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Produits chimiques : l'ANSES publie une étude rassurante mais controversée

Publié Le 4 Juillet 2011 à 11h52
 
L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation (ANSES) a publié une étude sur l'exposition des consommateurs aux résidus de contaminants dans l'alimentation. Pour l'association Générations Futures ainsi que des médecins du Réseau environnement santé, les résultats de l'étude sont incomplets.

L'ANSES a publié mercredi dernier sa deuxième étude dite de l'alimentation totale, commencée en 2006. Elle visait à rechercher la trace de 445 substances chimiques (pesticides, métaux lourds, contaminants issus des activités humaines, phyto-oestrogènes, additifs,...) dans plus de 250 aliments et 20 000 produits disponibles sur le marché. Il s'agissait donc d'évaluer l'exposition des consommateurs et de comparer les résultats obtenus aux seuils réglementaires.

L'étude révèle que pour 85 % des substances recherchées, les niveaux d'expositions estimés sont inférieurs aux valeurs toxiques de référence. En clair, dans de nombreux cas la contamination observée dans les aliments ne devrait pas avoir d'impact majeur sur la santé, et ce malgré une exposition sur le long terme. Par rapport aux études précédentes, l'ANSES constate ainsi une amélioration pour certaines substances et "un bon niveau global de maîtrise sanitaire". C'est le cas pour les dioxines et les PolyChloroBiphenyles (PCB), des dérivés chimiques chlorés toxiques et bioaccumulables dans l'organisme. Le pourcentage d'adultes et d'enfants potentiellement exposés à des niveaux supérieurs aux valeurs toxicologiques de référence (VTR) est ainsi passé de 28% en 2005 à moins de 1% aujourd'hui.

Toutefois, l'étude montre que des risques de dépassement des seuils toxicologiques existent pour une douzaine de produits chimiques dont le plomb, le cadmium, l'arsenic inorganique ou encore l'acrylamide. Ces risques étant souvent associés à des situations de forte consommation d'un aliment ou groupe d'aliments donné, l'ANSES préconise une alimentation autant diversifiée que possible.

En réponse à cette étude, l'association Générations futures a fait paraître un communiqué de presse avec plusieurs remarques et recommandations. Selon l'association, cette étude présenterait ainsi de nombreuses limites et les risques encourus par le consommateur y sont insuffisamment expliqués.

En effet, Générations futures note que l'ANSES compare les valeurs d'exposition à des valeurs toxicologiques de référence dont on voit qu'elles sont parfois dépourvues de sens ou insuffisamment protectrices des populations. En outre, l'étude ne prendrait pas en compte l'interaction des molécules entre elles, qualifiée également d' " effet cocktail ". " En ce sens elle ne répond pas aux questions que Générations Futures (GF) posait en décembre dernier sur les effets combinés des 47 substances suspectées d'être cancérigènes et 37 perturbateurs endocriniens ingérés dans une journée dans le menu analysé par GF et ses partenaires (voir : www.menustoxiques.fr) ", est-il précisé dans le communiqué.

Générations futures fait ici référence à une étude parue en décembre dernier. On y apprenait, entre autres, que l'assiette quotidienne d'un enfant de 10 ans peut contenir un cocktail de 81 substances chimiques, dont 47 classées comme cancérigènes possibles, probables ou certaines et 37 susceptibles d'agir comme perturbateurs endocriniens.

Lire : Santé et alimentation : nos enfants avalent 128 résidus chimiques par jour !

Les membres de l'association se disent en outre " très étonnés de l'augmentation de la teneur en cadmium de certains aliments. " " Sachant que certains engrais agricoles et/ou des boues d'épandage peuvent être des sources de contamination au cadmium, nous recommandons de surveiller ce point et de limiter leurs utilisations", déclarent-ils.

Enfin, Générations futures regrette que l'étude de l'Anses ne prenne pas en compte le mode d'action particulier des perturbateurs endocriniens et que certains contaminants et substances de synthèse ne soient pas étudiés, comme le bisphénol A, l'aspartame et les antibiotiques.

" C'est un rapport utile mais peu utilisable dans la pratique ", a regretté pour sa part le Dr Laurent Chevallier, nutritionniste du Réseau environnement santé (Res). " Et surtout, je regrette qu'il ne donne pas suffisamment de recommandations pour encadrer les pratiques des industriels de l'agro-alimentaire qui sont en partie à revoir " a-t-il ajouté.

Alicia Munoz