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Pesticide : le chlordécone favorise les cancers mais aussi les récidives

Publié Le 4 Avril 2019 à 15h20
 
L'exposition au chlordécone n'augmenterait pas seulement le risque de développer un cancer de la prostate, mais pourrait aussi "influencer le devenir d'une maladie déjà installée", révèle une étude de chercheurs de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).
L'exposition au chlordécone n'augmenterait pas seulement le risque de développer un cancer de la prostate, mais pourrait aussi "influencer le devenir d'une maladie déjà installée", selon une étude de chercheurs à l'INSERM.

 

L'insecticide chlordécone, massivement utilisé sur les bananiers de Martinque et de Guadeloupe de 1973 à 1993 pour lutter contre un insecte ravageur, a été classé comme "cancérigène possible" par le Centre de recherche international contre le cancer (CIRC) dès 1979, n'en déplaise à Emmanuel Macron qui a contesté ce fait scientifique, provoquant la colère des élus antillais.

" Il ne faut pas dire que c'est cancérigène. Il est établi que ce produit n'est pas bon, il y a des prévalences qui ont été reconnues scientifiquement, mais il ne faut pas aller jusqu'à dire que c'est cancérigène parce qu'on dit quelque chose qui n'est pas vrai et qu'on alimente les peurs ", a affirmé le président de la République le 1er février 2019.

Une étude* publiée le 21 mars 2019 par l'Inserm dans la revue International journal of cancer confirme les effets cancérigènes de cet insecticide et montre également le risque de récidive -c'est-à-dire de développer à nouveau un cancer- qu'il peut entrainer.

Les professeurs Luc Multigner et Pascal Blanchet ont suivi pendant plus de six ans à la Guadeloupe un groupe de 326 hommes atteints d'un cancer de la prostate et ont constaté que le risque de récidive est multiplié par deux chez ceux qui étaient les plus exposés au chlordécone (l'exposition a été mesurée par la concentration de l'insecticide dans le sang) et qui avaient déjà subi une ablation de la prostate. Ainsi ces résultats montre que le produit ultra-toxique pourrait aider à la prolifération des cellules tumorales toujours présentes dans l'organisme après l'ablation.

90% de la population est contaminée aux Antilles

En 2010 déjà, une étude de l'Inserm établissait un lien entre les nombreux cancers de la prostate et le chlordécone dans les Antilles françaises.

En Guadeloupe et Martinique, l'insecticide est toujours présent dans le sol où il pourrait persister plusieurs centaines d'années. La population y est encore exposée même s'il a été interdit en 1993. Les sols, les cultures agricoles, le bétail, les rivières, la mer ainsi que les poissons et les coquillages en contiennent. Une étude montre que 92% des Martiniquais et 95% des Guadeloupéens sont contaminés par le chlordécone 25 ans après son interdiction. Le nombre de cancers explosent dans les îles où le taux de cancer de la prostate se situe parmi les plus élevés au monde. Les scientifiques de l'Inserm appellent à une mise en oeuvre de toutes les mesures nécessaires pour protéger la population.

Anne-Françoise Roger

* lire l'étude Endocrine Disrupting‐Chemicals and Biochemical Recurrence of Prostate Cancer after Prostatectomy: A cohort study in Guadeloupe (French West Indies)