Bioaddict



good news

Insolite : des excréments de panda pour produire du biocarburant !

Publié Le 6 Septembre 2011 à 15h10
 
Utiliser du vieux papier, des excréments de panda ou de la graisse d'alligator pour faire rouler les voitures ? Afin de se préparer à la future pénurie de pétrole, les scientifiques cherchent la matière organique qui pourra le supplanter. Les idées ne manquent pas, de la plus réaliste à la plus farfelue...

Après, l'invention du carburant à base de whisky (butanol), " qui aurait deviné que les crottes de panda pourraient aider à résoudre un des obstacles majeurs dans la production de biocarburants ?" Telle est la question que le biochimiste Ashli Brown de l'Université du Mississipi a posé à ses confrères à l'occasion d'une réunion de l'American Chemical Society.

Ce dernier est l'un des auteurs d'une étude ayant trouvé dans les déjections de ces attendrissants mammifères des bactéries intestinales qui accélèrent, lors de la digestion, la décomposition du bambou (par ailleurs la base du régime alimentaire des pandas). Les scientifiques tentent actuellement de trouver le moyen d'extraire les enzymes desdites bactéries. Une fois isolés, ils devraient être synthétisés en laboratoire et utilisés pour accélérer le processus de transformation des celluloses (matériaux végétaux fibreux) en biocarburant.

Une petite révolution qui permettrait de faire du bambou une énergie alternative. "Nous espérons que nos recherches (...) aideront à réduire notre dépendance au pétrole. Cette étude montre aussi la nécessité de protéger les espèces menacées", a ainsi souligné Ashli Brown.

De la graisse d'alligator dans les moteurs !

Tout aussi insolite ! Six scientifiques du campus Lafayette, en Louisiane, se sont penchés sur l'utilisation de graisse d'alligator pour produire du biocarburant. Rakesh Bajpai, professeur en génie chimique, et ses confrères sont ainsi parvenus à convertir 61% de la graisse d'un alligator en un liquide qui peut être directement introduit dans le réservoir d'une voiture.

Pour les scientifiques de Louisine, cette alternative a un bel avenir devant elle, l'alligator n'étant pas une espèce menacée. Son cuir est déjà utilisé pour la maroquinerie mais 7 500 tonnes de tissu adipeux du reptile sont jetées chaque année aux Etats-Unis. Utiliser cette ressource aurait un impact environnemental très faible (si l'on exclut le déplacement de la matière première jusqu'aux usines) et un coût raisonnable, aux alentours de 2.40 dollars les 3.70.

"Quand je parle aux locaux, ils me disent " Grand-mère avait l'habitude de l'utiliser, elle faisait tout avec "", rapporte Rakesh Bajpai, précisant qu'" elle était souvent utilisée en tant que remède, comme l'huile de foie de morue." La production d'un litre permet la récupération de plusieurs grammes de glycérine, une substance très recherchée qui pourrait ensuite être revendue.

Si cette idée peut sembler séduisante, il semble toutefois peu probable que le cheptel actuel d'alligators permette de couvrir tous les besoins en carburant des Etats-Unis !

L'avenir du biocarburant est-il dans la presse écrite ?!

La semaine dernière, des chercheur américains de l'Université de Tulane ont découvert une bactérie (TU-103) capable de produire du butanol à partir de la seule cellulose végétale. Leur étude va, une fois de plus, dans le sens de l'utilisation de la cellulose comme biocarburant.

"C'est la substance organique la plus abondante sur la planète. Ce serait fabuleux de pouvoir convertir ce glucide en carburant: rien qu'aux Etats-Unis plus de 323 millions de tonnes de matières cellulosiques sont jetés chaque année à la poubelle", a ainsi commenté Harshad Velankar, stagiaire au département de biologie cellulaire et moléculaire du laboratoire de David Mullin.

Le butanol pourrait ainsi être le carburant du futur, car en plus d'être propre, il apporte plus d'énergie que les autres et peut être utilisé dans un moteur classique à combustion sans aucune modification. "Cette découverte réduirait considérablement les émissions de dioxyde de carbone par rapport à l'essence et aurait un impact positif sur les déchets", a précisé David Mullin.

L'équipe de l'université de Tulane a précisé avoir fait ses tests avec des anciens exemplaires du "Times Picayune", un journal local de la Nouvelle Orléans. Les résultats ont été plutôt satisfaisants jusqu'ici.

Le récent développement de la "chimie verte"

Dans ce même secteur, que l'on appelle désormais "chimie verte", on peut citer la récupération des pailles fauchées par les agriculteurs afin d'en extraire cellulose, hémicellulose et lignine, des chaînes de mollécules qui permettent de formuler de l'éthanol.

Dans un article du Monde paru le 5 septembre, on apprend que deux usines de production, dites "bioraffineries", seront construites dans les deux ans à venir, dont une en France, dans le département de la Marne.

Pour l'INRA, l'enjeu de cette nouvelle " chimie végétale " est sociétal : "la biomasse végétale est la seule ressource renouvelable qui permette de répondre aux besoins de l'humanité à la fois en énergie et en matériaux" a ainsi déclaré Michael O'Donohue, coordinateur de Biocore, au journaliste du Monde.

En effet, l'avantage de ces filières est qu'elles ne mettent pas en concurrence cultures énergétiques et cultures alimentaires comme il en va pour les agrocarburants de première génération, dans certains pays qui peinent déjà à nourrir leur propre population. En effet, ces carburants ne requièrent pas la pratique de cultures intensives, car ils emploient des sous-produits ou des déchets qui  finissent habituellement dans les décharges ou les brulis.

Toutefois, des questions se posent sur les capacités d'approvisonnement de ces matières premières. A titre d'exemple, les usines qui réutilisent la paille pour capter la cellulose, sont sujettes au déficit de fourrage et de paille en France, une conséquence de la sécheresse du printemps et du début de l'été.

Plus de 150 unités pilotes de production de biocarburants de deuxième génération sont en fonctionnement ou en projet dans le monde, notamment sur les continents asiatique et américain. "Mais beaucoup souffrent de retards, et aucune n'a atteint l'échelle industrielle", affirme ainsi le journaliste dans son article.

Les carburants à base de matière organique non cultivée peuvent-ils supplanter les agrocarburants, tant décriés ?

Célia Garcin