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Les Parisiens mobilisés pour le maintien de la piétonnisation des berges de Seine

Publié Le 12 Mars 2018 à 12h30
 
Près de 2000 personnes se sont rassemblées le samedi 10 mars sur les berges de Seine rive droite à Paris pour défendre la piétonnisation de ce lieu emblématique et pour soutenir Anne Hidalgo dans son combat contre la pollution. "Nous sommes là pour que nos enfants respirent un air de qualité".
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Piétons, vélos, poussettes... Près de 2000 personnes selon les organisateurs (800 selon la Police) ont défilé dans une ambiance de fête sur les quais samedi. "Les berges sont à nous", a lancé Olivier Blond, à la tête du collectif d'une dizaine d'associations qui avait appelé au rassemblement. Des élus du Val-De-Marne et de Seine-Saint-Denis étaient présents. Anne Hidalgo, la maire de Paris, venue "soutenir cette action citoyenne" , a salué devant la foule "un site emblématique", rappelant que Paris avait "donné son nom à l'accord sur le climat": "Nous sommes là pour que nos enfants respirent un air de qualité".

En septembre 2016, conformément à l'engagement pris par Anne Hidalgo lors des élections municipales et après un an et demi de concertation associant les communes de la Métropole du Grand Paris, le Conseil de Paris a délibéré en faveur de la piétonnisation des berges de la rive droite de la Seine.

Cette piétonnisation, au coeur d'une polémique entre élus de droite et de gauche, a été annulée le mois dernier par le tribunal administratif. Anne Hidalgo a repris un arrêté cette semaine de fermeture à la circulation, sur 3,3 kilomètres de la voie Georges-Pompidou, du quai bas de l'entrée du tunnel des Tuileries (Ier arrondissement) à la sortie du tunnel Henri-IV (IVe). "Cet arrêté, rédigé en lien avec la Préfecture de Police, tire les conséquences du jugement du Tribunal administratif, en se fondant sur de nouvelles bases légales, que sont la protection du patrimoine et l'intérêt touristique majeur des berges de Seine" précise la Mairie de Paris. "Cet arrêté, relevant pleinement des pouvoirs de police du Maire, ne nécessite ni nouvelle étude d'impact, ni nouvelle enquête publique, ni nouvelle délibération du Conseil de Paris".

Ainsi, à défaut de convaincre en parlant de pollution, de santé et d'environnement, Anne Hidalgo joue la carte de la protection du patrimoine.

"Il fallait beaucoup de courage pour s'attaquer à la pollution de l'air, nous devons beaucoup à Anne Hidalgo qui a affronté des tempêtes. (...) Il y a des oppositions et on peut le comprendre, mais nous sommes aujourd'hui face à deux priorités, la question de la santé et du changement climatique, qui se négocie encore moins", a déclaré Corinne Lepage, ancienne ministre de l'Environnement, à l'AFP.

Un problème de santé publique

La Ville de Paris fait de la lutte contre la pollution d'origine routière une de ses priorités. Pourquoi ? Parce que 90% des Parisiens vivent dans un environnement pollué, parce que 2500 personnes meurent chaque année à Paris du fait de la pollution et parce que cette nuisance arrive en 3e position des nuisances qui pèsent le plus aux Parisiens.

Il faut savoir que les particules liées à la pollution, auxquelles les Parisiens sont exposés quotidiennement, peuvent provoquer de l'asthme, des allergies, des maladies respiratoires et cardiovasculaires. Les plus fines d'entre elles (PM 2.5, moins de 2,5 micromètres), qui pénètrent dans les ramifications les plus profondes des voies respiratoires et le sang, ont été classées "cancérogènes certains" par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

C'est avant tout une exposition chronique aux pollutions par les particules qui cause les effets les plus néfastes sur la santé, car il existe un effet d' " accumulation " des particules dans l'organisme : les expositions fréquentes à des niveaux modérés de pollution par les particules ont plus d'impact sanitaire que les pics de pollution.

Fermer une partie des routes à la circulation automobile rend le trafic dans la capitale plus compliqué c'est un fait. Mais c'est un moyen de pousser les Parisiens à ne plus utiliser leur voiture, un donc d'éviter de contribuer à la pollution de l'air. Un peu moins de confort, pour un peu plus d'espérance de vie. Pour soi, et pour les autres habitants. Il est en effet bien courageux de la part d'Anne Hidalgo de contribuer à changer les mentalités, malgré tout ce que ça lui coûte. La transition écologique nécessaire des grandes villes compte malheureusement encore bien de détracteurs qui ne réflechissent qu'à court terme.

L'appel des 100 pour le maintien de la piétonnisation des berges de Seine

Une centaine de personnalités ont lancé un appel publié dimanche par le JDD pour soutenir Anne Hidalgo dans son combat pour la piétonnisation des berges de Seine. Parmi elles, Yann Arthus-Bertrand, Alain Bougrain-Dubourg, Pascal Canfin, Cyril Dion, Jean Jouzel, Gad Weil ou encore Audrey Pulvar.

"Depuis deux ans, l'un des plus beaux endroits au monde a réouvert aux promeneurs.

Le coeur de Paris n'est plus traversé par une autoroute urbaine : il est habité, investi, vivifié par les dizaines de milliers de personnes d'ici et d'ailleurs qui viennent y respirer.

Le bruit des moteurs a fait place aux voix humaines (et aux chants des oiseaux) et l'air s'en trouve purifié.

Piétons et cyclistes cohabitent en toute liberté et l'atmosphère s'en trouve pacifiée.

C'est l'histoire de Paris qui s'écrit sous nos pas dans le parc des rives de Seine.

Nous n'acceptons pas de perdre le bénéfice de cette conquête.

Nous refusons de voir la voiture reprendre le monopole du coeur de Paris devenu notre territoire commun.

Nous refusons de voir revenir, avec le bruit, la vitesse et le danger, la pollution de l'air que nous respirons.

Nous refusons de voir notre liberté réduite, notre santé affectée, notre qualité de vie dégradée.

Nous appelons les Parisiens et toutes celles et ceux qui le souhaitent à défendre comme un bien commun cet espace gagné sur la pollution."

Dans un sondage Ipsos publié jeudi 8 mars par la Ville de Paris, 55% des Parisiens se disent favorables au maintien de la piétonnisation des berges de la rive droite de la Seine. 66% d'entre eux sont également favorables à la politique de réduction de la place de la voiture mise en place par la municipalité. Des chiffres qui prouvent que le combat d'Anne Hidalgo n'est pas vain.

Christina Vieira