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L'AIEA n'a tiré aucune leçon de la catastrophe de Fukushima

Publié Le 27 Septembre 2011 à 16h30
 
Doit-on se réjouir du plan d'action ratifié vendredi 23 septembre par les États membres de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), qui constitue déjà un premier pas vers une concertation nucléaire mondiale, ou se désoler de son absence de caractère contraignant ?
DOSSIER SPECIAL

Que retenir de la 55ème assemblée générale à Vienne de l'Agence onusiennes de l'Énergie atomique (AIEA) ?

D'abord, que les 151 Etats membres de cette assemblée, pays industrialisés et émergents, ont plébiscité l'énergie nucléaire, sans réellement tenir compte de la catastrophe de Fukushima et de ses conséquences sur l'économie mondiale et l'environnement. Si on constate une légère révision à la baisse de ses prévisions pour 2030, l'AIEA mise toujours sur la construction d'au moins 90 réacteurs dans le monde.

D'autre part, l'assemblée générale de l'AIEA a entériné un plan d'action en douze points destiné à renforcer la sûreté des 432 centrales existantes. Mais ce dernier, sans légiférer de manière contraignante, ne fait qu'"inviter" les pays à accepter un nombre plus important de contrôles d'experts internationaux. Aucun calendrier n'a par ailleurs été décidé. Lundi 26 septembre, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a annoncé la création d'une équipe de suivi qui sera chargée d'aider à la mise en oeuvre de ce plan d'action. La petite équipe d'experts devrait permettre "une application rapide" de la série de mesures déclinée dans le plan d'action, ce qui ne donne pas beaucoup plus d'indications sur la manière dont seront menés ces nouveaux " stress tests."

Le coût de la sortie du nucléaire en question

A l'occasion de cette assemblée générale le directeur de l'AIEA, Srikumar Banerjee a jugé bon de rappeler " le rôle de l'énergie nucléaire en tant que source d'approvisionnement en électricité sûre, fiable et propre, en tant que réponse aux inquiétudes concernant le changement climatique ne doit pas être sous-estimé."  L'Inde, en pleine croissance et avide d'énergie, prévoit toujours "une forte expansion dans le nucléaire", a-t-il ajouté. Et d'autres grandes puissances économiques en devenir telles que la Chine, la Corée du Sud, l'Afrique du Sud et le Brésil ont réaffirmé leurs projets de construction de centrales nucléaires, ce qui conduit à prévoir, au minimum, 90 nouveaux réacteurs à livrer d'ici 2030.

Seuls l'Allemagne, la Suisse et l'Italie se sont prononcés pour une sortie du nucléaire, en comptant sur les importations d'électricité ou l'utilisation temporaire d'énergies fossiles, en attendant de pouvoir faire face à la demande d'électricité par les énergies renouvelables. De nombreux pays justifient leur persistance dans le nucléaire par des revenus inférieurs, ainsi que par le contexte économique actuel.

Sur le coût d'une éventuelle sortie calquée sur l'Allemagne, la France a connu la semaine dernière un débat passionné. En effet, les médias français ont avancé la somme colossale de 750 milliards d'euros, s'appuyant sur des estimations de la KfW, l'équivalent allemand de la Caisse des dépôts qui a calculé une facture de 250 milliards d'euros la concernant. La différence s'expliquerait par l'écart entre la part du nucléaire dans le mix énergétique allemand et celle, plus importante, de la France. Or, ce chiffre de 750 milliards, suggéré par le patron du Commissariat à l'Energie Atomique (CEA) dans une interview qu'il a donnée au Figaro, a été vivement contesté par les écologistes d'Europe Ecologie-Les Verts, mais aussi par les associations environnementales. "La question économique est légitime, mais la vraie question est : 'si on le fait pas, qu'est que ça coûte ?'", a interpellé pour sa part Thierry Salomon, le président de l'association écologiste Négawatts.

Visiblement, l'énergie atomique reste omniprésente dans la stratégie énergétique des pays industrialisés, et encore très largement dans les pays européens. La France, dépendante à 75 % du nucléaire pour son approvisionnement en électricité, détient ainsi un triste record mondial, qu'elle n'est pas prète d'abandonner... Nicolas Sarkozy l'a dit et répété : il ne sera pas le président du renoncement à une énergie qui représente une manne économique considérable. Quelques récentes déclarations en faveur d'une gouvernance internationale et de l'application du principe de précaution ne suffiront pas à rassurer ceux qui craignent un scénario à répétition.

Alicia Muñoz