changements climatiques eau

Le retrait des glaciers andins, vers une crise de l'eau ?

Sommaire de cet article :

  1. Rencontre avec Edson Ramirez, glaciologue à l'IHH de La Paz (Bolivie)
  2. L'influence des changements climatiques sur les glaciers andins
  3. Quelles solutions pour optimiser les ressources en eau?
  4. On utilise plus d'eau que ne nous en apporte la nature
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Quelle est donc l'influence du changement climatique sur les glaciers andins, et plus précisément ceux qui entourent La Paz ?

Dans la région andine, on a observé une diminution progressive des glaciers depuis le début du XXème siècle. Mais à partir de la fin des années 70, on constate une forte accélération : en 30 ans, certains glaciers on fondu 3 fois plus vite que depuis le début du siècle. Le cas le plus éloquent étant feu le glacier de Chacaltaya (voir photos), aujourd'hui disparu, sur lequel les paceños avaient l'habitude d'aller skier il y a encore 10 ans.

Pour introduire son propos, mon interlocuteur m'explique la nécessité de différencier les notions de variabilité climatique et changement climatique. Une partie des changements observés actuellement est due à la variabilité climatique, c'est à dire les évolutions cycliques du climat d'origine astronomique, causées par exemple par la variation de l'axe de rotation terrestre. Ces mutations cycliques ont lieu sur des périodes très longues, de plusieurs dizaines à plusieurs centaines de milliers d'années.

Mais les modèles et la grande quantité de données récoltées nous révèlent qu'une partie non négligeable de ces changements est due à l'activité humaine et l'émission de gaz à effets de serre comme le CO2, coïncidant avec la première révolution industrielle. C'est à cela que l'on doit le changement climatique, qui lui n'est pas cyclique, mais provoque une accélération des tendances naturelles.

Ce qui marque ce phénomène, c'est des variations de températures fortes qui ont lieu sur une période très courte (200 ans par rapport à des milliers d'années dans le cas de la variabilité naturelle.) Au cours du dernier siècle, on a constaté une augmentation moyenne des températures de 0,5 degrés Celcius sur l'ensemble du globe. En plus de cette progression, on a vu dans les Andes une augmentation des amplitudes de températures observées - hivers plus froids et étés plus chauds - qui pourrait presque masquer le phénomène d'augmentation moyenne des températures.

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La somme de ces changements d'origine naturelle (variabilité climatique) et humaine (changement climatique), appelée changement global, a de graves implications pour les populations vivant depuis des millénaires au contact des glaciers andins. Le cas des villes de La Paz et El alto est représentatif de nombreuses agglomérations situées sur une région allant de l'Equateur jusqu'à la Patagonie.

Selon Edson Ramirez, le premier impact à déplorer est la perte du paysage traditionnel andin qui a toujours caractérisé la région. Cela pourrait en effet entraîner de graves conséquences économiques avec une baisse des revenus touristiques : de nombreux touristes se rendent à la capitale Bolivienne attirés par les nombreux et majestueux glaciers qui l'entourent.

Un deuxième effet, peut-être plus grave, concerne l'usage de l'eau. Les ressources actuelles sont utilisées avant tout pour l'eau potable et la génération d'électricité. Elles proviennent de deux sources: le glacier et la pluie. Si l'on considère qu'il continue à pleuvoir autant qu'auparavant, une crise de l'eau n'est pas à craindre. Seulement, les modèles prédisent une réduction des précipitations conséquente au changement climatique dans le nord de la Bolivie. A titre d'exemple, cette année la région a connu un déficit des précipitations de l'ordre de 30%, et les réservoirs de la ville n'ont pas pu se remplir.

Edson m'explique que les glaciers andins sont pour l'essentiel des glaciers tropicaux, et ont un fonctionnement bien distinct de celui de nos glaciers alpins. Dans les Alpes, l'hiver correspond à la période des pluies, pendant lequel les glaciers se nourrissent. Au fur et à mesure que les températures augmentent avec l'approche de l'été, ils fondent et nous alimentent en eau.

Dans les Andes tropicales par contre, la saison des pluies arrive en été. Pendant la seule période où le glacier peut s'alimenter en eau, il voit aussi sa masse diminuer rapidement. Les glaciers andins ont donc un fonctionnement complexe qui peut être affecté par des modifications minimes du climat. C'est la raison pour laquelle les glaciers des zones tropicales sont considérés comme d'excellents indicateurs du changement climatique (cela explique la présence de l'IRD dans la zone depuis 1991.)
Cette tendance a donc des conséquences dramatiques pour l'usage des ressources en eau. En effet, les villes de La Paz et El alto augmentent leur consommation (croissance annuelle de 5% pour El Alto), et cette tendance doit se poursuivre avec la croissance de la population. On se heurte donc à un problème puisque les ressources en eau, quant à elles, sont limitées et promettent même de se réduire. On a donc ici tous les éléments pour une crise de l'eau affectant les villes de La Paz et el Alto...