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Nucléaire : Claude Allegre reçoit un oscar "atomique"

Publié Le 7 Février 2012 à 18h23
 
Claude Allègre a reçu lundi à Paris le prix 2011 "Atoms for Peace" décerné par deux organisations internationales pro-nucléaires pour son rôle dans "la préservation et le développement de la filière nucléaire française"...

Le prix "Atoms for Peace" est remis depuis 2007 par l'Institut international pour une paix durable (IISP) basé au Japon et le Conseil mondial des travailleurs du nucléaire (Wonuc) basé en France.

Claude Allègre est ainsi distingué "pour le rôle important qu'il a joué et continue de jouer grâce à ses publications, interventions, conférences pour la préservation et le développement de la filière nucléaire française, que le monde entier prend pour modèle", selon les deux organisations.

"Je ne fais pas partie du lobby nucléaire, mais aujourd'hui arrêter le nucléaire, pour la France, ce serait suicidaire", a-t-il déclaré à l'AFP.

Dans son discours, M. Allègre s'est même déclaré "scandalisé par la propagande faite à partir de Fukushima". "Les 25.000 morts, ce n'est pas la centrale nucléaire, c'est le tsunami, il ne faut pas tout mélanger", a-t-il ainsi souligné auprès de l'AFP. Il faut dire que Claude Allègre a toujours nié la catastrophe nucléaire au Japon. "À Fukushima, il y a eu certes un accident mais il n'y a pas eu de catastrophe nucléaire", déclarait-il déjà le 21 avril 2011, lors d'une interview pour Valeurs Actuelles.

La Charte des "pro-nucléaire"

L'association "Atoms for peace" (l'atome au service de la paix") est ainsi dénommée en hommage au président Eisenhower qui a proposé dans un discours intitulé "Atoms for peace", prononcé à l'Assemblée générale des Nations Unies, la création d'une Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA). Cette association non gouvernementale basée à Paris (16ème arr.), a pour activité principale "le soutien de toute initiative ayant pour objectif l'usage pacifique de l'énergie nucléaire". Pour l'association, l'énergie nucléaire favorise en effet "une paix durable" pour la planète.

L'association possède une "Charte du nucléaire", appellée également "Code d'éthique du nucléaire", et que l'on peut découvrir sur le site www.atoms-for-peace.org.

Que dit cette Charte ? Extraits :

L'énergie nucléaire "relève du dynamisme profond d'êtres humains voulant mettre leur connaissance au service de l'humanité, pour son bien être et son développement".

"L'utilisation de l'énergie nucléaire fait apparaître avec une particulière intensité des questions soulevées par la société industrielle, et plus largement par notre société. Faut-il alors la rejeter, le pouvoir comme la richesse devant alors être dénoncés comme pouvant pervertir l'homme et lui faire perdre son âme, faisant passer l'homme, ainsi que l'avait indiqué Pascal, de l'état d'ange à celui de bête. Faudrait-il retenir comme norme et comme modèle, l'ambiance agreste et pastorale des récits descriptifs d'un éden perdu, s'en tenir aux règles du partage énoncées dans le cadre d'une économie de subsistance où la quantité de biens produits et consommés doit être strictement identique et constante quand elle n'était pas réduite par les calamités naturelles ou les conflits générateurs de famines et de misères ?"

"Pour les travailleurs du nucléaire, et en conscience, l'énergie nucléaire apparaît comme la meilleure des réponses aux problèmes de notre temps. Elle n'est ni une fin en soi ni la solution universelle. Elle est un moyen que nous jugeons légitime et acceptable parce que sûr, économique et écologique. Les nombreuses controverses portant sur cette forme d'énergie, provoquées trop souvent par la manipulation d'une opinion publique crédule, au jugement affaibli par la répétition depuis l'accident de Tchernobyl, de campagnes calomnieuses, les craintes sur la gestion des déchets, l'anxiété quasi-obsessionnelle provoquée par la simple évocation du mot " radioactivité " sont, qu'on le déplore ou non, devenus des faits incontournables que l'application du droit positif ne suffit pas à satisfaire."

"L'énergie nucléaire, et donc les impératifs éthiques de son utilisation, sont au croisement des avenirs politique, économiques de nos sociétés. En ce sens la démarche du World Council of Nuclear Workers fait partie de la conscience de l'humanité d'aujourd'hui."

Pour l'association et pour ses adhérents, "la poursuite des travaux de recherche et développement dans le domaine nucléaire est et demeure une priorité pour les pouvoirs publics et pour les responsables de l'industrie nucléaire". Et la Charte précise que "l'énergie nucléaire a un rôle déterminant dans la définition et la mise en oeuvre d'une politique de développement durable, les projets relatifs aux utilisations de l'énergie nucléaire prennent en considération les aspects écologiques, l'usage économe des ressources naturelles et leurs incidences sur l'environnement et sur la sauvegarde des biotopes."

L'atome serait ainsi un "bienfaiteur"

" Prendre sa voiture le dimanche est un risque beaucoup, beaucoup plus élevé que le nucléaire ! " écrit Claude Allègre dans son livre " Faut-il avoir peur du nucléaire ? ".

La catastrophe de Fukushima à Japon a cependant rappelé une nouvelle fois, s'il en était besoin, après Three Miles Island aux Etats Unis, et Tchernobyl en Ukraine, que l'énergie nucléaire présente des risques très élevés pour l'environnement et notre santé. Certes les accidents sont très rares. Mais, on le voit bien, ils sont imprévisibles et quand ils surviennent, il est extrêmement difficile, voire impossible, de maitriser l'emballement de l'atome. La seule chose possible est de tenter de limiter les dégâts.

Les conséquences d'une catastrophe nucléaire on le voit bien sont désastreuses : irradiation du personnel des centrales, irradiation des habitants dans un périmètre pouvant atteindre plusieurs dizaines de kilomètres autour de la centrale, évacuation massive et définitive de la population environnante sur un très large périmètre; contamination des sols par des particules radioactives dont la demi-vie peut dépasser plusieurs siècles ; interdiction définitive d'accès à la zone contaminée ; contamination de l'eau des nappes phréatiques et de l'eau de mer ou de rivières qui servent au refroidissement des réacteurs et des combustibles radioactifs usagés; contamination de l'air au niveau local mais aussi à l'échelle de la planète en cas d'explosions et de formation de nuages radioactifs....

Face à ces risques majeurs, cumulés au fait que l'on ne sait toujours pas éliminer définitivement les très grandes quantités de déchets radioactifs produits par les centrales nucléaires, on nous présente des avantages censés l'emporter tel l'indépendance énergétique. Mais cette indépendance est toute relative car il faut se procurer l'uranium auprès de quelques pays producteurs, notamment africains. Et lorsque l'on voit à quel point l'Afrique est déstabilisée politiquement, on peut se poser des questions. Sans compter que l'uranium n'est pas inépuisable. Et que les prix de cette matière première, comme celui du pétrole, peut dans les prochaines années, exploser.

Reste l'argument majeur : les centrales nucléaires n'émettent pas de gaz à effet de serre. Et c'est d'ailleurs sur la base de cet argument que la France fait pression auprès de la Commission Européenne pour que l'énergie nucléaire soit classée dans la catégorie des énergies propres, au même titre que le solaire ou l'éolien...Il faut oser !

Non, bien qu'étant très important, cet argument ne peut à lui seul l'emporter contre les risques. D'autant qu'il existe d'autres sources d'énergie propres et renouvelables. Et les Français l'ont bien compris comme le montrait un sondage Ifop réalisé pour France Soir en avril 2011, et qui révélait que 56 % des Français sont inquiets par le parc de nos 58 centrales nucléaires, et que 83% des Français, de tous bords politiques, souhaitent que l'énergie nucléaire soit réduite au profit d'autres sources d'énergie.

" Le vrai débat n'est pas " pour ou contre le nucléaire ", " c'est celui de la sûreté nucléaire ". Oui c'est bien l'éternel débat. Mais on voit bien comment le Japon, champion du monde des nouvelles technologies, qui n'avait même pas peur de construire des centrales sur des zones sismiques, tellement il était sûr de l'efficacité de ses mesures de sécurité, et qui avait tout prévu, se retrouve aujourd'hui dans une situation lamentable, obligé de bricoler, d'improviser, face à une situation catastrophique aux conséquences humaines et environnementales insupportables.

Comment Claude Allègre, un ancien ministre de la recherche et scientifique de haut niveau, peut continuer à ainsi nier l'évidence et à cautioner une énergie que beaucoup de pays remettent en cause...

L'Allemagne a ainsi décidé de sortir de l'atome d'ici 2020. Et on ne peut pas dire que les Allemands soient des irresponsables qui ont tout d'un coup choisi de casser leur économie, et de s'éclairer à la bougie. Non, ils sont tout au contraire bien placés pour savoir qu'il y a dans les énergies renouvelables le potentiel nécessaire pour remplacer progressivement le nucléaire : ils sont d'ailleurs devenus l'un des leaders mondiaux des technologies des énergies vertes.

En juin 2011, avec un taux de participation de 57%, bien supérieur au quorum nécessaire (50%), le référendum italien a tourné à la démonstration de force contre le nucléaire puisque près de 95% des votants ont marqué leur opposition à l'atome.

Au Japon, des dizaines de milliers de manifestants, dont des membres de l'intelligentsia japonaise, ont défilé dans tout le pays après la catastrophe nucléaire de Fukushima pour réclamer "l'arrêt des centrales nucléaires." Selon plusieurs sondages, 82 % des Japonais souhaitent aujourd'hui que leur pays sorte de l'énergie nucléaire et 67% réclament que plus aucun réacteur ne soit construit au Japon. Parce que "le risque du nucléaire est trop fort", le Premier ministre japonais Naoto Kan a lui-même formulé le voeu de "tendre vers une société qui puisse vivre sans réacteurs nucléaires" en juillet dernier.

Claude Allègre peut maintenant faire trôner son oscar "atomique" sur sa cheminée.

Stella Giani

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