Politique

Présidentielles 2012 : l'écologie revient en force dans le débat politique

Invités par France Nature Environnement (FNE) 7 candidats aux élections présidentielles viennent de préciser leurs engagements écologiques sur les nouvelles énergies, le nucléaire, l'agriculture biologique, les OGM, la biodiversité, la création d'un Organisme Mondial de l'Environnement... Même s'il ne s'agit que de promesses, il est important de les lire avant d'aller voter.
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Les candidats aux prochaines élections présidentielles savent bien qu'il ne faut pas se fier aux apparences. Ils voient bien que les sondages actuels ne sont pas favorables à la candidate Europe Ecologie Les Verts (EELV). Mais ils n'en tirent pas pour autant la conclusion que l'écologie n'intéresse plus personne. Bien au contraire. Ils savent bien que l'écologie intéresse et préoccupe de plus en plus de citoyens, qu'ils soient de gauche ou de droite.

Invités par France Nature Environnement (FNE) qui représente plus de 3000 associations, et qui organisait son meeting annuel samedi 29 janvier à Montreuil (93), ils n'ont donc pas manqué, de présenter leurs engagements écologiques, s'ils étaient élus.
A la barre ont ainsi défilé 7 candidats déclarés, Eva Joly, Corinne Lepage, François Bayrou, Jean Luc Mélenchon, Hervé Morin, François Hollande et Dominique de Villepin. Marine Le Pen n'avait pas été invitée. Et Nicolas Sarkozy non encore officiellement déclaré était absent. Et cette absence résonnait comme un " abandon " de la cause écologique. Nathalie Kosciusko-Morizet a bien été envoyée en renfort pour combler le vide, mais elle a dû se contenter d'inaugurer le Village des exposants. Et c'était cruel de la voir ainsi privée de parole alors que son action en faveur de l'écologie est loin d'être négligeable. Eva Joly elle-même reconnait que " le Grenelle de l'Environnement a fait du bien à la démocratie et à l'écologie ".

Pendant un quart d'heure les candidats sont ainsi présenté, l'un après l'autre, sans débat, leur crédo écologique, leurs engagements sur la voie du Contrat Environnemental proposé par FNE. Et c'était réjouissant de les entendre vibrer, avec toute la sincérité apparente dont ils sont capables, pour l'écologie, pour la protection de la biodiversité, pour les énergies durables... bref pour tous les thèmes dont les écologistes vrais ont bien compris l'importance majeure depuis longtemps. Aucun n'a dit que l'écologie " ça commence à bien faire ". Aucun n'a dit non plus que l'écologie était une régression qui pouvait nous mener de nouveau à " l'éclairage à la bougie ".

L'écologie n'est pas le problème, c'est la solution

Tous pensent au contraire , comme l'a martelé Corinne Lepage que " l'Ecologie n'est pas le problème, mais la solution ". Eva Joly estime ainsi que " la transition écologique pourrait créer 1 million d'emplois d'ici 2020, dont 440 000 dans le bâtiment ". François Hollande est lui aussi convaincu que " l'écologie et l'environnement sont les leviers pour sortir de la crise actuelle ". Jean-Luc Mélenchon va dans le même sens en affirmant que " l'écologie n'est pas l'ennemie de la réindustrialisation , bien au contraire " , en accord avec Hervé Morin pour qui " l'environnement n'est pas l'ennemi de la croissance ". " Ne faisons pas l'erreur de couper les citoyens de l'environnement " a insisté Dominique de Villepin.
Tous les candidats ont donc bien compris, et pour certains c'est nouveau, que la crise que nous vivons est le symptôme révélateur du fait que nous sommes déjà entrés dans un monde nouveau. Un monde nouveau qui nécessite de revoir complètement nos modes de production , de consommation et d'exploitation des ressources naturelles dont nous savons qu'elles ne sont plus inépuisables.
Mais si tous sont d'accord sur le diagnostic, les priorités et les solutions proposées pour régler les problèmes divergent.

La place au nucléaire dans la mutation énergétique 

La mutation du modèle économique énergétique est admise par tous comme une nécessité. Pour Jean Luc Mélenchon c'est " la question la plus brûlante ". Pour François Hollande c'est également l'une de ses deux priorités écologiques. Mais des désaccords profonds persistent sur les stratégies à adopter.

Concernant l'énergie nucléaire François Hollande veut " poursuivre l'exploitation des centrales, mais en abaissant sa part dans la production d'électricité et en la faisant passer de 75% actuellement à 50% en 2025 ". Dominique de Villepin est aussi favorable à " une réduction de la part du nucléaire jusqu'à 50% " mais sans précipitation " au rythme de la fin de vie des centrales les plus anciennes ". François Bayrou voit lui le problème complètement différemment. Il estime que " si le problème majeur environnemental qui se pose à nous est celui du réchauffement climatique, alors il serait préférable de se préoccuper d'abord de la " décarbonisation progressive de l'activité humaine ", de tout faire pour réduire l'utilisation des sources d'énergie fossiles et de continuer à considérer le nucléaire comme une " énergie de transition " en attendant que les énergies renouvelables prennent le relais.

Bien entendu pour Eva Joly la question de la sortie du nucléaire ne se pose pas car il s'agit pour elle, suite aux différentes catastrophes nucléaires, d'un " choix moral ". Corinne Lepage se prononce aussi pour " une sortie impérative, du nucléaire ". Mais avec un bémol : cette sortie doit être " rationnelle "... Jean Luc Mélanchon pense quant à lui, à titre personnel, qu' " il faut sortir du nucléaire car cette industrie est dangereuse ". Mais il estime que " ce choix ne peut se faire qu'en fonction des résultats d'un référendum, car c'est le peuple qui doit exprimer sa volonté ". Et ce projet de référendum est également soutenu par Hervé Morin et Dominique de Villepin qui souhaiterait l'étendre au mix énergétique et pas seulement au nucléaire.

Favoriser les énergies renouvelables et pénaliser les pollueurs

Quant aux énergies renouvelables tous sont bien entendu favorables à son développement. François Hollande propose de " créer un Fond de capital développement pour soutenir cette filière et s'engage à mettre en place un cadre fiscal et juridique stable et pérenne pendant le quinquénat " afin que les opérateurs et les particuliers puissent s'engager en confiance dans leurs projets et dans la durée. La fiscalité écologique est en effet un levier important. Mais elle doit être à double sens. Elle doit permettre d'encourager la recherche sur ces nouvelles énergies. Elle doit aussi être contraignante. Elle doit pénaliser les entreprises qui polluent en utilisant les énergies fossiles responsables du réchauffement climatique. Corinne Lepage arrêtera donc " le scandale des subventions accordées aux entreprises polluantes ". Eva Joly créera " la règle d'or environnementale pour imposer la bioconditionnabilité comme critère fondamental pour l'attribution de toutes les subventions et aides publiques ". D de Villepin oeuvrera pour mettre en place la contribution énergie-carbone aux frontières européennes .Il propose même de créer une TVA modulable en fonction de critères environnementaux, de type bonus-malus généralisé pour transformer nos modes de consommation. Et F Hollande veut porter la fiscalité écologique au niveau des normes européennes fondée sur le principe du pollueur- payeur.

Protéger la biodiversité

La protection de la biodiversité est également clairement intégrée dans les esprits des candidats. F Hollande l'a inscrite comme la deuxième de ses priorités écologiques. Dans ce sens il s'engagera, dans le cadre de la réforme de la PAC , " à promouvoir l'agriculture bio et à privilégier les critères agro-environnementaux pour l'attribution des aides aux agriculteurs ".

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François Bayrou a quant à lui clairement annoncé que s'il est élu " son premier objectif, symbolique, sera la survie des abeilles ". Et ce n'est pas seulement parce qu'il a des ruches qu'il fait ce choix. Les abeilles jouent en effet un rôle fondamental dans la pollinisation de 80% des plantes. Or elles sont aujourd'hui très menacées de disparition à cause, notamment,des pesticides qui entrainent selon F Bayrou " des perturbations du système neuro-transmetteur de tous les insectes pollinisateurs, et peut être aussi des êtres humains " . F Bayrou s'engage donc à lutter contre les pesticides. Eva Joly proposera également un plan de sortie des pesticides pour aboutir à une réduction de 50% de l'emploi de ces produits pendant le quinquénat.

OGM : protéger les lanceurs d'alerte

Alors que le débat fait rage sur les OGM entre parlementaires, l'Europe et la France, Eva Joly continuera à réclamer un moratoire. F Hollande maintiendra son " opposition à leur utilisation en plein champs " et lancera un " étiquetage des produits sans OGM ". Quant aux lanceurs d'alerte écologique, sur la pollution, les gaz de schiste, les OGM... ; aux faucheurs volontaires, Eva Joly, mais aussi JL Mélenchon, et D de Villepin s'engagent à agir pour les protéger.

Stopper l'imperméabilisation des sols

Il est un autre problème alarmant qu' Eva Joly et F Bayrou ont tenu à soulever, celui de l'imperméabilisation des sols. Cette imperméabilisation qui est l'ennemie de l'agriculture et de la biodiversité, est liée à la construction immobilière, et à la construction de parkings. Elle élimine, en terres agricoles et forestières, l'équivalent d'un département tous les 7 ans. F Bayrou s'engage ainsi à limiter à 10% la quantité des sols disponibles que l'on pourra imperméabiliser chaque année.

Créer un Organisme Mondial de l'Environnement (OME)

Le discours politique concernant l'écologie, on le voit, a très nettement évolué depuis quelques années. Et il n'est plus envisageable de nier l'urgence et l'importance de la mise en place de mesures de protection de la nature et de l'environnement. Tous les candidats sont d'accord sur ce point. Mais cette protection ne peut plus être envisagée dans le seul cadre de nos frontières. La mise en place d'une gouvernance internationale , d'une Organisation Mondiale de l'Environnement, équivalente à l'Organisation Mondiale du Commerce, apparait indispensable à François Hollande, à Hervé Morin et à François Bayrou. Corinne Lepage va dans le même sens et propose de renforcer le droit en matière d'environnement et de créer un tribunal international de l'environnement. Mais Jean Luc Mélenchon n'est pas de cet avis. Pour lui " l'autonomie et la souveraineté de la France doivent être préservés ".

Bien d'autres engagements ont été présentés par les candidats, sur l'éducation à l'environnement à l'école et la formation aux métiers verts, passages obligés pour développer la conscience écologique ; les indispensables économies d'énergie; la lutte contre la précarité énergétique; la lutte contre les lobbies agro-industriels ; la création d'un lobby écologique citoyen ; la nécessité d'avoir " une vision harmonique, esthétique et spirituelle, entre la nature et l'homme ( F Bayrou) ; " le respect des paysages de notre beau pays " (D de Villepin)...

De belles idées dont le prochain Président de la République pourra s'inspirer afin que la France devienne, comme le souhaite Jean-Luc Mélenchon " la première nation écologique du monde ".

Il y a 250 ans exactement Jean-Jacques Rousseau publiait le Contrat Social, une oeuvre politique et philosophique majeure qui a engagé la France dans la modernité. L'année 2012 sera peut être l'année de l'accouchement du Contrat Environnemental dont l'auteur reste à trouver.

José Vieira