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OGM : Un chercheur gagne son procès contre le lobby pro-OGM

Publié Le 1 Février 2011 à 08h35
 
Accusé par un scientifique pro-OGM d'être un marchand de peur à la solde de Greenpeace, le Pr Gilles-Eric Séralini a porté l'affaire devant le Tribunal de Grande Instance de Paris pour diffamation. Et il vient de gagner son procès.
Gilles-Eric Séralini, Corinne Lepage, André Cicolella, Pierre Meneton, Serge Orru... s'expriment devant la caméra de Bioaddict.

Il faut être bien courageux pour s'opposer au lobby pro-OGM. Le Pr Séralini vient, s'il en était besoin, lui aussi de le constater.

Enseignant en biologie moléculaire à l'Université de Caen, chercheur reconnu pour la qualité de ses travaux sur les OGM, il a participé à une étude menée par huit experts internationaux et publiée par le site internet de la revue " International Journal of Biological Science ".

Dans cette étude la fiabilité des tests de l'Autorité européenne de la sécurité alimentaire (EFSA) et de la Food and Drug Administration (FDA) pour évaluer les risques sur la santé des OGM et des pesticides est critiquée.

La mise en cause porte d'une part sur les tests réglementaires d'une durée trop courte pour tirer des conclusions, environ trois mois, et sur le nombre d'animaux testés, trop faible pour déterminer la sécurité des OGM.

Elle porte aussi sur la façon de fonctionner des Agences de sécurité alimentaire : "Les firmes d'OGM agricoles et les commissions d'évaluation négligent systématiquement les effets secondaires des OGM et des pesticides. De plus, ces effets sont souvent jugés sans importance s'ils ne sont pas similaires chez les mâles et femelles, ou s'ils n'augmentent pas en fonction de la dose d'OGM administrée à l'animal. Ce biais systématique se traduit par une importante sous-estimation des signes initiaux de maladies chroniques comme des cancers, maladies hormonales, immunitaires, nerveuses, ou de la reproduction, entre autres. Et ceci est clairement illustré par l'EFSA et la US-FDA qui ont évalué les OGM du maïs MON 863 ou MON 810".

La critique porte enfin sur l'opacité des tests que les auteurs n'ont pu obtenir qu'au cas par cas en saisissant la justice alors que l'information devrait, bien entendu, être diffusée systématiquement et en toute transparence.

Fort heureusement, en France tous ces arguments ont été entendus. Le Gouvernement a en effet rejeté les conclusions de l'EFSA et considère que le MON810 n'a pas fait la preuve de son innocuité. Son utilisation sur notre territoire reste donc interdite.

Attaqué par un " collègue " !

Bien entendu le Pr Séralini ne s'est pas fait que des amis en participant à cette étude. Et les attaques ont été violentes pour le discréditer. Celle du Pr Marc Fellous, généticien, et Président de l'Association française des biotechnologies végétales (AFVB), une association ouvertement pro-OGM, a été remarquable par sa bassesse. Considérant que le Pr Séralini menait une " campagne de dénigrement d'une technologie d'avenir ", celui-ci l'a en effet traité de " marchand de peurs ", et de " chercheur militant anti-OGM" " financé par Greenpeace ". L'insulte la plus extrême que l'on puisse adresser à un scientifique dont la crédibilité repose sur l'indépendance, la neutralité, et l'acceptation totale du débat contradictoire.

Pour laver son honneur le Pr Séralini n'a pas eu d'autre choix que de porter plainte pour diffamation.
Et le Tribunal lui a donné raison. Il a condamné M. Fellous à 1000€ d'amende, au versement d'1€ symbolique de dommages et intérêts, et au versement d'un montant de 4000€ pour remboursement de frais de justice.
Le Tribunal a en effet constaté que Greenpeace n'avait financé les travaux du Pr Séralini qu'à hauteur de 3,45% du montant total de son budget de recherche sur les OGM entre 2005 et 2009.

Par ailleurs, pour pouvoir critiquer et faire la leçon, il faut être irréprochable. Or le Tribunal a observé que l'AFVB présidée par le Pr Fellous comprend des semenciers dans ses membres fondateurs et n'est donc pas indépendante. En outre, le Pr Fellous a reconnu que des fonds privés finançaient de façon classique les travaux de recherche des laboratoires... L'arroseur arrosé.

Cette affaire montre bien jusqu'ou les pro-OGM sont prêts à aller quand ils manquent d'arguments scientifiques pour justifier leurs positions.

José Vieira

Pour en savoir plus sur les "lanceurs d'alertes", découvrez le site de la Fondation Sciences Citoyennes, fondation qui a pour objectif de favoriser et prolonger le mouvement actuel de réappropriation citoyenne et démocratique de la science, afin de la mettre au service du bien commun : sciencescitoyennes.org

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