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Le glyphosate, un produit qui tue ?

Publié Le 16 Août 2018 à 14h11
 
Le glyphosate ne serait pas seulement un "cancérigène probable". Il peut provoquer des maladies graves allant jusqu'à la mort. Il est suspecté d'être à l'origine de graves malformations congénitales auxquelles les foetus ne peuvent parfois survivre. Telles sont les incroyables révélations du film d'investigation "Pesticides et santé, l'équation sans solution" d'Andréas Rummel. De nombreuses femmes sont aujourd'hui concernées.

Mariela Leva, directrice d'école en Argentine, s'inquiète des épandages de pesticides près de l'établissement mettant en danger la santé des enfants

Voir le reportage "Pesticide et santé l'équation sans solution" sur Arte

 

L'histoire du film commence en Allemagne. Dans de nombreuses fermes, la mortalité des vaches est devenue anormalement élevée ces dernières années, faisant suite à des maladies dont les symptômes étaient difficiles à interpréter. Plus grave : un nombre important d'éleveurs étaient eux aussi malades, avec des symptômes similaires à ceux des vaches. Vétérinaires et médecins ne trouvaient pas la cause du problème. Jusqu'à ce que la faculté de médecine vétérinaire de Leipzig s'y intéresse.

En multipliant les analyses, le Dr Monica Krüger, microbiologiste de cette faculté, a découvert la bactérie clostridium botulinum dans les excrétions des animaux puis des antigènes de cette bactérie dans le corps des éleveurs malades. Ces germes sont très répandus dans la nature mais sont rarement dangereux. Alors pourquoi soudain ces maladies liées à la bactérie pouvaient-elles se déclarer jusqu'à provoquer la mort ?

Le glyphosate détruit les bonnes bactéries de l'organisme

Le Dr Krüger fait une autre découverte : l'urine des animaux malades étudiés contient un taux élevé de glyphosate. Des résidus sont également détectés dans l'organisme des éleveurs. A partir de là, est née une question : existait-il un lien entre la bactérie clostridium botulinum et le glyphosate ? Après des mois de recherches, la faculté de Leipzig trouve la réponse.
" Nous avons découvert que le glyphosate détruit les bactéries bénéfiques à l'organisme alors qu'il n'altère pas les bactéries pathogènes ou infectieuses. Et en raison de ce déséquilibre, ces dernières peuvent proliférer dans le système gastro-intestinal par exemple. L'absorption de glyphosate provoque un déséquilibre de la flore intestinale. Certaines bactéries prennent alors le dessus alors qu'elles n'auraient jamais pu le faire dans des conditions physiologiques normales ", explique le Dr Klüger. Pourtant, les fabricants ont affirmé que l'herbicide bloquait uniquement le métabolisme des plantes et non celui des hommes ou des animaux.

Une action sur le foetus même au taux de 0,2 gramme par tonne

La faculté de Leipzig découvre un effet tout aussi dangereux au cours de ses investigations. En 2013, Borup Pedersen, un éleveur danois apporte des porcelets congelés à l'équipe de Monica Krüger. Tous les porcelets présentent des malformations congénitales importantes auxquelles ils n'ont pu survivre : pattes tordues voire inexistantes, crânes et colonnes vertébrales déformés, graves dysplasies faciales. L'éleveur les associe au glyphosate. En effet, quand la teneur de cette molécule augmente dans l'alimentation des porcs, il constate une augmentation des porcelets malformés 75 jours plus tard. Il a pu faire ces constations avec précision car il a fait mesurer la teneur en glyphosate de l'alimentation. Les analyses portent sur plus de 30 000 animaux et révèlent clairement une corrélation entre la quantité de résidus contenue dans l'alimentation des porcs et le taux de malformations.

" J'ai constaté le phénomène suivant : si la teneur en glyphosate de l'alimentation passe de 0,2 gramme/tonne à 1 gramme/tonne, soit 5 fois plus, alors on aura 5 fois plus de malformations chez mes truies. C'est très marqué ", explique l'éleveur.

Il faut noter que le produit agit à de très faibles doses, même au taux de 0, 2 gramme par tonne ! L'éleveur ne donne plus d'alimentation contenant des OGM riches en glyphosate à ses animaux mais même les aliments non-OGM contiennent du glyphosate, en quantité moindre. Les malformations restent très fréquentes dans l'élevage qui compte environ 3000 porcs, environ une naissance par semaine.

Des malformations auxquelles les foetus ne peuvent survivre

La faculté de Leipzig a bien trouvé du glyphosate dans tous les porcelets malformés qu'elle a analysés. " Nous avons trouvé du glyphosate dans chaque animal et dans tous les organes sans constater de différences significatives de concentration ni dans les organes, ni dans les tissus musculaires ou les parois intestinales. Ce qui veut dire que ces animaux ont été exposés au glyphosate dans le placenta de leur mère ", poursuit le Dr Klüger

Dans sa ferme, l'éleveur montre un porcelet qui vient de naitre et qui va mourir car il n'a pas de nez et doit respirer par la bouche, ce qui l'empêche de téter. La tête est complètement déformée. L'éleveur redoute le même phénomène chez les humains avec l'augmentation des concentrations de glyphosate dans l'environnement, l'eau et la nourriture.
Cette crainte est-elle fondé ? Une enquête en Argentine apporte des éléments de réponse qui vont dans ce sens. Les pulvérisations de glyphosate se multiplient dans ce pays sur les cultures OGM qui occupent des surfaces considérables (plus de 24 millions d'hectares en 2014). Les pulvérisations sont faites par avion ou par des tracteurs équipés de rampes d'arrosages très larges. Ces produits sont dispersés par les vents jusque dans les villages situés dans les zones cultivées, polluant air, eau, sols, aliments et habitations. L'Université de Rosario a examiné la population de 19 villages situés en zone agricole.

Des taux de malformations qui dépassent toute prévision épidémiologique

" Au cours de ces dernières années, nous avons avant tout constaté une augmentation du nombre de cancers ainsi que des cas de leucémies, ainsi que des cas de lymphomes non hodgkiniens sur des sujets de plus en plus jeunes. Le nombre de fausses couches a également augmenté alors que le nombre de grossesses a diminué dans ces zones. On a vu apparaître des cas de malformations congénitales qui n'existaient pas dans cette région auparavant, dans des proportions alarmantes. Dans des petites localités de 4000 habitants, le nombre d'enfants naissants avec des malformations dépasse toute prévision épidémiologique. De notre point de vue, les pouvoirs publics ne se rendent absolument pas compte de la situation. Ils continuent de privilégier les rentrées rapides de devises au détriment de la protection de la santé de la population. Aujourd'hui, presque 20 ans plus tard, nous pouvons sans l'ombre d'un doute voir l'impact des substances chimiques sur la santé des gens. Leur utilisation a systématiquement augmenté ces 20 dernières années. On ne peut pas ignorer que l'utilisation de produits agrochimiques a augmenté de 853% entre 1996 et aujourd'hui, alors que dans la même période la superficie de terres cultivables n'a augmenté que de 50% ", constate le Dr Damian Verzenassi.

Pourquoi cette augmentation ? Face aux résistances et aux pathologies végétales observées dans les immenses monocultures, les agriculteurs utilisent des cocktails chimiques de plus en plus agressifs. " Au cours des cinq dernières années, le coût des traitements agrochimiques a augmenté de 300%. Il y a cinq ans, deux ou trois traitements au glyphosate seul suffisaient. Aujourd'hui, il faut utiliser du glyphosate, différents herbicides, etc. ", confirme dans le film le producteur de soja Ariel Maquirriain.

Malformations : " ce que j'ai constaté chez mes porcs, je l'ai vu sur des photos d'enfants "

L'industrie avait pourtant promis que les cultures OGM étaient écologiques car elles permettraient de réduire l'emploi de substances chimiques et d'utiliser des produits moins toxiques. La réalité est exactement à l'opposé. Mais les semences OGM, vendues à bon prix, s'avèrent un marché juteux du fait des quantités en hausse constante des produits qui s'y rattachent comme le Roundup de Monsanto.

" Ce que j'ai constaté chez mes porcs, je l'ai vu sur des photos d'enfants argentins ou d'Amérique du Nord victimes de malformations infantiles liées à l'emploi du glyphosate. Toutes ces malformations, je les ai observées chez mes porcelets ", s'alarme l'éleveur danois Borup Pedersen.

Mais à ce jour, les autorités européennes ou américaines renvoient aux nombreuses études menées par l'industrie qui réfutent toute toxicité notoire du glyphosate. Parallèlement les études indépendantes qui se multiplient concluent à un alarmant potentiel de danger, telle est la conclusion du film d'Andréas Rummel.

Anne-Françoise Roger

Pour voir le film " Pesticides et santé : l'équation sans solution ", réalisé par Andréas Rummel, diffusé en mars 2015 sur Arte, cliquez ici : https://www.youtube.com/watch?time_continue=2&v=CSJUy6MAeyk