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Nanotechnologies : il est urgent de les encadrer


Sommaire
1 - Multiples applications et multiples incertitudes...
2 - Impacts sanitaires et problèmes éthiques
Publié Le 10 Novembre 2011 à 13h50
 

Quels effets sur la santé ?

Pourtant leurs risques potentiels pour la santé et l'environnement sont pointés du doigt par de nombreux chercheurs. Leur taille microscopique leur permet en effet de pénétrer dans notre organisme par la peau, de peut être passer la barrière de protection de notre cerveau, et de perturber le programme de certaines cellules touchées.

Quels pourraient être alors les effets réels sur la santé ? Nous n'en savons trop rien. Peu d'études toxicologiques ont été menées. Parce que c'est un nouveau domaine. Parce que, aussi, les données des industriels qui craignent le piratage de leurs brevets sont confidentielles. Il est donc très difficile de définir des protocoles d'études pertinents car il s'agit précisément de nouveaux produits très complexes, sur lesquels nous n'avons presque aucun recul.

Et le pire c'est que nous ne parviendrons jamais à étudier les effets sur la santé de chacune des nanoparticules.

Selon certaines études, explique le Centre d'Analyse stratégiques , près de 50 ans seraient nécessaires uniquement pour tester la toxicité de tous les nanomatériaux actuels. Par ailleurs les tests sur seulement 2 000 substances par an pourraient coûter 10 milliards de dollars, et nécessiteraient le sacrifice d'un nombre considérable d'animaux de laboratoire chaque année pour réaliser les essais de toxicité in vivo .

Alors plutôt que de vouloir mener un combat quasiment impossible pour contrôler la toxicité de toutes les nanomolécules en bout de chaine on se contenterait de limiter les risques en agissant au niveau de la conception de ces produits. Mais sur quels critères ? Nous n'en savons encore trop rien.

Problèmes éthiques

Enfin, en plus des problèmes de santé et d'environnement, les nanotechnologies soulèvent des problèmes éthiques majeurs. Les nanomatériaux vont en effet permettre de suivre les individus à la trace grâce aux puces implantables dans l'organisme, de créer des mécanismes biologiques apparentés à la vie, d'hybrider le corps humain avec des dispositifs artificiels actifs, d'augmenter les performances physiques et mentales des individus...

Que fera l'homme devant toutes ces possibilités ? En fait le problème qui va se poser à lui, ne sera pas " qu'est- ce que je peux faire avec les nanotechnologies ", mais " jusqu'ou est il raisonnable d'aller pour ne pas mettre en péril l'intégrité humaine ". Il faudra que l'homme " recoure à un surcroit de volonté et de conscience " pour choisir et se déterminer, estime le philosophe Jean-Pierre Dupuy.

Considérant qu'il est devenu indispensable d'intervenir au plus vite pour encadrer ces nouvelles technologies sans pour autant les étouffer le Centre d'Analyses Stratégiques vient donc d'adresser au Gouvernement plusieurs recommandations :

- Lancement d un plan d'action pour structurer et définir le cadre de développement responsable des nanotechnologies .
- Création d'un observatoire européen, voire mondial, de leur développement et de leurs différents impacts sanitaires , environnementaux, éthiques et sociétaux . L'ObservatoryNano européen est sur les rails mais il n'est pas encore pérennisé. L'équivalent d'un GIEC des nano serait l'idée à retenir.
-Participation du public et de l'ensemble des parties prenantes en amont et tout au long du développement des nanotechnologies ;
-Création d'une "filière intégrée" des nanotechnologies pour assurer le passage entre la recherche et les applications, et préparer dès aujourd'hui la compétitivité de demain.
-Et enfin, mise en place d'une stratégie de prévention des risques sanitaires et environnementaux des nanotechnologies, en agissant en amont et non pas en bout de chaine. Elle comprendrait l'obligation de stabiliser des nanomatériaux dès leur conception, de mesurer et d'assurer la traçabilité des nanoparticules, et de maîtriser l'exposition à ces produits..

Mais, les enjeux économiques étant tellement considérables, n'est-il pas déjà trop tard pour encadrer le développement des nanotechnologies ? Chacun des pays en est encore à raisonner localement alors qu'il s'agit d'un problème mondial. Les industriels ont la voie libre pour avancer.

Comme pour l'amiante, la dioxine, les pesticides, les farines animales, le bisphénol A et bien d'autres produits, le risque est grand, une fois encore, que les mesures de précaution ne soient prises qu'après observation des dégâts.

Hervé de Malières