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Le gaz de schiste revient à la charge

Publié Le 23 Mars 2012 à 11h38
 
Le ministère de l'Ecologie vient de rendre la conclusion de la mission interministérielle sur les hydrocarbures non conventionnels, se prononçant en faveur de la reprise de l'exploration du gaz de schiste. A un mois de l'élection présidentielle, le débat risque d'être relancé.
DOSSIER SPECIAL

On croyait s'en être débarrassé en juillet dernier, après le vote par le Parlement d'une loi interdisant la technique de la fracturation hydraulique (la seule existant à ce jour pour exploiter le gaz de schiste). Mais il semblerait que les grands groupes pétroliers favorable au gaz de schiste continuent de faire pression.

En effet, jeudi 22 mars, le ministère de l'Ecologie a rendu public son rapport final d'inspection sur les gaz de schiste et officialisé par décret la création d'un nouvel organisme d'Etat ayant pour mission "d'évaluer les risques environnementaux liés à la fracturation hydraulique et émettre un avis sur les conditions de mise en oeuvre des expérimentations réalisées à seules fins de recherche scientifique".

Un rapport d'inspection favorable aux "permis expérimentaux"

Seulement voilà : après un rappel de l'état de la demande mondiale en énergie pour les décennies à venir, la mission donne ses recommandations et dresse un calendrier de recherche afin de renforcer les connaissances sur la fracturation hydraulique et d'explorer les possibilités d'une exploitation des huiles de schiste sans impact sur l'environnement (" propre " est le mot employé par les rédacteurs). Dans un premier temps, ces expérimentations seraient réalisées dans le Bassin parisien, mais le préfet de Région Midi-Pyrénées a indiqué avoir reçu deux demandes de permis d'exploration, un à Beaumont de Lomagne (Tarn-et-Garonne) et un à Mirande (Gers).

"Le développement des hydrocarbures de roche-mère sur notre continent n'atteindra jamais l'ampleur et la rapidité de celui qu'ont vécu les Etats-Unis depuis 20 ans. En outre, quel que soit l'intérêt économique des ressources du sous-sol, celui-ci doit être mis en balance avec la prise en compte des autres atouts du territoire, telles que agriculture, patrimoine naturel, tourisme, etc.", veulent tempérer les rédacteurs du rapport. Le rapport insiste sur les précautions techniques à prendre, en s'appuyant sur le retour d'expérience du Canada et des Etats-Unis, où le gaz de schiste est librement exploité.
On retiendra donc surtout de ce rapport que ses auteurs sont favorables à des " permis expérimentaux ", ce qui sans l'ombre d'un doute ouvre une brèche dans la loi interdisant la fracturation hydraulique.

Les Français réagissent déjà

Comme c'était à prévoir, ONG environnementales et élus des régions concernées montent au créneau, estimant que le gouvernement fait preuve d " 'hypocrisie " en tentant de contourner cette loi. "Sous couvert de recherches scientifiques, le gouvernement joue aux apprentis sorciers pour le plus grand bonheur des lobbies pétroliers et gaziers" peut-on ainsi lire dans un communiqué co-signé par une dizaine d'ONG dont les Amis de la Terre, Greenpeace et le Réseau Sortir du Nucléaire. Elles critiquent également le "parti pris gouvernemental" au sein de la Commission de consultation.

Et pendant que les écologistes français continuent de s'inquiéter des répercussions de la fracturation hydraulique sur l'environnement et les paysages, de nouveaux pays se lancent tête-bêche dans l'exploitation de cette "nouvelle" source d'énergie. C'est le cas de la Chine, qui vient de signer des accords avec Total et Shell pour l'exploration et la production de gaz de schiste. Dans une interview de Christophe de Margerie, PDG de Total, menée par le Wall Street Journal on apprend que la Chine envisage ainsi de produire 60 à 100 milliards de mètres cubes de gaz par an d'ici à 2020.

Olivia Montero