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Pollution de l'air : alerte rouge dans de nombreuses écoles et crèches marseillaises

Publié Le 1 Avril 2019 à 21h04
 
Selon une étude publiée par l'ONG Greenpeace, 58% des écoles et crèches marseillaises se trouvent à moins de 200 mètres d'une zone polluée, ce qui représente 506 établissements concernés par un dépassement de la norme légale et des milliers d'enfants touchés. Les causes principales de la pollution : le trafic routier et le transport maritime.

Pollution de l'air : 58% des écoles et crèches marseillaises dans le rouge selon une étude de Greenpeace.

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Il faut savoir que la ville de Marseille est une des villes les plus polluées de France. Aux côté de Lyon, Strasbourg, Nice et la Vallée de l'Arve, entre autres, Marseille fait partie des zones françaises qui ont conduit la France devant la Cour de justice européenne pour cause de dépassement des limites légales pour le dioxyde d'azote (NO2).

Les premières victimes de la pollution sont les enfants : ils sont plus proches des pots d'échappement, ils respirent plus vite et inhalent donc plus de pollution, alors qu'ils sont en pleine croissance. Mais quand ils ne sont pas dans la rue au au parc, sont-ils vraiment protégés dans les écoles et les crèches ? Greenpeace a mené l'enquête... et les résultats sont plutôt alarmants !

"Nous nous sommes particulièrement intéressés à la pollution au NO2 (dioxyde d'azote - provenant majoritairement des moteurs des véhicules automobiles et des bateaux) près des écoles et crèches de Marseille et des communes adjacentes. Il s'avère que 58% des écoles et crèches se trouvent à moins de 200 mètres d'une zone polluée (plus de 40 µg/m3 de dioxyde d'azote), dont 187 établissements (25%) situés à proximité immédiate (moins de 50 mètres) d'une zone extrêmement polluée, ce qui représente 506 établissements concernés par un dépassement de la norme légale et des milliers d'enfants touchés" explique l'ONG.

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Les risques sont grands pour la santé des enfants, l'exposition à une pollution chronique peut notamment entraîner des maladies respiratoires, telles que l'asthme, des bronchites à répétition, ou encore une détérioration de la fonction pulmonaire.

Le trafic routier en cause

Le trafic routier est le premier émetteur de dioxyde d'azote sur le territoire Marseille - Provence avec 42% des émissions.

Face à constat, Greenpeace tire la sonnette d'alarme : "Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille, et Martine Vassal, présidente de la métropole, doivent prendre des mesures ambitieuses pour faire face à cette urgence sanitaire. Ils doivent organiser la sortie progressive des véhicules polluants, diesel puis essence, pour libérer la ville des gaz d'échappement des voitures et des poids-lourds qui nous enfument au quotidien. Cela passe par la mise en place d'une zone à faible émissions (ZFE), que Marseille est en train d'étudier. Elle doit concerner l'ensemble de l'agglomération marseillaise et tous les types de véhicules. En parallèle, les alternatives à la voiture doivent absolument être consolidées : en développant l'offre ferroviaire à l'échelle de la métropole, en améliorant les transports en communs en ville, en encourageant le déplacement à vélo et la marche, en accompagnant les professionnels et les ménages les plus modestes vers des moyens de transport propres. Sans parler des projets comme le Boulevard urbain sud, qui doivent être tout bonnement abandonnés."

Le transport maritime aussi

Il n'y a pas que les voitures qui polluent à Marseille... il y a également les bateaux, et particulièrement les gigantesques bateaux de croisières et les cargos. La raison majeure pour laquelle ces navires polluent autant est l'utilisation du fuel lourd comme carburant. Même à quai, de jour comme de nuit, ils brûlent ce déchet non raffiné, particulièrement polluant, afin de s'alimenter en électricité.

L'association AtmoSud estime qu'à Marseille, le transport maritime contribue à hauteur de 5 à 10 % à la pollution de l'air mesurée en centre-ville. Selon elle, le trafic portuaire est responsable des trois-quarts d'émissions de dioxyde de soufre et pour un tiers de celles d'oxyde d'azote. Ces particules ultra-fines sont issues des gaz d'échappement des gros bateaux notamment des cargos. Elles mesurent moins de 100 nanomètres soit 0,01 microns ou encore 0.0001 millimètres. C'est environ la largeur d'un cheveu découpée en mille. Elles sont particulièrement dangereuses car, pénétrant dans les plus fines ramifications respiratoires, elles peuvent entraîner une dégradation de la respiration, une hyper-réactivité des bronches chez les asthmatiques ou encore une augmentation de la sensibilité des bronches aux infections microbiennes chez les enfants.

Pour évaluer la pollution générée par le transport maritime, les équipes de l'association "France Nature Environnement" se sont réunies en 2015 puis en 2016 à Marseille (lire le document FNE L'insoutenable pollution de l'air du transport maritime). Ils y ont évalué la pollution " de fond de l'air ". Résultats :

Dans différents lieux de la ville, ils ont observé une moyenne de 5 000 particules ultra-fines par centimètre cube.

Dans un quartier résidentiel aux abords du port, l'air s'est avéré être jusqu'à 20 fois plus pollué avec une moyenne de 60 000 particules ultra-fines par centimètre cube.

Le pire : à bord d'un navire ! L'air respiré par les croisiéristes et le personnel de bord contenait jusqu'à 380 000 particules ultra-fines par centimètre cube, soit 70 fois plus de pollution !

Comment diminuer la pollution générée par les paquebots et cargos ?

Plusieurs solutions existent :

- l'utilisation du gaz naturel liquéfié, aussi appelé GNL. Sa combustion réduit de 100% les émissions d'oxydes de soufre et des particules fines, de 80% des oxydes d'azote et de 20% du CO2 par rapport au fuel lourd traditionnel. Certains armateurs ont déjà équipé leurs navires, un choix qui doit être pérennisé et généralisé. Costa Croisière a ainsi lancé en 2017 la construction du Costa Smeralda, l'un des tout premiers paquebots équipés d'une propulsion fonctionnant au gaz naturel liquéfié.

- l'implantation de systèmes d'alimentation électrique à quai qui permettraient d'éteindre leurs moteurs auxiliaires et ainsi d'utiliser le réseau électrique auquel le port est raccordé. Mais seuls les navires adaptés peuvent utiliser un tel système, qui est actuellement très peu répandu dans le monde. A Marseille, seuls trois navires de la Compagnie Méridionale ont pour l'instant été électrifiés en 2017. La compagnie maritime Corsica Linea branchera également électriquement trois navires à quai d'ici 2020 pour réduire les pollutions de ses cheminées.

- la mise en place de filtres à particules. Ce procédé permet de neutraliser une grande part des pollutions des gaz d'échappement à l'aide d'un fluide qui absorbe des oxydes de soufre. Les déchets produits sont stockés à bord et ensuite débarqués dans une installation de réception à terre. Cette mesure permettrait ainsi de mieux préserver les poumons des croisiéristes, du personnel de bord mais aussi des riverains et travailleurs du port. La compagnie marseillaise La Méridionale expérimente actuellement ce système.

Cliquez ici pour interpeller le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, sur la pollution de l'air avec Greenpeace.

Pour consulter la qualité de l'air chaque jour à Marseille, rendez-vous sur le site www.atmosud.org.

Stella Giani

A lire en complément : Des solutions mises en oeuvre pour réduire les émissions maritimes et portuaires - JMAP, AtmoSud