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Pour ou contre une taxe sur la malbouffe ?

Publié Le 21 Février 2012 à 12h42
 
Depuis le début du mois, les Danois doivent payer plus pour manger plus gras. En France, ce sont les sodas qui sont visés par la "fat tax". Mais cette nouvelle mesure peut-elle réellement lutter contre la malbouffe ?

Au Danemark, la pizza, le saucisson ou même le lait entier sont désormais plus chers. Le point commun de ces aliments ? Ils contiennent plus de 2,3 % d'acides gras saturés. L'objectif avoué de la " fat tax " est ainsi de lutter contre l'obésité qui touche en moyenne 15,5 % de la population de l'Union européenne, plus de 24 % au Royaume Uni, de même que 23 % d'Irlandais, 22,3 % de Maltais et 20 % de Luxembourgeois. Si des pays comme le Danemark, la Finlande ou la Hongrie sont touchés dans une moindre mesure par ce fléau, ils ont sauté le pas de cette taxe, considérant, comme le résume sans concession le premier ministre hongrois Viktor Orban que " ceux qui vivent de façon malsaine doivent payer davantage ".

La France taxe ses sodas

La France se situe en dessous de la moyenne européenne avec un taux d'obésité de 11,2 % mais le poids moyen des Français a augmenté de plus de 3 kilos entre 1997 et 2009. C'est pourquoi le projet de loi de finances pour 2012 prévoyait la mise en place d'une " fat tax ", mais seulement sur les sodas. Entrée en vigueur depuis le 1er janvier 2012, cette mesure devrait rapporter 280 millions d'euros à l'Etat.

Les boissons concernées sont :
• les sodas, aussi bien lights que sucrés,
• les jus de fruits avec sucre ajouté,
• les nectars
• et les laits aromatisés.

Selon les calculs de l'Association nationale des industries alimentaires (Ania), cette taxe entrainera une hausse du prix de la canette d'un centime d'euro. Un tel montant peut-il représenter un frein pour des comportements de type addictifs ? Encore faudrait-il que les nutritionnistes se mettent d'accord sur les produits à taxer. Sucres ? Acides gras trans ? Car tous les spécialistes ne voient pas dans le sucre l'ennemi ultime, préférant parler de quantités trop importantes et de mauvaises habitudes de consommation.

Haro sur le sucre ?

Ainsi, pour le professeur Patrick Tournian, spécialiste de l'obésité, à l'hôpital Trousseau à Paris, cette proposition " n'a aucun sens : ça voudrait dire que le sucre est un toxique, ce qui n'est pas le cas. Il n'y a pas d'addiction au sucre, contrairement à ce qu'on entend partout. Il faudrait taxer les fruits ? Le miel ? Ça n'a pas de sens ! " Dans une interview accordée à nos confrères de rue89, Jean-Philippe Zermati, un autre nutritionniste spécialisé sur les problèmes d'obésité partage cet avis, bien que plus modéré : " Il existe des publications sur la corrélation entre l'obésité et la consommation de ces aliments (ndlr : gras) mais rien sur une réelle relation de cause à effet. Le consensus scientifique se fait sur la surconsommation globale : on mange trop, de tout ". D'après lui, l'objectif implicite de cette taxe est surtout de renflouer les caisses de l'Etat et de contrebalancer les coûts générés par l'augmentation de l'obésité. Il propose des mesures plus efficaces comme l'interdiction de l'utilisation industrielle de certaines substances mauvaises pour la santé comme l'huile de palme, le coprah, les graisses animales etc.

Enfin, on reproche à ce genre de taxes de ponctionner plus lourdement les personnes ayant un revenu limité et donc, de peser sur le pouvoir d'achat de manière inéquitable. On peut également regreter qu'elle ne s'accompagne pas d'une sensibilisation des consommateurs aux méfaits de l'aspartame présent dans les sodas light. La mesure n'aurait-elle donc qu'une valeur symbolique ? Etes-vous pour ou contre une telle taxe ?

Olivia Montero