elle-même, qui pourrait profiter d'une protection accrue de la biodiversité.

Olivia Montero

Plus d'infos sur le site officiel de la Conférence d'Hyderabad