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Le retrait des glaciers andins, vers une crise de l'eau ?

Sommaire de cet article :

  1. Rencontre avec Edson Ramirez, glaciologue à l'IHH de La Paz (Bolivie)
  2. L'influence des changements climatiques sur les glaciers andins
  3. Quelles solutions pour optimiser les ressources en eau?
  4. On utilise plus d'eau que ne nous en apporte la nature

On a vu se multiplier au cours des dernières années les négociations internationales pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre. Mais même si demain voyait la naissance d'un compromis mondial pour une réduction drastique de ces émissions (ce qui est malheureusement fort peu probable), il faudrait des dizaines années pour qu'apparaissent des répercussions positives. Non, le changement climatique est déjà là et nous n'avons d'autres choix que de nous y adapter (les négociations internationales restent bien sûr une impérieuse nécessité.)

Quelles mesures d'adaptation donc ? C'est bien là le principal problème auquel font face Edson Ramirez et ses pairs. Certaines voix ont proposé d'exploiter de nouvelles nappes souterraines. Une solution rejetée par Edson, qui avance l'incertitude sur les quantités d'eau disponibles dans ces nappes. On risquerait ainsi de surexploiter des ressources qui doivent être réservées aux générations futures.

Les solutions d'adaptation posent plusieurs difficultés. D'une part, elles ont souvent une forte composante technologique et donc un coût les rendant prohibitives pour les pays en développement, qui connaissent de plus certaines limites pour implémenter ce type de mesures (infrastructures existantes, know-how, etc.).
D'autre part, même si un avancement important a été fait au cours des dernières années en termes d'investigation, on n'a pas encore une idée complète de la priorisation à faire de ces mesures. En clair, reprend Edson, même si quelques agences de coopération internationale sont disposées à intervenir financièrement, on ne sait toujours pas exactement à quoi s'adapter en priorité.

Cependant, plutôt que de se croiser les bras en attendant que ces recherches soient complétées, Edson Ramirez a son idée sur la manière de réagir dans l'immédiat. Selon lui, il faut avant tout commencer par rationnaliser l'usage des ressources existantes. Actuellement, le réseau d'approvisionnement de la ville de El Alto, touchant à peu près un million d'habitants, accuse des pertes qui peuvent atteindre 40 à 50% des ressources en eau (fuites, eau non comptabilisée, etc.)
Rien qu'en apportant une solution à ce problème on pourra, sinon éviter une future crise de l'eau, du moins en repousser l'échéance. Il s'agit donc d'optimiser l'eau dont les Boliviens disposent plutôt que d'avoir recours à de nouvelles ressources dont les capacités sont incertaines.

Ensuite, poursuit Edson, on doit également considérer des options technologiques au coût relativement faible tel que le recyclage de l'eau. Il peut s'agir de filets récoltant l'humidité de la brume, une solution déjà adoptée par le Chili, mais également d'installer des systèmes de récupération des eaux de pluie chez le particulier. Par ailleurs, de nombreuses activités ménagères comme la vaisselle, l'arrosage des plantes ou le lavage de la voiture ne nécessitent pas l'usage de l'eau potable.
On voit donc que les seuls types de mesures applicables immédiatement passent, d'une part, par l'optimisation des ressources existantes dans la région et, d'autre part, par un meilleur usage de l'eau par les habitants.

On ne pourra pas optimiser les ressources en eau sans un engagement fort du gouvernement. Edson m'explique qu'il y a dix ans, il avait porté le même message au gouvernement de l'époque, mais les prévisions présentées alors n'avaient pas permis d'obtenir plus que de pieux voeux de la part des politiciens en place.
Quel est justement le degré de compréhension des enjeux et la volonté d'action de l'administration Evo Morales ? Les effets annoncés jadis se faisant sentir désormais, le gouvernement fait preuve d'une plus grande attention. Les ministères de l'eau et de l'environnement commencent à s'impliquer fortement dans cette problématique, et les glaciologues de l'IHH et de l'IRD ont même pu rencontrer le président pour lui porter directement l'alarmant message.

Il y a donc une vraie prédisposition à travailler ensemble entre tous les acteurs concernés, résume Edson. Mais il existe un décalage temporel. C'est une course contre la montre dans laquelle les acteurs de la lutte contre le changement climatique accusent un lourd retard.