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Nicolas Hulot aura-t-il le soutien des écologistes ?

Publié Le 20 Avril 2011 à 15h24
 
Avec une côte de popularité à son zénith, Nicolas Hulot a annoncé sa candidature à l'élection présidentielle de 2012. Mais le plus dur reste à venir : séduire les militants d'Europe Ecologie-Les Verts pour remporter les primaires de juin prochain. Retour sur un parcours que certains disent controversé.

Annoncée mercredi 13 avril à Servan, la candidature à la présidentielle de 2012 est un " cap majeur " dans la carrière de Nicolas Hulot. Jouissant d'une forte côte de popularité auprès des Français, il est d'autre part très critiqué par certains écologistes plus radicaux d'Europe Écologie-Les Verts (EELV).

Un profil plus médiatique qu'écologiste ?

Nicolas Hulot est né à Lille le 3 avril 1955. Etudiant, il passe quelques mois en fac de médecine, exerce plusieurs emplois et découvre la photo. Göksin Sipahioglu, créateur de l'agence SIPA presse lui fait confiance ; il devient photoreporter. De 1978 à 1987, il sera journaliste et producteur pour plusieurs émissions télévisés. En 1987, il entre à TF1 et présente sa première émission télévisée, Ushuaia Nature. Une simple expérience qui ne devait durer que quelques mois, et qui va se transformer en une véritable tranche de vie. La Fondation Nicolas Hulot (FNH) est créée en 1990.

Le 7 novembre 2006, il concrétise le Pacte écologique afin d'imposer l'écologie dans la campagne présidentielle française. Son Pacte est signé par cinq candidats sur douze déclarés à la présidentielle et par plus de 700 000 personnes. En janvier 2007, malgré les nombreuses rumeurs, il refuse de se présenter comme candidat à l'élection présidentielle française. Il évite ainsi un procès d'intention et ne souhaite pas trahir les candidats qui lui ont fait confiance.

Nicolas Hulot est aussi l'inspirateur de la chaîne Ushuaïa TV, lancée sur le câble en mars 2005.Un magazine est créé dans la foulée.

Hulot la " machine médiatique " ? C'est ainsi qu'Eva Joly l'a qualifié lors d'une interview donnée à la Voix du Nord le 11 avril. " Entrer en politique, c'est aller au-delà de l'alerte : il faut aussi proposer des solutions " a-t-elle ajouté. Beaucoup lui reprochent son manque d'expérience, son côté candide et non-partisan. D'autres considèrent au contraire qu'il s'agit d'un atout face à la consternation que suscitent certaines querelles de chapelle.

Nicolas Hulot lancé dans l'impitoyable course aux primaires

Enfin, Nicolas Hulot est le réalisateur du film Le Syndrome du Titanic, sorti en octobre 2009 et dont le discours très alarmiste - un plaidoyer pour la survie de la planète et de l'humanité - fut perçu comme une radicalisation par certains journalistes. Des relents de décroissance ? Ses détracteurs ne voient pas en lui un anticapitaliste, lui reprochant entre autres que sa fondation soit en partie financée par EDF et L'Oréal. Ce dont il s'est défendu, rappelant que le mécène n'a pas le pouvoir d'influer sur la liberté de la FNH et que bien des ONG ont un fonctionnement similaire.

Nicolas Hulot a maintenant officiellement quitté la présidence de sa fondation pour se lancer dans la bataille présidentielle. Parallèlement, il a demandé au groupe TF1 de lui accorder un congé sabbatique, a fait savoir Nonce Paolini, le PDG.

Dans sa tribune parue mercredi 13 avril dans Le Monde, Nicolas Hulot critique ouvertement le gouvernement, notamment au travers d'un appel à la solidarité et au rejet des divisions identitaires: "le projet d'un nouveau modèle de développement est de mon point de vue incompatible avec les politiques que le pouvoir en place et sa majorité développent en France. Ma candidature s'inscrit dans le sens de l'intérêt général. Elle se situe donc à l'opposé des choix qui privilégient inégalités et exacerbation des peurs et qui sacrifient les priorités écologiques et sociales."

Il déclare être conscient du " capital de confiance [qu'il a] pu accumuler auprès des Françaises et des Français " et être déterminé à " ouvrir la voie d'une société nouvelle, écologique et sociale " mettant l'accent sur sa détermination mais aussi sa modestie : " Je le ferai (...) sans arrogance mais avec toute ma volonté et mon énergie. "

" Dans mon esprit, il n'y aura aucun soutien automatique à qui que ce soit ", déclare-t-il comme pour rassurer ceux qui considèrent qu'il est proche de la droite ou des multinationales. C'est notamment le cas de Stéphane Lhomme, autre candidat d'EELV qui a ouvertement l'a qualifié de " candidat des multinationales ".

Malgré un discours très volontaire et engagé, les écologistes n'ont pas manqué de remarquer le grand absent de cette tribune : le nucléaire. Longtemps, l'ancien présentateur d'Ushuaïa nature est apparu sinon favorable au nucléaire, du moins pas opposé. Aujourd'hui il assume son incertitude : "C'est un sujet délicat, dans lequel j'ai eu personnellement du mal, je le reconnais, à me forger une religion", expliquait-il le 14 avril sur France Inter. Après la catastrophe de Fukushima, ce thème a pourtant plus que jamais sa place dans le programme d'un candidat écologiste.

La question du nucléaire fera-t-elle la différence avec Eva Joly, deuxième candidate la plus populaire selon un récent sondage IFOP ?

A propos des deux candidats, Pascal Husting, le directeur général de Greenpeace France déclarait dans une interview accordée à Terra Eco : " Nicolas Hulot et Eva Joly, c'est différent. Mais les deux profils sont nécessaires. D'un côté, vous avez quelqu'un avec beaucoup de rigueur, d'analyse. De l'autre côté, quelqu'un qui présente une certaine naïveté, une sorte d'idéalisme. Nicolas Hulot a cette volonté de voir les choses d'une façon nouvelle, avec une certaine fraîcheur. Finalement c'est un peu dommage qu'ils soient deux. Le croisement des deux aurait sans doute fait le candidat idéal. "

Cliquez ici pour lire la déclaration de candidature de Nicolas Hulot.

Alicia Muñoz