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Roundup et cancer : un deuxième procès contre Monsanto aux États-Unis

Publié Le 4 Mars 2019 à 15h57
 
Un deuxième procès s'est ouvert contre Bayer-Monsanto aux Etats-Unis le 25 février, quelques mois seulement après celui gagné par le jardinier Dewayne Johnson qui accusait le désherbant Roundup d'être à l'origine de son cancer. Le nouveau plaignant, Edwin Hardeman, est atteint du même type de cancer, pourtant rare. Quelque 700 affaires contre Monsanto pourraient suivre pour le seul tribunal de San Francisco sur 9000 aux Etats-Unis qui impliquent le Roundup.
Le groupe Bayer s'apprête à affronter un second procès aux Etats-Unis visant le Roundup, l'herbicide à base de glyphosate de sa filiale Monsanto, accusé d'être cancérigène.

 

Monsanto est confronté à son deuxième procès aux Etats-Unis, quelques mois après celui de Dewayne Johnson, un jardinier atteint d'un lymphome non hodgkinien (LNH), une forme rare de cancer. Le tribunal a jugé l'an dernier que le désherbant Roundup utilisé par le jardinier pour son travail est à l'origine de sa maladie actuellement en phase terminale et a condamné Monsanto à lui verser 289 millions de dollars de dommages compensatoires et punitifs estimant la firme coupable d'avoir dissimulé les risques encourus. Celle-ci a aussitôt fait appel de la décision. Depuis, les dommages-intérêts ont été réduits à 78 millions de dollars.

Edwin Hardeman, qui a déposé plainte en 2016 un an après un diagniostic de lymphome non hodgkinien, a utilisé le Roundup des années 80 à 2012 pour désherber sa propriété de 22 ha. Sa plainte accuse également Monsanto de ne pas avoir formulé les avertissements et précautions appropriés dans l'emploi du désherbant et, plus grave, d'avoir diffusé des informations fausses et trompeuses.

Un procès à l'échelle fédéral qui devrait être suivi nombreux autres

Le procès d'Edwin Hardeman change l'échelle du combat. Monsanto comparait cette fois devant la justice fédérale et non plus devant la justice californienne comme ce fut le cas pour Dewayne Johnson. L'affaire fait partie des quelques 700 poursuites en cours contre Monsanto au tribunal de San Francisco, sur les 9000 qui impliquent le Roundup aux Etats-Unis. Elles sont traitées en litige multi-districts, une procédure qui permet un examen collectif mais des jugements séparés. Ce nouveau jugement, comme celui de Dewayne Johnson, pèsera dans les procédures à venir.

A la demande de Bayer, qui a acheté Monsanto l'an dernier, le procès se tiendra en deux temps et devrait se dérouler tout au long du mois de mars. Le tribunal devra d'abord se prononcer sur un lien entre le cancer et Roundup, puis sur une éventuellement dissimulation des risques par le fabricant.

Une nouvelle étude confirme le rôle du Roundup dans le LNH

Une étude américaine parue dans le journal en ligne Reviews in mutation research le 10 février 2019 apporte de l'eau au moulin du plaignant. Selon cette étude, l'exposition au glyphosate augmenterait de 41% le risque de développer un lymphome non hodgkinien.
D'autre part, la décision du tribunal administratif de Lyon en janvier 2019 d'annuler l'autorisation de vente du Roundup pro 360 accordée en mars 2017 va dans le même sens. Le tribunal a estimé que ce produit était potentiellement cancérigène en s'appuyant sur les travaux du Centre international de recherche contre le cancer (CIRC) et a qualifié d'" erreur d'appréciation au regard du principe de précaution " l'autorisation délivrée par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail. Une prise de position rare.

Enfin, le Roundup est également mis en cause dans une étude récente qui révèle la présence de co-formulants jusqu'à mille fois plus toxiques que le glyphosate lui-même, parmi lesquels figure l'arsenic. Ce qui devrait suffire à l'interdire. En France, comme dans de nombreux pays, le produit est utilisé à grande échelle. Près de 9000 tonnes sont épandues dans l'Hexagone chaque année.

Anne-Françoise Roger