Bioaddict



La "taxe robin des bois" sur les transactions financières n'est pas une utopie

Publié Le 23 Septembre 2011 à 19h35
 
Baptisée taxe Robin des bois parce qu'elle préleverait l'argent au coeur du système boursier, la taxation des transactions financières (TTF) n'est pas un projet idéaliste. Les économistes sont quasi-unanimes : elle pourrait rapporter des centaines de milliards d'euros par an au niveau mondial pour faire face aux enjeux du changement climatique et de la solidarité internationale.

Taxer toutes les transactions pour financer la lutte contre le réchauffement climatique et venir en aide aux réfugiés climatiques. Au beau milieu de la crise économique et boursière, voilà une idée qui fait grincer les dents des speculateurs, mais qui n'a jamais eu autant de chance de voir le jour. Nicolas Sarkozy et Angela Merkel affichent un engagement ferme et déterminé en faveur de cette taxe solidaire et environnementale. L'année dernière, à l'occasion du Sommet de l'ONU sur les objectifs du millénaire pour le développement, le 20 septembre 2010, voici ce que déclarait le président français : "Les financements innovants, la taxation des transactions financières, nous pouvons le décider ici. Pourquoi attendre ? La finance s'est mondialisée. Au nom de quoi nous ne demanderions pas à la finance de participer à la stabilisation du monde en prélevant sur chaque échange financier une taxation infime ? "

Une taxe au service des hommes et de la planète

Depuis 2008, où l'idée effrayait économistes de renom et dirigeants politiques, un sacré bout de chemin a été parcouru ! Aujourd'hui, elle revient sur le devant de la scène en pleine crise financière. Et pour cause, la TTF présente un double avantage : elle permet de trouver de nouvelles sources de financements tout en régulant la fièvre spéculative mondiale. Antoine Henry, porte-parole d'Aides sur la taxe robin des bois précise toutefois que "l'objectif de réguler les marchés financiers est loin derrière celui de trouver des fonds permettant de multiplier par 10 les subventions existantes. ". Des organisations de la société civile et, désormais même, de célèbres économistes (notamment Joseph Stiglitz, Nobel d'économie 2001 et Paul Krugman, Nobel d'économie 2008) proposent d'appliquer cette solution de bon sens. " Il y a un consensus sur la nécessité de cette taxe dans certains pays d'Europe. Le problème, c'est qu'il y a une forte récupération du concept. L'idée n'est plus d'allouer ce revenu à la solidarité internationale et au réchauffement climatique, mais plutôt de l'utiliser à l'échelle des Etats pour combler la dette et les déficits", met en garde Antoine Henry. Pourtant, l'idée originelle était bien de mettre en place une taxe pour créer un fond international alloué à l'aide à l'aide au développement, redistribué aux pays concernés par une institution internationale. L'organisation en charge de gérer ce nouveau fonds ? "Pourquoi pas l'ONU", suggèrent les ONG.

Combien la TTF rapporterait-elle ?

D'après un rapport des experts du cabinet 99 partners, cette taxe pourrait rapporter des centaines de milliards d'euros par an au niveau mondial et 12,5 milliards d'euros à la France.

La TTF britannique, qui ne porte que sur les actions d'entreprises britanniques, rapporte déjà 4 milliards d'euros par an. Son taux est pourtant très faible, seulement 0,5%.

Appliquée au niveau mondial à toutes les actions, pas seulement les britanniques, elle rapporterait environ 100 milliards d'euros par an. Une taxe similaire sur les obligations rapporterait environ autant. Une taxe au taux dérisoire de 0,005% sur les transactions de change entre banques rapporterait quant à elle 40 milliards de dollars par an, selon le Groupe Inter gouvernemental sur les Financements Innovants du Développement. Une taxe plus élevée sur les échanges de contrats dérivés (qui sont, par nature, plus spéculatifs que les actions, les obligations ou les changes) rapporterait environ 60 milliards de dollars par an.

Pourquoi la TTF taxera d'abord les spéculateurs ?

Dans une taxe sur les transactions, on paye d'autant plus de taxe qu'on procède à un grand nombre de transactions. Or, les acteurs financiers qui se livrent au plus grand nombre de transactions sont... les spéculateurs. Les spéculateurs sont ceux qui achètent un actif financier non pas pour sa valeur intrinsèque, mais simplement pour le revendre, très rapidement, et engranger une plus-value.

Aujourd'hui, une grande part des échanges financiers mondiaux sont purement spéculatifs : ils correspondent à des achats limités à quelques heures, voire quelques minutes. Ils augmentent la volatilité des cours et les risques de faillite, comme la crise des subprimes et déconnectent toujours l'économie des marchés de l'économie dite " réelle ". Les hedge funds, fonds spécialisés en spéculation, renouvellent la moitié de leur portefeuille en l'espace de 2 à 4 semaines en moyenne, contre 5 à 10 ans pour les fonds de pension ou d'assurance-vie. Ces derniers seront presque de facto exclus de la taxe.

Comment agir ?

Plusieurs campagnes " Taxe Robin des Bois " ont été lancées avec succès en 2011 dans différents pays (Royaume-Uni, Allemagne, Espagne, Australie, Canada, etc.). Des milliers de personnes l'ont partagée sur Twitter et Facebook et ont envoyé des emails, écrit des lettres aux journaux, et sont même descendues dans la rue.

Cette année, une pétition adressée à Nicolas Sarkozy a été lancée afin de le pousser à montrer l'exemple et mettre en place une telle taxe en France. Vous pouvez encore la signer en ligne jusqu'à fin octobre en cliquant ici.

Lors du sommet du G20 de Cannes qui se tiendra les 3 et 4 novembre 2011, la France aura la présidence, un statut qui lui donne la possibilité de convaincre d'autres Etats. Alors que les réductions des déficits budgétaires deviennent partout une priorité, les défis de l'environnement et de la solidarité internationale deviennent secondaires aux yeux des dirigeants politiques. Raison de plus pour soutenir cette taxe et les ONG qui oeuvrent pour sa concrétisation, telles qu'Oxfam et Aides.

Célia Garcin