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Pesticides : un nouvel accord pour réduire leur utilisation mais sans objectif chiffré

Publié Le 9 Mars 2019 à 11h39
 
Le principal syndicat agricole, la FNSEA, a signé un accord avec le gouvernement français pour réduire l'utilisation des pesticides et sortir du glyphosate. Si le syndicat et ses partenaires ne s'engagent que sur les moyens et non sur les résultats, le gouvernement s'engage lui à cogérer la question des pesticides avec le syndicat et à financer ses actions.
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Le 25 février 2019, le ministre de...
Le 25 février 2019, le ministre de l'agriculture Didier Guillaume a signé un " contrat de solutions " avec la FNSEA pour limiter l'usage des pesticides en France. Un contrat signé par les grandes filières utilisatrices de pesticides (blé, maïs, pomme de terre,...) mais également par l'Union des industries de la protection des plantes, l'UIPP, lobby en chef des pesticides. Mais le contrat ne présente pas d'objectif chiffré ni de calendrier précis, seulement un ensemble de bonnes pratiques.

 

Le " préambule " du " contrat de solutions " signé le 25 février lors du Salon international de l'agriculture entre la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) qui représente l'agriculture productiviste et le gouvernement pourrait plaire aux Français de plus en plus sensibles à la question des pesticides en général et du glyphosate en particulier. En effet, l'idée centrale est de réduire l'usage des pesticides. Mais la FNSEA et ses partenaires ne s'engagent sur aucun chiffre de réduction des usages de pesticides, aucun résultat. Ils ne prennent qu'un engagement de moyens. Cela rappelle cruellement les plans Ecophyto qui se succèdent avec le même objectif sans empêcher que les agriculteurs utilisent de plus en plus de pesticides en France. Dans sa version initiale, le premier plan Ecophyto prévoyait une réduction de 50% en 10 ans mais la FNSEA s'est alors battue pour faire ajouter " si possible ". Ce " si possible " a tout changé.

Un des partenaires de poids : le syndicat des fabricants de pesticides

Aujourd'hui, l'histoire semble se répéter. " Les objectifs fixés dans la loi et par le Gouvernement portant sur la réduction de l'utilisation des produits phytopharmaceutiques avec un objectif de -25 % en 2020 et -50 % en 2025, et sur la sortie du glyphosate pour une majorité d'usages pour lesquels il existe des alternatives accessibles et viables d'ici fin 2020 amènent les signataires à mettre en oeuvre tous les moyens possibles pour atteindre ces objectifs sans toutefois laisser les agriculteurs dans l'impasse ", explique la FNSEA.
Des conditions non définies -" alternatives accessibles et viables ", " ne pas laisser les agriculteurs dans l'impasse "- remettent en cause l'objectif fixé par la loi, conditions acceptées par le gouvernement. Pourtant des alternatives existent déjà, dans 80% à 90% des cas pour le glyphosate par exemple, selon un rapport de 2017 de l'Institut national de le recherche agronomique (Inra).

Il faut préciser qu'un des partenaires de poids du " contrat de solutions " est l'Union des industries de la protection des plantes, le syndicat des fabricants de pesticides.

Le gouvernement consultera la FNSEA avant de prendre des décisions sur les pesticides

De son côté, le gouvernement prend des engagements importants comme celui de " consulter les représentants du contrat de solution sur les orientations prises en matière de protection des cultures ". Autrement dit, les consulter avant de décider quoi que ce soit concernant les pesticides. Quand on connaît le poids de ces lobbies, on comprend que le gouvernement aura du mal à passer outre une opposition.

Autre engagement : " mobiliser les budgets disponibles pour accompagner financièrement les agriculteurs et les filières agricoles dans la transition agro-écologique, et notamment mettre en oeuvre des solutions concrètes du Contrat de Solutions ". Même si la FNSEA et ses partenaires ne s'engagent à aucun résultat, ils demandent au gouvernement de financer les solutions qu'ils vont mettre en oeuvre. Et cela, alors même que ce dernier ne trouve pas les fonds pour verser ce qu'il doit depuis trois ans aux agriculteurs bio qui eux, n'utilisent pas de pesticides.

Anne-Françoise Roger

A lire en complément : L'Etat donne quitus à la FNSEA pour réduire le glyphosate