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Pollution et santé : du plastique retrouvé dans le corps humain

Publié Le 1 Novembre 2018 à 11h48
 
Vous pensez que seuls les animaux sont touchés par la pollution plastique de notre environnement et des océans ? et bien non. Des chercheurs viennent de montrer que les humains sont également contaminés. Selon eux, au moins 50 % de la population mondiale a des particules de plastique dans le système digestif.

Au moins la moitié de la population mondiale porte, dans son système digestif, des microparticules de différentes matières plastiques. Les deux types les plus fréquemment retrouvés sont le polypropylène, utilisé dans les bouchons de bouteille, et le PET, présent dans les bouteilles.

 

Le plastique est partout. Y compris dans le corps humain. C'est ce que viennent de mettre en évidence des chercheurs de l'Université de médecine de Vienne et de l'Agence de l'environnement en Autriche le mardi 23 octobre lors d'un congrès de l'Union européenne de gastro-entérologie. Leur étude a porté sur un échantillon de huit personnes de différents pays du monde -Finlande, Italie, Japon, Pays-Bas, Pologne, Russie, Royaume-Uni et Autriche- dont ils ont analysé les selles. Ils y ont recherché dix types de plastiques différents selon une procédure analytique récemment mise au point. Ils en ont retrouvé neuf, le polypropylène (PP) et le polyéthylène téréphtalate (PET) étant les plus courants, avec en moyenne 20 particules par 10 g de selles. La taille des éléments trouvés variait de 50 à 500 micromètres : c'est ce que l'on appelle des microplastiques.

Des sources de pollution multiples

D'où venait ces particules de plastique ? Pour le savoir, les chercheurs ont demandé aux participants de tenir un journal pendant la semaine qui précédait les analyses, notant ce qu'ils buvaient et mangeaient. Aucun des participants n'était végétarien et six d'entre eux ont consommé du poisson de mer. Or des quantités importantes de microplastiques ont été détectées dans les produits de la mer notamment dans le thon, le homard et les crevettes... mais aussi dans le sel de table. D'autre part, " les journaux ont montré que tous les participants étaient exposés au plastique en consommant des aliments emballés dans du plastique ou des boissons en bouteilles en plastique ", note l'étude.

Mais ils ont pu être contaminés par d'autres sources : les microplastiques sont utilisés dans divers produits à des fins spécifiques (microbilles dans les cosmétiques par exemple), ils sont aussi créés par la décomposition de morceaux de plastiques soumis aux intempéries, à la dégradation, à l'usure. Ils sont présents dans l'air, dans l'eau, dans les sols.
Aussi, il est impossible de tirer des conclusions sur les sources de pollution à partir d'un si petit échantillon de personnes. L'étude mérite d'être élargie.

Les microplastiques peuvent pénétrer les vaisseaux sanguins et le foie

Ces découvertes inquiètent les chercheurs. " Les microplastiques peuvent avoir un impact sur la santé humaine via le tractus gastro-intestinal, ce qui pourrait affecter la tolérance et la réponse immunitaire de l'intestin en se bioaccumulant ou en facilitant la transmission de produits chimiques toxiques et d'agents pathogènes ", explique l'étude.

Le chercheur principal, Philipp Schwabl, a déclaré : " Il s'agit de la première étude du genre et elle confirme ce que nous soupçonnons depuis longtemps, à savoir que les plastiques atteignent finalement l'intestin humain. Ce que cela signifie pour nous et en particulier pour les patients atteints de maladies gastro-intestinales, est particulièrement préoccupant. Bien que les concentrations de plastique les plus élevées dans les études sur les animaux aient été trouvées dans l'intestin, les plus petites particules microplastiques sont capables de pénétrer dans le sang, le système lymphatique et peuvent même atteindre le foie. Maintenant que nous disposons des premières preuves de microplastiques chez l'homme, nous avons besoin de recherches supplémentaires pour comprendre ce que cela signifie pour la santé humaine. "

Si d'autres études sont nécessaires pour confirmer ces premiers résultats, les chercheurs estiment qu'en partant de ce constat, "plus de 50% de la population mondiale pourrait avoir des microplastiques dans les selles".

Anne-Françoise Roger

Repères
Plus de 8 milliards de tonnes de plastique produites dont 79% dans l'environnement

La production mondiale de plastique a considérablement augmenté à l'après-guerre et continue de croître chaque année. On évalue à plus de 8 milliards de tonnes la production depuis les années 50. Compte tenu de leur temps de dégradation, la majorité de ces produits (79%), qui n'a pas été recyclée, est encore présente dans les écosystèmes sous une forme plus ou moins dégradée. On estime que 2 à 5% de tous les plastiques produits aboutissent dans les mers et océans. Une fois dans l'eau, les petites particules entrent dans la chaîne alimentaire : elles sont consommées par les animaux marins puis par l'homme. On en retrouve également dans le sel de mer.

Du plastique dans l'eau, les sols et l'air

Une autre étude publiée en mars cette fois témoignait de la pollution des eaux en bouteilles en plastique : 93% de plus de 250 échantillons d'eau en bouteille de 11 marques testés contenaient de microparticules de plastique. Mais l'eau du robinet n'est pas épargnée : une étude a mis à jour en 2017 la présence de plastique dans 83% des échantillons d'eau provenant d'une dizaine de pays du monde y compris d'Europe. Le nombre de microplastiques trouvés par litre allait de 0 à 57, avec une moyenne de plus de quatre par litre, et leur taille variait de 0,1 à 5 millimètres.

D'autres pollutions existent via les sols qui regorgent de microplastiques, c'est ce qu'a démontré une étude suisse publiée en février de cette année.

Plus surprenant, l'air contient aussi des microfibres de plastiques, davantage l'air intérieur que l'air extérieur. A l'intérieur, elles proviennent de nos vêtements et de tous nos équipements intérieurs synthétiques (tapis, rideaux, canapé...) qui se délitent par frottement. Pour ce qui est de l'air extérieur, il serait davantage contaminé en microplatiques dans les villes mais les montagnes et la zone arctique n'en seraient pas indemnes.

Pour en savoir plus : lire le dossier Invisibles, The plastic inside us