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L'UE veut généraliser les "poissons électrocutés" dans nos assiettes

Publié Le 15 Janvier 2018 à 18h04
 
Le parlement européen pourrait lever le 16 janvier l'interdiction de pratiquer la pêche électrique dans l'Union européenne. Une pétition est en ligne pour demander aux eurodéputés de s'opposer à cette technique dévastatrice pour toute forme de vie marine, qui transforme les océans en désert.
Les chalutiers électriques industriels raclent les fonds marins, électrocutent toute la vie marine sans distinction et rejettent 60% de leurs prises, c'est un désastre écologique ! Une pétition a été lancée pour que les eurodéputés ne réautorisent pas cette technique de pêche abominable.

 

Avec l'épuisement généralisé des réserves de poissons, remplir les filets est de plus en plus difficile. Aussi, les industriels de la pêche voudraient pouvoir utiliser à grande échelle une technique plus rentable : la pêche électrique.

Qu'est-ce que la pêche électrique ?

La pêche électrique est une pratique qui consiste à " envoyer des décharges électriques dans le sédiment afin de capturer plus facilement les poissons plats qui y sont enfouis ", explique l'association Bloom. Mais " le courant électrique n'épargne aucun organisme : toute la vie marine est électrocutée ". L'impact des champs électrique est considérable : " une étude notable de l'IMARES (Institut public néerlandais de recherche marine) a montré que 50 à 70% des cabillauds de grande taille capturés par les chaluts électriques avaient la colonne vertébrale fracturée ", poursuit Bloom. " De nombreux témoignages rapportent que les poissons remontés dans les chaluts montrent souvent des brûlures, des ecchymoses et des déformations du squelette consécutive à l'électrocution ", explique l'association qui renvoie aux témoignages glaçants déposés sur le la plateforme Life. Ce type de pêche transforme les océans en déserts.

La vie marine n'est pas la seule affectée. Les pêcheurs artisans et récréatifs de Belgique, Grande-Bretagne, France et Pays-Bas dénoncent à l'unanimité l'impact de la pêche électrique sur le milieu marin et l'impossibilité pour eux de poursuivre leur activité.

" Les chalutiers électriques industriels raclent les fonds marins, électrocutent toute la vie marine sans distinction et rejettent 60% de leurs prises, c'est un désastre écologique ! " explique l'association Bloom. " Les pêcheurs artisans qui passent derrière eux n'ont jamais vu ça : ils parlent de " désert ", de " cimetière "... Mais cette efficacité radicale ne ravage pas que les écosystèmes marins : la pêche électrique met à genoux les pêcheurs artisans qui pratiquent pourtant une pêche durable. C'est peut-être l'ultime combat de la pêche industrielle contre la petite pêche artisanale. Ne les laissons pas gagner cette guerre ! "

La pêche électrique a pourtant été interdite en 1998

La pêche électrique a pourtant été interdite en 1998 dans l'Union européenne comme dans de nombreux pays parmi lesquels les Etats-Unis, le Brésil ou la Chine. Mais depuis 2007, la commission a accordé des dérogations à titre expérimental, uniquement en mer du Nord. Un premier pas qui en a entrainé un second : en 2013, un nouvel article de loi a autorisé 5% maximum de la flotte de chalutiers à perche de chaque Etat membre à s'équiper de chaluts électriques.

Cette limite n'est pas toujours respectée : 84 navires sur 304 de la flotte néerlandaise sont équipés de chaluts électriques, permettant d'aller bien au-delà de la capacité de 5%. L'association Bloom a porté plainte le 2 octobre 2017 auprès de la commission européenne contre les Pays-Bas pour " dérogations illégales et illégitimes ". Au total, plus d'une centaine de bateaux pratiqueraient cette technique en mer du Nord car les néerlandais ont également investi dans des navires britanniques et allemands.

Plutôt que de faire respecter la loi, la commission de la pêche du parlement européen propose d'autoriser la pêche électrique et de la considérer comme une méthode conventionnelle. Un vote prévu en octobre a été reporté suite à l'alerte lancée par des écologistes. Mais le 16 janvier, le parlement européen doit décider si cette technique mortifère pour les océans sera autorisée et généralisée à toute l'Europe. En France, l'opposition est forte. Une pétition notamment est en ligne pour s'y opposer : www.bloomassociation.org/stop-peche-electrique.

"Les lobbies industriels essaient de passer en force pour que le vote en plénière du Parlement ait lieu le plus vite possible et que l'opposition n'ait pas le temps de s'organiser et d'alerter les eurodéputés sur les conséquences de leur vote. Nous devons réagir de toute urgence ! La pêche électrique doit être totalement interdite, sans qu'on puisse l'autoriser par le biais de dérogations arbitraires" alerte Bloom qui invite tous les citoyens à se mobiliser.

200 chefs cuisiniers signent un manifeste contre la pêche électrique

Plus de 200 chefs cuisiniers ont signé un manifeste contre la réautorisation de la pêche électrique en Europe. Rédigé par le chef Christopher Coutanceau, à la tête d'un restaurant deux étoiles à La Rochelle, le manifeste a notamment été signé par de nombreux chefs français comme Anne-Sophie Pic, Olivier Roellinger, Michel Rostang ou encore Hélène Darroze. "Nous refusons de travailler des produits issus d'une méthode de pêche condamnant notre avenir et celui de l'océan", indiquent les signataires, "scandalisés par la pratique de la pêche électrique en Europe". L'association Relais & Châteaux a également apporté son soutien à ce manifeste. " Les cuisiniers des Relais & Châteaux s'engagent pour la sauvegarde du plus grand garde-manger de l'humanité : la mer. " a déclaré Olivier Roellinger, Vice-Président Relais & Châteaux.

Anne-Françoise Roger

Pour en savoir plus :

le billet de Nicole Ferroni " Je suis méduse "

* Le film Planète sur le site du journal Le Monde " Pourquoi la pêche électrique fait-elle peur ? "