Politique

Le plan du PNUE pour une transition vers une économie plus verte et un monde meilleur

Sommaire de cet article :

  1. Une économie verte pour un monde meilleur et plus durable
  2. Quelles politiques pour une transition vers une économie verte ?
  3. Rio 2012 : yes we can !

Pour le PNUE, l'économie verte est une économie qui entraîne " une amélioration du bien-être humain et de l'équité sociale tout en réduisant de manière significative les risques environnementaux et la pénurie de ressources ".

Des politiques et des investissements qui découplent la croissance de la consommation intensive actuelle de matières premières et d'énergie constituent une partie importante de la transition. Bien qu'il y ait eu des tentatives de découplage au cours des 30 dernières années, les gains ont été beaucoup trop modestes pour mettre la planète sur la voie du développement durable et en préserver les ressources finies.

Quelles politiques pour une transition vers une économie verte ?

Des politiques publiques novatrices et originales seront essentielles pour mettre en place les conditions favorables, qui inciteront les marchés et les investissements directs du secteur privé à choisir la voie de la transition vers une économie verte, à savoir :

- Cadres réglementaires bien pensés, affectation prioritaire des dépenses et des marchés publics à des domaines qui stimulent les secteurs économiques verts et limitation des dépenses qui favorisent l'épuisement du capital naturel.

- Taxation et mécanismes économiques intelligents qui déplacent les dépenses des consommateurs et encouragent l'innovation verte.

- Investissements publics dans le renforcement des capacités et la formation parallèlement à la consolidation de la gouvernance internationale.

Les politiques publiques peuvent aussi faire en sorte que les avantages du verdissement d'un secteur déclenchent des bénéfices plus larges en termes de développement durable dans d'autres.

Globalement, le rapport du PNUE suggère ainsi que la part du lion des 2 % du PIB envisagés provienne de capitaux privés, amorcés par une contribution plus modeste des deniers publics.

Dix secteurs clés pour une économie verte

Les dix secteurs que le rapport juge essentiels au verdissement de l'économie mondiale sont les suivants : agriculture, bâtiment, offre énergétique, pêche, foresterie, industrie (dont efficacité énergétique), tourisme, transport, gestion des déchets et eau.

Sur les 2 % du PIB proposés dans le rapport, les investissements par secteur en prenant les niveaux actuels de PIB seraient les suivants :

. 108 milliards de dollars pour le verdissement de l'agriculture, petites exploitations comprises ;

. 134 milliards de dollars dans le verdissement du secteur du bâtiment (en améliorant l'efficacité énergétique) ;

. plus de 360 milliards de dollars dans le verdissement de l'offre énergétique ;

. près de 110 milliards de dollars dans le verdissement de la pêche, comprenant une baisse de la capacité des flottes mondiales ;

. 15 milliards de dollars dans le verdissement de la foresterie avec d'importantes répercussions bénéfiques en termes de lutte contre le changement climatique ;

. plus de 75 milliards de dollars dans le verdissement des activités industrielles, dont l'industrie manufacturière ;

. près de 135 milliards de dollars dans le verdissement du secteur du tourisme ;

. plus de 190 milliards de dollars dans le verdissement du transport ;

. près de 110 milliards de dollars dans les déchets, avec le recyclage ;

. un montant du même ordre dans le secteur de l'eau dont l'assainissement.

 

Agriculture

Une économie verte investirait dans l'agriculture de 100 à 300 milliards de dollars par an jusqu'en 2050 afin de nourrir 9 milliards de personnes tout en favorisant une meilleure gestion de la fertilité des sols, l'utilisation durable de l'eau et l'amélioration de la gestion biologique des végétaux.

Des scénarios indiquent une augmentation des rendements mondiaux des principales cultures de 10 % par rapport aux stratégies d'investissement actuelles. Cela équivaudrait à hausser et à maintenir les niveaux de nutrition à 2 800-3 000 kilocalories par personne d'ici 2030, comparés aux 2 000 kilocalories disponibles aujourd'hui.

Les pertes alimentaires dans le monde représentent 2 600 kilocalories par personne et par jour. Elles sont notamment dues à l'absence ou à l'inefficacité d'infrastructures de distribution et de conservation et aux déchets domestiques. Par conséquent, la transition vers une économie verte doit s'attaquer à ces problèmes, qui sont liés à plusieurs des secteurs concernés.

Bâtiment

Les bureaux et les locaux résidentiels, qui utilisent un tiers de l'énergie mondiale, font du secteur du bâtiment le plus gros émetteur de gaz à effet de serre dans le monde. Le secteur de la construction est responsable de plus d'un tiers de la consommation mondiale de ressources matérielles dont 12 % de l'utilisation totale d'eau douce.

Suivant un des scénarios du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, l'empreinte climatique du secteur du bâtiment devrait quasiment doubler et atteindre 15,6 milliards de tonnes d'équivalent dioxyde de carbone d'ici 2030 soit 30 % des émissions totales de CO2 d'origine énergétique.

Dans les scénarios d'économie verte, l'association de technologies existantes et de la hausse de l'offre en énergies renouvelables pourrait entraîner une baisse spectaculaire des émissions moyennant une économie de 35 dollars par tonne de CO2.

Avec les bonnes politiques gouvernementales en matière de bâtiments urbains, il serait possible d'économiser environ un tiers de l'énergie consommée par ce secteur à travers le monde d'ici 2050 pour un investissement annuel de 300 milliards à 1 trillion de dollars.

Pêche

Des subventions estimées à environ 27 milliards de dollars par an ont généré une capacité de pêche deux fois supérieure aux possibilités de reproduction des poissons.

Le rapport suggère d'investir dans le renforcement de la gestion de la pêche, y compris par la création de zones marines protégées, la mise hors service de certains navires, la réduction de la capacité des flottes et la formation à d'autres métiers, pour permettre de reconstituer les ressources halieutiques de la planète. Un tel investissement adossé à des mesures de politiques se traduirait par une augmentation des prises de 80 millions de tonnes actuellement à 90 millions de tonnes en 2050 en dépit d'une baisse initiale jusqu'en 2020.

" La valeur actuelle des bénéfices du verdissement du secteur de la pêche est estimée à environ 3 à 5 fois celle de l'investissement nécessaire ", indique ainsi le rapport.

Il serait possible de limiter les pertes d'emploi à court et moyen terme en ciblant les baisses de capacité sur un petit nombre de grandes flottes industrielles plutôt que sur les petites flottes artisanales. Les emplois dans la pêche devraient recommencer à augmenter en 2050, une fois les stocks reconstitués.

Foresterie

Les forêts génèrent des biens et des services qui assurent les moyens d'existence économiques de plus d'un milliard de personnes, recyclent les nutriments essentiels à l'agriculture et abritent 80 % des espèces terrestres. Actuellement, la déforestation représente près de 20 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

" Diminuer la déforestation peut donc constituer un bon investissement : on estime en effet que les avantages en termes de régulation du climat de la division par deux de la déforestation sont trois fois supérieurs aux coûts ", affirme l'étude.

Le rapport analyse la contribution de 15 milliards de dollars par an (0,03 % du PIB mondial) au verdissement de ce secteur, y compris la hausse des investissements en faveur du programme REDD (réduction des émissions provenant de la déforestation et de la dégradation des forêts). Ces investissements permettraient aussi la montée en puissance de mécanismes économiques éprouvés tels que le bois d'oeuvre certifié, la certification des produits des forêts primaires, le paiement pour les services environnementaux et les partenariats avec les communautés.

Entre 2011 et 2050, un investissement de 15 milliards de dollars par an (0,03 % du PIB) augmenterait la valeur ajoutée de l'industrie de la forêt de plus de 20 % par rapport au maintien du statu quo.

Le rapport suggère ainsi que la transition vers une économie verte permettrait d'accroître la couverture forestière, actuellement proche de 4 milliards d'hectares, de plus de 3 % en 2020, 8 % en 2030 et plus de 20 % en 2050 par rapport au maintien du statu quo.

La mise en ouvre rapide de ces recommandations pourrait apporter une contribution clé à 2011, déclarée Année internationale des forêts par l'ONU.

Transport

Les coûts environnementaux et sociaux du transport en termes de pollution atmosphérique, d'accidents de la route et d'encombrements représentent environ 10 % du PIB des régions ou des pays. Le verdissement du secteur des transports nécessitera des politiques qui encouragent le passage au transport public et non motorisé et favorisent le rendement énergétique des carburants et des véhicules moins polluants.

Pour l'Europe, l'analyse indique que les bénéfices économiques régionaux des investissements dans les transports publics représentent plus du double de leur coût. Diminuer la teneur en soufre des carburants en Afrique subsaharienne pourrait par exemple représenter une économie de près d'1 milliard par an en coûts de santé et apparentés.

Investir 0,34 % du PIB mondial par an jusqu'en 2050 dans le secteur du transport pourrait réduire de 80 % la consommation de carburants et augmenter de 6 % les chiffres de l'emploi par rapport au maintien du statu quo principalement grâce à la part accrue des transports publics.

Déchets

D'ici 2050 le monde devrait générer plus de 13 milliards de tonnes de déchets municipaux et autres : actuellement seuls 25 % de la totalité des déchets sont récupérés et recyclés.

Selon le PNUE, un investissement de 108 milliards de dollars par an dans le verdissement du secteur des déchets pourrait permettre de recycler presque 100 % des déchets électroniques contre 15 % actuellement.

Un tel investissement pourrait tripler le recyclage global des déchets d'ici 2050 et réduire de 85 % les quantités de déchets finissant dans les décharges par rapport au scénario de maintien du statu quo.

D'ici 2030, les émissions de gaz à effet de serre dues au méthane pourraient diminuer de 20 à 30 % avec les économies financières que cela représenterait.

La prévention et la gestion des déchets demeurent également un défi majeur pour l'industrie manufacturière. Des approches telles que le remanufacturing et la reconception des produits et des procédés peuvent contribuer à limiter la production de déchets et l'utilisation des ressources. Ainsi, un allongement de la durée de vie des produits manufacturés de 10 % se traduirait par une réduction équivalente du volume de ressources extraites.

Le recyclage de la chaleur résiduelle grâce aux centrales de cogénération combinant chaleur et électricité présente un fort potentiel d'utilisation plus rationnelle de l'énergie. L'industrie de la pâte à papier dispose d'installations de cogénération lui permettant d'utiliser 30 % d'énergie primaire en moins.