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Réchauffement climatique : la grave menace du dégel du pergélisol

 

La glace du pergélisol s'est formée pendant ou depuis la dernière période glaciaire et s'enfonce jusqu'à des profondeurs de plus de 700 mètres dans certaines régions du nord de la Sibérie et du Canada. Le pergélisol se compose d'une couche active pouvant mesurer jusqu'à deux mètres d'épaisseur. Cette couche active dégèle chaque été et gèle de nouveau chaque hiver. En dessous de cette couche, le sol est gelé en permanence.

Si la couche active devait varier en épaisseur à cause du réchauffement climatique, d'énormes quantités de matières organiques stockées dans les sols gelés commenceraient à se décongeler et à se décomposer, libérant progressivement de grandes quantités de CO2 et de méthane dans l'atmosphère.

Une fois le processus enclenché, il entraînera une boucle de rétroaction, également désignée sous le terme de " rétroaction positive du carbone issu du dégel du pergélisol ". Cela aura pour effet d'augmenter la température de surface et donc d'accélérer encore davantage le réchauffement du pergélisol : ce processus serait irréversible sur des échelles de temps humaine.

Les températures arctiques et alpines devraient augmenter à peu près deux fois plus rapidement que la moyenne mondiale. En outre, les projections climatiques indiquent qu'une fonte importante de glace du pergélisol devrait survenir en 2100. Or, une augmentation de la température mondiale de 3 °C correspond à une augmentation de 6 °C dans l'Arctique, ce qui entraînerait un dégel irréversible de 30 à 85% de la surface du pergélisol.

La fonte des glaces du pergélisol pourrait entraîner des émissions de 43 à 135 gigatonnes de dioxyde de carbone d'ici à 2100, et de 246 à 415 gigatonnes d'ici à 2200. Ce rejet d'émissions pourrait démarrer dans les prochaines décennies et se poursuivre pendant plusieurs siècles.

Les émissions liées au dégel du pergélisol pourraient finalement représenter jusqu'à 39% des émissions totales de GES au niveau mondial. L'auteur principal du rapport insiste et prévient que cela doit absolument être pris en compte dans le futur traité de lutte contre le changement climatique appelé à remplacer le Protocole de Kyoto.

" La libération de dioxyde de carbone et de méthane provenant de la fonte des glaces du pergélisol est irréversible : une fois que les matières organiques seront décongelées et libérées dans l'atmosphère, il n'y aura aucun moyen de les ré-emprisonner dans le pergélisol ", a déclaré Kevin Schaefer, l'auteur principal du rapport et chercheur au Centre national américain de données sur la neige et la glace affilié à l'université du Colorado.

Il a ajouté : " Les objectifs concernant les émissions anthropiques qui seront contenus dans le futur traité sur le changement climatique devront tenir compte de ces émissions. Dans le cas contraire, il y a une forte probabilité que l'on dépasse l'objectif de limiter le réchauffement maximal des températures mondiales à 2 °C ".

Le rapport du PNUE indique en effet que la plupart des projections climatiques actuelles sont biaisées. L'impact des émissions de GES sur la température mondiale est minimisé parce que les modèles ne tiennent aujourd'hui pas compte du phénomène de rétroaction positive du carbone causé par le dégel du pergélisol. Par conséquent, les objectifs ciblant les émissions anthropiques de gaz à effet de serre - qui se basent sur ces projections climatiques- seraient également complètement erronés.