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Les fabricants de pesticides informés avant les députés d'un amendement pour interdire le glyphosate

Publié Le 28 Mai 2018 à 09h25
 
Alors qu'il était juste déposé dans une base de données confidentielle de l'Assemblée nationale, un amendement visant à interdire le glyphosate est parvenu à l'Union des industriels de la protection des plantes (UIPP) qui regroupe les principaux fabricants internationaux de pesticides. Delphine Batho, à l'origine de cet amendement, a demandé une enquête interne.

Glyphosate : le lobby Bayer-Monsanto connaît les amendements avant les députés ! Cliquez ici pour voir le discours de la députée Delphine Batho à l'Assemblée Nationale

 

Delphine Batho a rédigé un amendement à la loi Egalim* en cours d'examen, pour interdire d'ici trois ans en France l'herbicide glyphosate classé comme cancérigène probable par l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé). Le projet de loi Egalim était en effet muet sur le sujet. La députée voulait ainsi inscrire dans le marbre l'engagement pris par le candidat Emmanuel Macron. A défaut d'un texte français, la décision de la Commission européenne de prolonger de cinq ans l'autorisation de vendre ce produit, s'appliquerait dans l'Hexagone.

Delphine Batho a déposé le 22 mars cet amendement portant le numéro CD 182 dans une base de données interne à l'Assemblée nationale, censée être confidentielle pendant le travail préparatoire des textes de loi.

La crédibilité du parlement en cause

" Il s'avère sans aucun doute possible que cet amendement est parvenu à l'UIPP, qui regroupe Monsanto, Bayer, BASF, Syngenta entre autres, dès le 23 mars soit plus de 90 heures avant qu'il ne soit publié et porté à la connaissance " des autres députés, a explique la députée dans l'hémicycle le 22 mai.

" Il est inacceptable que des lobbies puissent avoir un accès privilégié à des informations internes à l'Assemblée nationale afin de déployer des stratégies pour court-circuiter nos débats, c'est désormais la crédibilité du parlement qui est en cause. Je m'adresse à vous pour que ces méthodes soient unanimement dénoncées, refusées, sanctionnées ", a-t-elle enchainé devant ses collègues.

Comment une telle fuite est-elle possible ? L'Assemblée nationale va-t-elle s'élever contre cette situation ? s'interroge la députée.

Informé des faits, le président de l'Assemblée nationale a dit diligenter une enquête qui était toujours en cours et sans réponse au 22 mai.

Un courrier de Dow Chemical (multinationale américaine et géant mondial dans le domaine de la fabrication et de la distribution de produits chimiques) demande à certains de ses relais de " sensibiliser ses députés " à ce projet d'interdiction du glyphosate. Cela signifie-t-il que les firmes d'agrochimie ont également des relais au sein du parlement ?, se demande Delphine Batho.

Le glyphosate, lié aux des organismes génétiquement modifiés (de nombreux OGM sont des plantes résistantes au glyphosate), est un sujet dont le poids économique est considérable pour les firmes d'agrochimie et notamment Monsanto. Ce qui explique qu'il cristallise de nombreuses tensions politiques.

Zoé Fauré

* Loi pour l'équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et une alimentation saine et durable