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Les Présidentielles 2012 se feront-elles sans l'écologie ?

Publié Le 21 Mars 2012 à 10h41
 
Alors qu'Eva Joly est crédité d'1 % d'intentions de vote, les chances de voir l'écologie s'imposer dans la dernière ligne droite de la campagne sont très minces. Vers qui se tourner ?
DOSSIER SPECIAL

Invitée du Grand Rendez-vous Europe 1 /iTélé/ Le Parisien dimanche dernier, Cécile Duflot, secrétaire nationale d'Europe Ecologie - les Verts (EELV), a voulu mettre fin aux rumeurs d'un possible forfait d'Eva Joly et lui réaffirmer tout son soutien. Mais si les écologistes semblent faire corps derrière leur candidate et ne désespèrent pas, les électeurs écologistes eux, ne savent plus bien pour qui voter...

Une seule candidate, peu suivie par l'opinion

En effet, la dame aux lunettes a des idées affirmées, une poigne de fer, mais un style qui ne fait pas l'unanimité. La faiblesse des intentions de vote -seulement 1 % - en dit long sur la tournure prise par la campagne écologiste. Après les très bons scores obtenus par EELV lors des dernières élections européennes régionales et cantonales, comment expliquer un tel flop ? EELV fait-il vraiment tout pour soutenir la candidate ou bien Eva Joly a-t-elle totalement raté ses chances de séduire les Français ?

Pour Michèle Rivasi, députée et porte-parole d'Eva Joly, il est hors de question de reculer : " Quoi qu'on pense de la candidature d'Eva Joly, nul ne peut souhaiter son retrait. Je crois même qu'un tel scénario affaiblirait la gauche au second tour et aurait un effet inverse " affirmait-elle dans une chronique diffusée par Le Monde. A ses yeux, si la candidature ne plaît pas, c'est uniquement la résultante du " jeu pervers " des médias " que les candidats du pluralisme sont contraints de constater jour après jour ",  mais aussi parce qu'Eva Joly bouscule en raison de son " intransigeance face au lobbies " et de sa volonté de " décloisonner véritablement la politique de l'élitisme ".

De façade, le parti semble faire bloc derrière la candidate, mais certains s'affairent dans les coulisses pour préparer " l'après Joly ", croit savoir Libération dans un article en date de mercredi 14 mars. Preuve à l'appui : la multiplication des déjeuners-diners tactiques, entre les cadres et les eurodéputés EELV.

Quant à Corinne Lepage, autre candidate écologiste de Cap 21, elle s'est battue jusqu'au bout, allant jusqu'à diffuser sur Twitter son numéro de téléphone dans l'espoir que les maires l'appellent directement pour la parrainer. Tout au long de sa campagne, Corinne Lepage a eu la dent dure contre sa rivale d'ELLV, affirmant à plusieurs reprises qu'elle n'avait aucune légitimité sur le plan environnemental. Mais malgré une percée favorable dans les sondages, le verdict livré lundi par le conseil constitutionnel ne l'incluait pas dans la liste des candidats officiels, n'ayant atteint que 475 parrainages.

Mais où est passée l'écologie ?

Mais alors, pour qui faut-il voter pour faire triompher les idées écologistes ? Pour mettre un frein au réchauffement climatique ? A la pollution aux pesticides des sols ? A la malbouffe ? A la crise de la biodiversité ?

Car plus inquiétante encore est la quasi-absence de thématiques environnementales dans les débats politiques. Après une brève focale sur le nucléaire lors de l'accord houleux entre le PS et EELV ainsi que le grand congrès organisé par France Nature Environnement, c'est depuis le silence radio de la part des différents candidats. La crise économique est passée par-là et semble avoir emporté toutes les bonnes volontés affichées lors du congrès de Montreuil.

Seul Jean-Luc Mélanchon, candidat du Front de gauche, a plusieurs fois évoqué l'écologie lors de ses interventions médiatiques. S'agit-il de rajouts ou de l'expression de véritables convictions ? Quoi qu'il en soit sa cotte de popularité vient d'atteindre les 10 % selon un récent sondage du CSA, faisant peser un doute sur le respect et la viabilité de l'accord PS-EELV (ndlr : ce dernier réservant une soixantaine de circonscriptions au parti écologiste). Car comme s'est plu à le rappeler Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, "le paysage politique à gauche ne serait pas celui qui était prévu par certains en novembre dernier", époque de la signature du pacte.

Le député-maire de Bègles (Gironde) a ainsi admis avoir "des motifs d'inquiétude", l'accord risquant "d'être fragilisé par le score qu'on nous annonce à la présidentielle", et les amis de Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent qui "risquent de faire monter les enchères". De son côté, Noël Mamère, co-président du Conseil stratégique de campagne d'Eva Joly, met en garde : "s'il n'y a pas de loyauté entre partenaires de la gauche, c'est à désespérer de la possibilité d'une alternative au sarkozysme".

Cette année, Nicolas Hulot n'est pas là pour proposer un nouveau pacte écologique. En 2007, l'initiative de l'ex-présentateur d'Ushuaïa Nature, avait eu le mérite de mettre l'environnement sous les feux de la rampe et d'obliger les candidats à intervenir dans les médias sur ce sujet. Cette année, il ne reste plus qu'à espérer que la conjoncture climatique et écologique ouvre les yeux des candidats... et des médias, qui orientent et arbitrent les débats.

Alicia Muñoz