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La FNH imagine le "discours idéal" pour faire avancer le "schmilblick" du climat

Publié Le 8 Décembre 2011 à 17h30
 
Suite à la publication du discours que doit prononcer aujourd'hui la ministre française de l'Ecologie au Sommet de Durban, Benoit Faraco, porte parole de la Fondation pour la Nature et l'Homme (FNH), a imaginé le "discours idéal"...
Nathalie Kosciusko Morizet
DOSSIER SPECIAL

En lisant avec attention les deux discours, on remarque bien évidemment la franchise et les phrases sans détours de l'ONG et le style classique, un peu trop académique, de la ministre Nathalie Kosciusko-Morizet. Alors que la FNH ne croit plus dans les promesses d'un accord  international post-Kyoto et idéalise une Europe soudée autour d'un grand plan d'investissements, la ministre  semble déterminer à préserver le cadre multilatéral des négociations pour le climat. Or, pour l'heure, celui-ci n'a toujours pas fait ses preuves en matière de climat.

Comment faire pour que des pays aux richesses et intérêts divergents s'unissent alors que de toute part, le glas de l'ultimatum climatique est sonné ?

Pour mieux comprendre les deux points de vue, Bioaddict.fr met en parallèle les temps forts des deux discours :

Introduction : l'urgence d'agir

  • Benoit Faraco (FNH) :

    "Nous ne pouvons pas nous permettre ici à Durban de revivre l'échec de Copenhague ! 10 jours de négociations, des centaines de tonnes de CO2 émises pour organiser cette 17e rencontre, pour rien ou presque ! Nous n'en avons pas le droit. Nous ne pouvons pas jeter ainsi en patûre notre crédibilité aux yeux du monde entier. Il ne nous reste que deux jours pour finaliser un accord sur l'avenir du régime climatique."
  • Nathalie Kosciusko-Morizet (MEDDTL) :

    "Une grande dame sud-africaine, récipiendaire du prix Nobel de littérature et militante anti-apartheid, Nadine GORDIMER, écrivait que : " Les formules qui semblent avoir perdu tout leur sens à force d'avoir été répétées trop souvent sont celles qui contiennent le plus de vérité ". Nous répétons à loisir que l'urgence du changement climatique doit nous pousser à agir."

Des scénarii alarmants

  • Benoit Faraco :

    "Mettons de côté nos intérêts nationaux qui ne feront de toute façon pas long feu vu la situation. Faut-il encore ressassez les derniers chiffres, répéter sans cesse les derniers cris d'alarme des scientifiques pour daigner enfin bouger. (...)

    Et dire que, malgré la crise et le ralentissement économique, nous n'arrivons pas à inverser la tendance. Pire, les scientifiques disent qu'avec les engagements pris à ce jour nous nous situons sur une trajectoire de réchauffement de 3°C à 4°C minimum d'ici la fin du siècle."

  • Nathalie Kosciusko-Morizet :

    "J'entends certains nous dire qu'ils ont des lignes rouges à ne pas franchir et qu'ils ne veulent pas s'engager dès maintenant dans la négociation d'un accord global
    juridiquement contraignant. Tout en respectant leurs positions, je voudrais tenter de les convaincre en leur disant simplement deux choses.
    La première, c'est que la seule ligne rouge qui compte est celle que la planète est
    en train de franchir. Nous avons reçu suffisamment d'alertes. Le World Energy  Outlook 2011 de l'Agence Internationale de l'Energie nous indique que la fenêtre d'action est en train de se refermer. Si, d'ici 2017, nous n'adoptons pas des mesures radicales pour renouveler nos infrastructures énergétiques et réduire notre consommation d'énergie, alors le parc d'équipements existants nous conduira au mieux à un scénario de hausse de la température de 3,5 °C. Au pire, si nous prolongeons notre inertie, l'élévation de la température pourrait même atteindre à terme 6°C et échapper de fait à tout contrôle.
    Imaginons les conséquences dramatiques d'un tel réchauffement pour chacun de  nos pays."

Tous les pays sont concernés par le réchauffement climatique

  • Benoit Faraco :

    "Prouvons que notre venue n'est pas juste une énième réunion ! Montrons à ceux qui doutent encore que nous pouvons nous engager avec force à réduire nos émissions, car personne, je dis bien personne, pays riche ou pauvre, ne sera épargné par les conséquences de ce dérèglement. Il est irresponsable de refuser la transition énergétique et agricole sans laquelle, dans les années à venir, les plus pauvres seront encore affaiblis, au Nord comme au Sud."

  • Nathalie Kosciusko-Morizet :

    "Comme le disait le Président des Maldives lors de sa visite à Paris en octobre : " On ne négocie pas avec la Nature ". Ces négociations ne sont pas un jeu à somme
    nulle où il y aurait des gagnants et des perdants. Si nous n'agissons pas, nous serons tous perdants. Si nous agissons, de manière résolue et coordonnée, nous serons tous gagnants. Chacun doit apporter sa pierre à l'édifice, si modeste soit elle."

Le  Protocole de Kyotoà tout prix

  • Benoit Faraco :

    "Monsieur le Président, Messieurs et Mesdames les Ministres, chers délégués, j'ai le plaisir de vous annoncer que la France est prête, ici et maintenant à s'engager dans une deuxième période du Protocole de Kyoto. Nous ne sommes pas là pour négocier, mais pour affirmer notre ambition et agir !

    J'irai plus loin : une deuxième période d'engagement de Kyoto n'est pas suffisante. Nous sommes encore loin de notre objectif de rester en dessous de 2°C. L'Union Européenne s'est engagée à réduire ses émissions de 20% d'ici 2020, et de porter cet engagement à 30% en cas d'accord international. Soit, la France est aujourd'hui prête à aller plus loin. Nous avons étudié avec l'ensemble de la société française, ce que signifierait pour la France une hausse de l'engagement Européen à 30%. Compte tenu de nos émissions et de notre situation économique, la France devrait alors réduire ses émissions d'environ 25% en 2020, contre environ 17% aujourd'hui."

  • Nathalie Kosciusko-Morizet :

    "La France l'a fait pour sa part. En tant que membre de l'Union Européenne nous avons montré notre attachement au Protocole de Kyoto qui est le seul instrument juridique international existant qui a pour but et pour effet de réduire les émissions de Gaz à effet de serre.

    La France a également agi cette année à la Présidence du G20, en faisant avancer les discussions sur les sources de financements pour lutter contre le changement climatique dans les pays en développement."

Aller plus loin ? Un accord européen vs l'improbable accord international

  • Benoit Faraco :

    "Nous avons la conviction que notre avenir économique passe par un renforcement de nos objectifs de réduction d'émission. Cela est créateur d'emploi et d'innovation, mais aussi de réduction de la pauvreté. La France et l'Europe ont fait le choix d'un changement de modèle énergétique. Avec nos partenaires européens, nous avons décidé de lancer un grand plan d'investissements dans les énergies renouvelables et surtout de favoriser l'efficacité énergétique. Avec nos partenaires des 27, autour d'un axe franco-allemand renforcé, nous allons lancer trois grands chantiers :

    - Celui des investissements concertés dans les énergies renouvelables, avec plus de 15 milliards d'Euros par an sous forme de prêt de la Banque Européenne d'Investissements pour financer l'éolien, le solaire et le bois énergie ;
    -
    Celui des transports, où nous avons demandé à un consortium de 5 grands constructeurs automobiles européens de s'allier pour développer une voiture consommant moins de 2 litres au 100 km d'ici 2020.
    - Celui du logement enfin, où nous avons décidé d'éradiquer tous les logements consommant plus de 300 kWh par m2 et par an d'ici 2020, avec des travaux financés ici aussi par la BEI.

    Ces trois chantiers nous permettrons de faire jouer à plein la solidarité au sein de l'UE, et d'amorcer un virage vers la fin des énergies fossiles
    ." 

  • Nathalie Kosciusko-Morizet :

    "La prolongation du Protocole de Kyoto, que nous sommes prêts à accepter, ne peut être qu'une solution transitoire et partielle. Elle est un encouragement à l'action, mais guère plus. Les Etats prêts à s'engager avec l'Union Européenne pour une deuxième période ne représentent en effet que 16 % au mieux des émissions mondiales.
    Or, l'efficacité de nos efforts réside dans l'union du plus grand nombre. L'Union Européenne fera de toute façon sa part du chemin. Elle a pris des engagements internes avec le paquet Climat Energie, et elle les tiendra.
    Si elle était seule à s'engager dans une deuxième période de Kyoto, cela ne permettrait donc de n'éviter aucune tonne de carbone supplémentaire. Chacun
    comprendra que pour répondre aux enjeux, il nous faut un accord beaucoup plus large, couvrant, dans le respect des principes de la convention bien sûr, l'ensemble  des grandes économies."

Le Fond vert : le grand oublié de Durban

  • Benoit Faraco : 

    "Sur les sources de financements, nous n'avons pas avancé assez vite. La France le regrette, et annonce qu'avec ses partenaires européens, elle mettra en place au 1er janvier 2014 une taxe sur les transactions financières européenne qui devrait permettre d'abonder le fonds verts d'environ 10 milliards de dollars par an. D'ici là, et en accord avec les engagements du Président de la République en 2008 lors de l'adoption du paquet climat énergie, la France s'engage à verser au fonds vert 50% du revenu de la vente des quotas de CO2 aux entreprises. Ainsi, dès le 1er janvier 2012, ce sont près de 750 millions d'euros, additionnels aux engagements de l'aide publique au développement, que la France versera aux pays les plus vulnérables, en particulier pour financer l'adaptation, parent pauvre des financements climats."

  • Nathalie Kosciusko-Morizet :

    "J'espère que nous pourrons mettre en place sur ces bases au cours des prochains mois les financements innovants dont nous avons besoin pour alimenter le fonds vert et pour tenir nos promesses financières. Je pense à la taxe sur les transactions financières ou aux instruments de marché sur les émissions du transport international. Ce serait un signal formidable. Nous apporterions ainsi la démonstration que la mondialisation peut tirer de sa dynamique même des mécanismes de solidarité pour la rendre plus juste."

 

Conclusion : le ton revendicatif de l'ONG vs l'optimisme de la ministre

  • Benoit Faraco :

    "Face au défi climatique, nous ne pouvons plus retarder sans cesse les échéances. Si certains pays refusent de s'engager, cela ne doit pas ralentir ceux qui ont fait le choix de l'action. Il faudra, d'ici 2015 finaliser un nouveau traité pour confirmer les engagements pris à Cancun, (...).
    Monsieur le Président, Messieurs et Mesdames les Ministres, chers délégués, nous fêterons dans 6 mois les 20 ans du sommet de la terre de Rio. Une génération s'est écoulée depuis ce premier sommet, et même si des progrès ont été accomplis, notre bilan est insuffisant."

  • Nathalie Kosciusko-Morizet :

    "Les engagements qu'ont pris de manière volontaire et à titre national de grands pays émergents sont aussi très encourageants. Mais ni ces partenariats ni les approches volontaires ne sauraient remplacer le cadre international dont nous avons tous besoin pour garantir la réussite de notre objectif.
    Je veux parler de l'objectif que nous nous sommes fixés en commun à Cancun :
    contenir la hausse de la température par rapport à l'ère préindustrielle sous les deux degrés. Cette perspective s'éloigne malheureusement.
    (...)
    Les heures qui nous restent ici à Durban s'annoncent décisives. Je sais qu'une très large majorité de délégations partage les ambitions que je viens d'énoncer et les convictions que je viens d'exprimer.
    Je suis persuadée que tous ensemble nous pouvons forger l'accord dont la planète a  besoin
    ... notamment pour que cette belle terre sud-africaine, " odorante et colorée " comme aimait à la qualifier Nadine GORDIMER, le reste au-delà des générations."


Parallèle réalisé par Célia Garcin