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L'éclairage public : une nuisance de plus pour la biodiversité

Publié Le 3 Juin 2012 à 10h31
 
Des chercheurs de l'Académie des sciences britannique montrent l'impact des lampadaires publics sur les populations d'insectes. D'après leur étude, cet impact serait en hausse de 6% en moyenne chaque année dans le monde.

La " peur du noir " est un héritage commun de l'humanité. Est-ce en raison d'une certaine haine de l'obscurité que nous avons tant développé nos réseaux d'éclairage public, au point d'en abuser, et de ne plus pouvoir distinguer les étoiles ? Car au-delà des dépenses énergétiques que représentent lampadaires, néons, leds, et autres sources de lumière nocturne, cet abus d'éclairage nuit à la biodiversité.

Comme le souligne la Ligue ROC sur son site Internet, il ne s'agit pas cette fois de critiquer l'éclairage de nos intérieurs : " leur trop grande abondance n'est pas sans effet, que ce soit sur le climat ou notre porte-monnaie, mais n'a pas d'incidence sur le ciel nocturne si les volets sont clos ou les rideaux tirés. " Mais de nombreux scientifiques se sont en revanche intéressées à l'impact de l'éclairage urbain ou routier sur la faune et la flore. Si certaines études ont permis de montrer que la lumière change la composition des organismes et le comportement des êtres vivants, restait à connaître son impact sur l'organisation des écosystèmes, et à déterminer en quoi celui-ci peut-être négatif. C'est donc ce qu'ont cherché à savoir des chercheurs de l'Académie des Sciences britannique. Dirigée par Thomas Davies, l'étude menée montre sans ambigüité l'impact de cette pollution lumineuse sur les insectes : ils sont plus nombreux près des zones éclairées où se retrouvent également bien plus d'espèces carnivores.

L'impact de la lumière sur la chaîne alimentaire

En effet, l'étude a permis de collecter plus de 1 000 spécimens d'insectes de 60 espèces différentes dans le comté de Cournailles (Grande-Bretagne). Certaines espèces comme les cloportes, les fourmis, les carabes ou encore les faucheux (les cousins des araignées) étaient surreprésentées sous la lumière des réverbères. En se basant sur des estimations, les chercheurs ont montré que la différence entre les espèces établies à proximité des éclairages et celles vivant en loin de ces derniers est significative. De même, ils font état d'une prolifération d'insectes carnivores ou charognards, pouvant à terme entraîner un dysfonctionnement de l'écosystème et bouleverser la biodiversité. La conclusion est claire : la lumière a un impact sur la chaîne alimentaire.

Certains écologistes se réjouissent de l'arrivée d'éclairages halogènes ou LED (Light Emitting Diode) en raison des économies d'énergie qu'ils permettent. Toutefois, ces " nouveaux " éclairages ne sont pas une bonne nouvelle pour les insectes, plus sensibles aux gammes d'onde qu'elles diffusent. Protection de la biodiversité ou économies d'énergie ? Un choix cornélien, qui se résoudrait certainement par la réduction du nombre de lampadaires, ou l'extinction précoce de ces derniers. Une solution de bon sens.

Alicia Muñoz