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Intoxications au métam-sodium : près de 70 victimes ont déposé plainte

Publié Le 27 Novembre 2018 à 14h01
 
Près de 70 personnes victimes d'intoxications au métam-sodium en octobre 2018 ont déposé plainte auprès de la gendarmerie d'Angers. Un plan d'urgence avait été mis en place au CHU d'Angers pour faire face à ces intoxications graves. L'Agence française de sécurité sanitaire (Anses) a annoncé le 5 novembre son intention de retirer les autorisations de mise sur le marché des pesticides à base de métam-sodium en raison de leur dangerosité.
Près de 70 personnes, victimes d'intoxications au métam-sodium, un pesticide à triple action (herbicide, insecticide et fongicide), ont déposé plainte auprès de la compagnie de gendarmerie d'Angers, pour " blessures involontaires par violation à une obligation de sécurité ou de prudence ".

 

Près de 70 personnes, victimes d'intoxications au métam-sodium, un pesticide à triple action (herbicide, insecticide et fongicide), ont déposé plainte auprès de la compagnie de gendarmerie d'Angers, pour " blessures involontaires par violation à une obligation de sécurité ou de prudence ", selon une information de l'AFP. La plupart sont des ouvriers agricoles intoxiqués le 9 octobre. Ce jour-là 61 personnes avaient développé des réactions plus ou moins graves, 17 d'entre elles avaient dû être hospitalisées. Le CHU d'Angers avait déclaré un plan blanc d'urgence sanitaire. Des intoxications au métam-sodium avaient eu lieu au cours de la même période dans trois lieux différents de la région d'Angers.

L'Association pour la sauvegarde de l'Anjou a également déposé plainte contre des agriculteurs auprès des procureurs de deux des villages où ont eu lieu les intoxications : Brain-sur-l'Authion et Mazé Milo. Il n'est pas impossible qu'une action collective soit menée.

L'ANSES veut retirer le métam-sodium du marché

Dans le même temps, le 5 novembre, l'Agence française de sécurité sanitaire (Anses) a annoncé son intention de retirer les autorisations de mise sur le marché des pesticides à base de métam-sodium en raison de leur dangerosité.
Elle note sur son site : " Les risques pour la santé humaine et l'environnement associés à chacun des usages des produits (à base de métam-sodium NDLR) en prenant en compte leurs conditions d'emploi, ont été évalués. Après réévaluation, l'Anses conclut que l'ensemble de ces usages représente un risque pour la santé humaine et l'environnement ". Elle annonce une notification de leur interdiction aux industriels.

" Le métam-sodium et ses produits de dégradation sont toxiques pour le foie, immunotoxiques, reprotoxiques et des cancérigènes suspectés ", précise l'ONG Générations Futures.

De 300 à 1200 litres par hectare

L'Anses donne plus de précisions sur les usages des pesticides à base de métam-sodium. Ce pesticide sert " à désinfecter les sols ", autrement dit à détruire toute vie du sol, y compris celle favorable aux cultures. Pour atteindre son but, il doit être utilisé en grande quantité. " Bien qu'ils soient appliqués sur des petites surfaces en plein champ ou sous serres, ces produits (à base de métam-sodium NDLR) nécessitent d'être utilisés en grandes quantités pour agir avec efficacité. Ainsi, la dose d'emploi est comprise entre 300 et 1200 litres par hectare, ce qui représente près de 700 tonnes utilisées chaque année en France ", précise l'Anses.

Le métam-sodium est appliqué, principalement dans l'ouest de la France, sur des cultures maraîchères, comme la mâche et la tomate, ou encore en horticulture, pour lutter contre les bioagresseurs, tels que les champignons du sol ou les nématodes (des vers du sol dont certains s'attaquent aux cultures). En dehors de son action sur les sols, il se transforme en gaz et pollue l'air, il s'infiltre dans les eaux souterraines et pollue l'eau.

Les " événements " du mois d'octobre ont pesé sur la décision de retrait

Les séries d'intoxications survenues en octobre dans l'Ouest de la France, désignées par l'Anses comme des " événements récents d'intoxications de riverains et de professionnels ", ont pesé dans sa prise de décision. Leur médiatisation a sans doute compté aussi. L'Agence souligne l'importance de la pharmacovigilance, autrement dit du suivi des effets sur la santé, observés sur le terrain. Quand le mal est fait donc. Preuve que les évaluations des industriels ont des lacunes.

Anne-Françoise Roger